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Prise de fonctions sous haute tension pour Ahmadinejad

4 août 2005, 00:00

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Officiellement investi hier président de l?Iran, Mahmoud Ahmadinejad s?apprête à vivre un véritable baptême du feu à la tête de la République islamique, en proie à d?intenses pressions de la communauté internationale en raison de l?annonce de la reprise de ses activités nucléaires sensibles.

?J?approuve le vote de la nation et désigne le Dr. Mahmoud Ahmadinejad comme président de la République islamique d?Iran?, a déclaré le Guide suprême, l?ayatollah Ali Khamenei, dans un texte lu lors d?une cérémonie officielle par le président sortant Mohammad Khatami. L?ancien maire conservateur de Téhéran, âgé de 48 ans, a été élu le 24 juin avec plus de 60 % des suffrages au second tour de l?élection présidentielle face au conservateur pragmatique Akbar Hachemi Rafsandjani.

Mais l?ancien maire de la capitale enfile les gants dans un contexte difficile, à un moment où la République islamique paraît plus proche que jamais d?une convocation devant le Conseil de sécurité des Nations unies en raison de ses ambitions nucléaires.

Mardi, Téhéran s?est montré inflexible face aux pressions des Etats-Unis et de la troïka européenne, qui a formellement prévenu que la reprise des activités de transformation de l?uranium conduirait à l?arrêt des négociations.

Certains analystes s?attendent à ce qu?Ahmadinejad poursuive sur le voie de la fermeté, lui qui a martelé pendant la campagne que ?l?accès à la technologie nucléaire était un droit inaliénable de l?Iran?.

Mais de sources européennes, on évoque la possibilité d?un stratagème du nouveau président. Selon ce scénario, l?Iran aurait volontairement créer une mini-crise afin d?offrir à Ahmadinejad la possibilité de régler la situation à son arrivée au pouvoir, ce qui lui permettrait d?asseoir son statut d?homme d?Etat et d?adoucir son image de conservateur anti-occidental radical.

Accusations sur son passé

Au-delà de la crise nucléaire, Ahmadinejad devra faire face aux nombreuses accusations sur son passé, les Etats-Unis le soupçonnant d?avoir joué un rôle important dans la prise d?otages de l?ambassade américaine à Téhéran lors de la Révolution islamique de 1979.

Des enquêteurs autrichiens tentent également de déterminer s?il a été impliqué dans le meurtre de dissidents kurdes à Vienne en 1989. Ses proches conseillers démentent toute implication du nouveau président dans l?une ou l?autre de ces deux affaires.

Sur le plan intérieur, Ahmadinejad devra relever d?importants défis économiques dans un pays où la croissance patine et où les champs pétroliers, véritable manne du pays, perdent en rendement. Selon les analystes, les investisseurs devraient se montrer prudents dans un premier temps, Ahmadinejad ayant promis durant la campagne de lutter contre la corruption dans l?industrie pétrolière et de n?accorder aucun traitement de faveur aux entreprises étrangères.

Mais certains observateurs rappellent que le chef d?Etat avait su adopter une ligne pragmatique en tant que maire de Téhéran et qu?il pourrait très bien agir de la sorte, aujourd?hui, à la présidence de la ?République des mollahs?.

Christian OLIVER

PORTRAIT

Ahmadinejad, le président qui a séduit les plus pauvres

Avant le premier tour du scrutin, le 17 juin, peu d?observateurs accordaient à Ahmadinejad, le plus conservateur des candidats, de sérieuses chances de l?emporter. Mais la propagande électorale a dressé de lui le portrait d?un homme proche du peuple, à l?écoute des besoins des personnes âgées, des pauvres et des invalides de guerre, un homme dénonçant les opportunistes prêts à contourner les lois pour s?enrichir rapidement. Après son élection à la mairie de Téhéran, ce fils de forgeron s?est joint aux balayeurs dans les rues de la capitale. Il a joué sur ses origines modestes, promettant de faire profiter la population de la manne pétrolière.

?Je suis fier d?être le petit serviteur et le balayeur de rue de la nation iranienne?, a dit Ahmadinejad en votant au mois de juin. ?Aujourd?hui est le début d?une nouvelle ère politique?.

A Téhéran, il a rajeuni les équipes municipales et a engagé la lutte contre les trafics. Mais certains habitants déplorent qu?il ait remplacé les centres culturels par des salles de prière et qu?il ait introduit la ségrégation des sexes dans les ascenseur municipaux. Soumis aujourd?hui à une intense pression internationale, Ahmadinejad assure que l?amélioration des relations avec les Etats-Unis n?est pas le remède aux maux iraniens. D?après certains observateurs, son arrivée au pouvoir risque de compromettre le règlement du différend sur le programme nucléaire de l?Iran, soupçonné par Washington de poursuivre des objectifs militaires. ?L?accès à la technologie nucléaire est un droit inaliénable de l?Iran que le monde doit reconnaître?, n?a-t-il cessé de répéter lors de la campagne. Mais d?autres pensent qu?Ahmadinejad pourrait profiter de la mini-crise actuelle pour jouer l?apaisement et se présenter ainsi aux yeux de l?Occident comme un homme d?Etat respectable et un interlocuteur fréquentable. Le nouveau président est né dans le village agricole d?Aradan, à une centaine de km au sud-est de Téhéran, mais il est venu vivre dans la capitale dès son plus jeune âge.

Etudiant brillant, il a décroché un doctorat d?ingénieur civil et a donné des cours dans cette discipline. Dans les années 1990, il a été gouverneur d?Ardebil, une ville du nord-ouest de l?Iran caractérisée par son conservatisme religieux, où il a dû faire face à des inondations et à un tremblement de terre. Dans son village, on loue sa simplicité. ?Ils lui ont demandé un jour s?il vivrait dans un palais s?il devenait président?, raconte son cousin Massoumeh Sabbaghian.

?Il a répondu qu?il le ferait, mais seulement quand chaque Iranien aurait son propre palais?.

Edmund BLAIR et Christian OLIVER

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