Publicité

Ces voleurs de touristes qui rendent fous les hôtels

6 août 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ils arrivent dans une île qu?ils jugent paradisiaque, sont tout heureux et? se font dévaliser. Le rêve se transforme en cauchemar pour des touristes depuis quelque temps dans divers hôtels à travers l?île. Et ceux du littoral Ouest seraient les plus touchés. Face à ce problème, la police a tenté une approche qui s?est avéré payante. Mais il semblerait que les cas de vol ont inspiré plus d?un. Et l?on soupçonne les victimes de devenir, dans certains cas, leurs propres voleurs.

Les touristes se font, en effet, voler, depuis l?année dernière, les divers articles et tout l?argent qu?ils laissent dans leurs chambres d?hôtel. Et cela, sans qu?il y ait la moindre effraction. Tous les moyens sont déployés pour élucider cette affaire. Les enquêteurs ont tourné le problème dans tous les sens, à la recherche d?une piste. Comment ces vols peuvent-ils passer inaperçus alors que des vigiles sont placés aux quatre coins des hôtels touchés par ce phénomène ? La police se fait une idée qu?elle s?empresse de communiquer à la direction des différents hôtels : si les vigiles, n?ont repéré aucun intrus, sans doute que les vols proviennent d?un inside job.

Un risque doit donc être pris. Car il y a va de la réputation de Maurice et de l?image de son industrie touristique. Tous les vigiles d?une compagnie de gardiennage sont renvoyés d?un hôtel du littoral Ouest. Et comme par enchantement, les vols s?arrêtent ! Depuis huit mois, c?est le calme plat. Aucun vol n?a été enregistré dans l?établissement en question.

Même scénario dans un autre hôtel de la région, où les vols faisaient rage. Un changement est effectué au niveau des membres du personnel. Et la situation a connu une amélioration notable.

Dans les deux cas, le résultat n?est pas le fruit du hasard, mais d?une collaboration étroite entre la direction des hôtels et la police. C?est après une enquête minutieusement menée que les soupçons se sont portés sur des vigiles en poste. Dans un hôtel du Sud , un ancien employé a d?ailleurs été arrêté récemment. Il aurait aidé dans des vols commis dans l?établissement, connaissant bien le fonctionnement du service de sécurité.

MISE EN SCÈNE ET MAUVAISE PUBLICITÉ

Appelé à commenter la situation, le directeur d?une compagnie de gardiennage s?est dit indigné. «C?est toute la profession qui en souffre.» Il suffit qu?un des membres manque à ses responsabilités pour qu?il ternisse l?image et la réputation de la compagnie, ajoute-t-il. «Akoz enn de, tou dimounn vinn voler.» Et de faire ressortir que le service de gardiennage doit inspirer la confiance et qu?il est impératif que les compagnies exigent un certificat de moralité de ceux qu?elles veulent embaucher.

Le problème ne s?arrête toutefois pas là. Si dans certains cas, le fait qu?il y a eu cambriolage ne peut être remis en question, dans d?autres, tout laisse croire qu?il y a eu mise en scène. Et l?enquête de la police piétine. Car le problème devient épineux. L?affaire est qualifiée de «sensitive issue». Et pour cause. Les enquêteurs n?osent pas poursuivre leur enquête quand, dans certains cas, ils soupçonnent un coup monté. Car si leur flair les déçoit, les touristes qui en auraient pâti n?hésiteraient pas à faire une très mauvaise publicité à la police mauricienne et au tourisme.

Entre-temps, le phénomène devient inquiétant. Des touristes continuent à faire des allégations de vol dans leur chambre d?hôtel, toujours sans qu?il y ait effraction. Durant le mois de juillet, deux cas ont été portés à la connaissance de la police. L?un dans un hôtel du littoral Ouest et l?autre dans le Nord. Dans les deux cas, les touristes allèguent que le cambriolage a eu lieu la nuit et sans effraction. Les «voleurs» ont emporté montres, téléphones cellulaires, appareils photo, cartes bancaires, cigarettes et boissons alcoolisées.

Nombre de touristes soupçonnés de fausses déclarations ont assuré leurs biens. Ils font des depositions à la veille de leur départ. Ils font une requête au bureau de la Criminal Investigation Division (CID) pour l?obtention d?un certificat devant être présenté à leur compagnie d?assurances pour le remboursement. Celui-ci ne leur est remis qu?au bout de trois mois. Et là encore, c?est à la discrétion du responsable de la CID de la division d?agréer à cette demande. Sil n?y a aucune trace d?effraction, il peut ne pas fournir ce document jusqu?à conclusion de l?enquête.

«Chantage des touristes»

Un directeur d?hôtel, qui a fait cette mauvaise expérience il y a une quinzaine de jours, explique qu?une touriste a débarqué dans son établissement pour une dizaine de jours. Et deux jours avant le départ, elle a déclaré avoir été volée dans sa chambre d?hôtel. Le délit, selon la «victime», aurait été commis aux petites heures du matin. Elle aurait quitté sa chambre un peu plus tôt pour faire un appel téléphonique sur son portable et aurait dit à la direction ne pas se souvenir si elle avait refermé la porte derrière elle après avoir regagné sa chambre.

Pourtant, la direction de l?hôtel fait un briefing à chaque arrivée de touristes dans son établissement. Elle donne des consignes de sécurité à prendre et les informe que chaque chambre est munie d?un coffre-fort dans lequel bijoux, argent et autres objets de valeur peuvent être rangés. Il est malheureux que certains touristes se montrent irresponsables et veuillent, ensuite, faire une sorte de chantage à l?hôtel.

Dans certains cas, déclare un enquêteur, s?il n?y pas de grosses sommes et beaucoup d?articles volés, les hôtels acceptent de rembourser les clients pour éviter une mauvaise publicité. Et même au niveau de la police, la chose est à prendre avec des pincettes. «On ne veut pas prendre de risque. Même si on a l?intuition qu?il y a une fausse déclaration, on préfère ne pas se hasarder à agir en conséquence. On est bien tenté de soumettre un touriste à une fouille. Mais si on ne trouve rien, pensez un peu à ce que seraient les conséquences pour la police et la publicité que nous fera cette personne», poursuit l?enquêteur. Et d?ajouter que «mem si ou panse ounn bien fer. Ou sef pou lav lame ar ou apre et ou ki pou pay lepokase».

Publicité