Publicité
Un mauvais roman
L?Etat est une convoitise. Voire une amante désirée par tous ceux qui ne tirent le sens de leur vie qu?en y trouvant une place. De tous temps, cela a été le cas. Et ce n?est pas près de changer. On conçoit ici l?Etat comme son bien propre. Pour reprendre une expression de Karl Marx, on nage en plein déluge de «production sociale de l?imbécillité». C?est le mauvais roman de l?Etat qui ne cesse, de gouvernement en gouvernement, de reproduire ses imperfections. D?ailleurs, la formule «gouvernman dan nou lame» ne pouvait mieux résumer cette conception de l?Etat. Pourquoi reprendre toute cette question aujourd?hui ? Parce qu?il y a une chance unique de rendre le pays au peuple. C?est du moins sur cet argumentaire, entre autres, qu?a été élu le gouvernement de l?Alliance sociale. Désormais, il s?agira de le traduire dans les faits.
En même temps, il importe de ne pas liquider un objectif essentiel qui est celui de l?immanence de l?Etat. Jusqu?ici, à travers les époques, les différents plats qu?on nous a cuisinés dégagent une saveur de l?Etat qui révèle l?affairisme et l?opportunisme. A l?image de sa fonction publique, l?Etat a été une plateforme de distribution de prébendes. Un poste ici. Une promotion là. Et le tour est joué !
Pourtant, au niveau des symboliques, c?est un rapport de vassalité qui nous lie à l?Etat. Question héritage de l?époque coloniale. Pourtant la volonté de rupture existe. Aussi bien que celle d?un effacement des références classiques. L?Etat mauricien ne peut être résumé à un symbole. Qu?il soit celui d?un chef de gouvernement qui paralyse la circulation pour pouvoir être à l?heure à son bureau ou à ses rendez-vous. Ou celui qu?est ce fatras idéologique qui oppose le public au privé.
Le gouvernement de l?Alliance sociale vient de se mettre en place. Il faudra, par conséquent, attendre un peu de temps avant de savoir comment il compte diriger cet Etat mauricien vers plus de modernité. Mais déjà, il serait avisé de pousser dans la direction d?un rapprochement et d?une plus grande proximité avec le peuple. Etre de bons technocrates et des gouvernants éclairés ne prive personne de cette responsabilité. Mais on ne peut jouer du ressentiment du peuple contre les symboles du pouvoir économique pour réaliser la révolution annoncée et nécessaire de l?Etat.
Afin de réaliser cet objectif, il faudra bien dépolitiser et dépersonnaliser l?Etat mauricien. Dans un monde où l?Etat fonctionne comme une entreprise privée, on nous a promis un Etat humaniste. C?est un défi énorme. Et il faudrait souhaiter que l?objectif soit atteint. Parce qu?il rendra compte du fait que des options existent. Qu?il ne s?agit pas seulement de se livrer pieds et poings liés au libéralisme ou de tenter désespérément d?atteindre l?équilibre parfait entre l?économique et le social. Face à la raison, on a opposé le c?ur. Et si le c?ur finit par triompher de la raison technicienne, cela voudrait dire que le gouvernement aura su faire preuve d?imagination. C?est tout le bien qui peut lui être souhaité aujourd?hui.
Parallèlement, l?exercice de réinvention de l?Etat ne peut se faire sans une opposition également imaginative. Une défaite étant l?occasion d?une remise en question, il est attendu de l?ancien gouvernement qu?il parvienne à prendre encore plus de hauteur dans sa conception des institutions et de leurs rôles.
Les deux parties ont la responsabilité de garantir la neutralité de l?Etat. Actuellement à la lecture des insultes et des graffitis figurant ici et là, on est loin de cette image prestigieuse qu?on veut garantir à l?Etat. Au marché de la surenchère, on vole de plus en plus bas dans la bêtise. Il importe aujourd?hui de relativiser les choses. Il n?y a jamais des bons d?un côté et des méchants de l?autre exclusivement. La rivalité politicienne n?empêche pas le dialogue. L?Etat mauricien en sortira grandi. Et pour une fois, on ne le réduira pas à un simple enjeu de gains à tirer ou à concéder.
Publicité
Publicité
Les plus récents