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«La défaite a fait mal»
● Commençons par les accusations du Premier ministre à l?encontre du MMM. Votre parti n?arriverait pas à digérer sa défaite?
Je crois que ce commentaire fait suite à la déclaration de Paul Bérenger selon laquelle les élections auront lieu bien avant 2010. Ecoutez, le Parti travailliste, dans l?opposition, a fait toute sa campagne à partir de septembre 2000 à l?effet que les élections étaient imminentes. D?autre part, connaissant le PTr et l?instabilité chronique des alliances qui se font et qui se défont à Maurice, le MMM estime que cette alliance ne va pas tenir jusqu?à 2010 et que les élections auront lieu bien avant. Ce n?est pas une question de digérer la défaite ou pas. Au contraire, le MMM s?est fait fort d?analyser cette défaite dès le lendemain des élections.
● Quelles ont donc été les résultats de ces analyses ?
Ecoutez, je ne sais pas si ça sert à grand-chose de s?éterniser là-dessus. Il y a eu une campagne que j?estime tout à fait indigne. D?une part, on s?est arrêté aux difficultés quotidiennes de tout un chacun, aux augmentations de prix, pour ensuite se référer à l?épiderme de Paul Bérenger et lui coller au dos tous les malheurs du monde et pour que, dans 100 jours, on change la vie des gens. Notre analyse est que cette campagne a mordu. Je dis et je le maintiens, la cause première de la défaite a été une campagne avec pour point de départ la couleur de la peau de Paul Bérenger. Au départ et à l?arrivée, l?épiderme. Ajouté à cela, quelques erreurs d?organisation. On pourrait en parler durant des heures mais on se dit au MMM que ce qui est fait est fait.
● Mathématiquement, le MMM et le MSM gagnaient cette élection. Que s?est-il passé ?
Voilà la preuve qu?une élection ne se gagne pas sur papier.
● Mais est-ce qu?il y a un problème ? Serait-il vrai de dire qu?il y a un effritement de l?électorat du MMM ?
Ecoutez, c?est la première fois que le MMM va aux élections en tant que gouvernement sortant au bout de tout un mandat. Le MMM est aussi victime du phénomène qui affecte tout parti après son passage au gouvernement. C?est inévitable. Il est évident qu?en regardant toute l?histoire du MMM, il y a eu un phénomène de crisis of expectations tout à fait inévitable. En plus, le MMM s?est retrouvé au gouvernement dans une conjoncture économique difficile, ce qui fait que malgré un très riche bilan, la campagne de «vous avez des difficultés, c?est à cause de Bérenger» a marché. C?est derrière nous tout ça, maintenant il faut préparer l?alternative.
«Je me remémore cette conversation téléphonique que j?ai eue avec Paul Bérenger le 4 juillet. Je lui ai dit : ?Paul, nou pa minis avi, nou pa depite avi, me nou militan avi?.»
● L?alternative est la présentation d?une autre personne au poste de Premier ministre par le MMM ?
Je dirais que c?est une des interrogations pertinentes pour nous pour l?avenir. Paul Bérenger a choisi de soulever la question pour inviter tout un chacun à y réfléchir.
● Donc on pourrait dire que le MMM cherche, pour le dire de façon vulgaire, un paravent comme il l?a fait auparavant ?
Pourquoi devrait-il chercher un paravent ? Certainement pas. Mais vous comprendrez qu?après la campagne que nous venons de vivre, le MMM estime tout à fait normal de se poser la question. Le monde est rempli d?exemples, où au sein d?un parti on peut choisir d?avoir un candidat au poste de Premier ministre sans qu?il soit un paravent.
● Mais les choses étant ce qu?elles sont, quand le MMM dit qu?il a perdu les élections à cause d?une campagne communale, cela veut dire qu?il trouve difficile de présenter Paul Bérenger ou un non-hindou au poste de Premier ministre? Le MMM va-t-il jouer le jeu «communal» qu?il a décrié ?
Je pense qu?il faut faire deux constats. D?abord, le passage de Paul Bérenger à la tête du pays a créé un précédent extraordinaire qui fait que demain une personne, quelle que soit sa religion, peut aspirer à devenir Premier ministre du pays. Il y a là un breakthrough extraordinaire qu?on ne peut gommer. Cela dit, je ne vous cacherai rien en vous disant que la dernière campagne nous a fait mal. Ces attaques, ces insinuations, ces sous- entendus, ces affiches, ces slogans nous ont blessés profondément. Et c?est sans doute là le sens des interrogations de Paul Bérenger.
● Quel effet cela vous a fait de voir Zul Ramiah, Nitish Joganah, Dharam Fokeer et Khader Bhayat sur une plate-forme rouge ?
(Hésitations?) Il faudrait en parler au cas par cas. Je ne vais pas commenter individu par individu. Je vous dirai qu?il y a certains cas où les raisons sont connues et elles ne sont pas très jolies à dire, et il y a d?autres cas où je ne connais pas les raisons de leur passage à l?Alliance sociale. Je ne nierai pas non plus que cela fait mal. Mais ainsi est faite la vie politique. (Hésitations?) Et l?avenir, ce sont les jeunes, les nouvelles têtes. Je pense qu?il ne faut pas s?attacher aux têtes du passé?
● Est-il vrai qu?au MMM, il y en a qui blâment le MSM pour la récente défaite électorale ?
Après une défaite électorale, tout le monde a son analyse. Et chacun a droit à son opinion. Au MMM, chacun y va de sa propre analyse. En ce qui concerne le parti, je vous ai donné notre analyse.
● Vous êtes perçu comme l?un des ministres, sinon le ministre ayant le plus travaillé ces cinq dernières années et vous n?avez pas été élu. Quel effet cela vous a-t-il fait?
(Sourire?) Cela fait longtemps à Maurice que l?électorat ne vote plus un candidat. Il vote le parti. Il y a eu au niveau national un glissement vers l?opposition. C?est ce glissement qui fait que je n?ai pas été élu de même que d?autres. Vous savez, j?ai vécu des moments les plus passionnants de ma vie au ministère de l?Education. Evidemment, une défaite sur le moment, ça fait mal. Mais mon combat politique à moi n?a pas commencé à la députation et ne s?arrête pas à la députation. Je me remémore cette conversation téléphonique que j?ai eue à la mi-journée avec Paul Bérenger, le 4 juillet. Il prenait des nouvelles de résultats. Je lui ai dit : «Paul, nou pa minis avi, nou pa depite avi, me nou militan avi.» C?est le sentiment qui m?anime, qui m?a toujours animé.
«Ces attaques, ces affiches, ces slogans, ces sous-entendus, ces insinuations nous ont blessés profondément. Et c?est sans doute là le sens des interrogations de Paul Bérenger. .»
●Et maintenant ?
Je crois qu?il importe que le MMM se repositionne sur l?échiquier politique dès le lendemain de sa défaite. Le MMM prend naissance au lendemain de l?Indépendance. D?une part des difficultés dramatiques vécues par la population et d?autre part, cette soif de justice sociale d?un groupe de jeunes intellectuels. C?est de cette union que va se créer le MMM avec un idéal d?une société sans classes. Il faut que les anciens du MMM redécouvrent cette histoire et que les nouveaux s?en inspirent. Que notre symbole soit le c?ur, n?est pas un accident. L?engagement politique pour nous, ce n?est pas uniquement une activité cérébrale, c?est aussi une affaire de c?ur. (Rires?) Je ne sais plus quelle était votre question, je me suis laissé emporter! Mais c?est pour vous dire que c?est une affaire de passion. Cette capacité d?indignation, ce refus d?injustice, c?est ce qui fait notre différence. Il faut maintenant que le MMM se repositionne et se ressource et rappelle ce qu?il a été et ce qu?il est.
● Le MMM avait oublié son c?ur ?
Non, le MMM est passé au gouvernement.
● Et il est devenu arrogant ?
Certainement pas. Au gouvernement, vous êtes impliqué dans la gestion du quotidien. C?est pour cela que je dis que c?est une chance extraordinaire et qu?il fallait puiser de cette défaite les éléments qui vont préparer la victoire de demain.
● Mais pour pouvoir penser avec le c?ur, s?indigner, il faut être dans l?opposition ?
Ah non. Je conçois que mon action en tant que ministre de l?Education a été dans le droit fil conducteur de cet engagement pour une transformation de la société. Nous avons fait oeuvre de démocratisation de l?accès à l?éducation.
● Que pense le légiste que vous êtes du différend entre le président et le Premier ministre ?
C?est dommage. Nous sommes dans une situation extrêmement difficile économiquement. Nous avons de gros problèmes et un gouvernement doit affronter les problèmes. C?est cela la priorité. Dans ce contexte, aller s?investir dans un combat personnel, cela me peine et m?inquiète. Le président Jugnauth a un mandat de cinq ans. Et s?il viole la Constitution, il y a des procédures pour le retirer. Sinon, on tourne la page dessus et on s?attelle au travail.
● Trouvez-vous normal que le président passe outre aux recommandations du Premier ministre ?
(Hésitations?) Ecoutez, il n?y a pas de réponses en blanc et noir à cette question. Selon la lettre de la Constitution, le président n?a rien fait d?anti-constitutionnel. Mais il y a aussi les conventions. C?est une situation nouvelle et à moins de demander à une cour de justice de s?exprimer là-dessus, je ne vois pas de réponse en blanc ou en noir.
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