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Prévisibles prévisions

3 août 2005, 00:00

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par Stéphane SAMINADEN

En rendant public ses prévisions jeudi dernier, le Bureau central des statistiques n?a fait que confirmer ce que l?on savait déjà : 2005 sera encore une nouvelle année décevante sur le plan de la croissance économique. A 3,8 %, cette année, la croissance du produit intérieur brut sera inférieure à 5 % pour la quatrième année consécutive.

Une fois encore, on attribuera ce taux de croissance anémique à une performance ? moins bonne que prévue? ? selon la formule consacrée ? dans les principaux secteurs de l?économie : le tourisme, le textile, et le sucre.

En fait, la tendance de ces dernières années et les développements passés et à venir rendent plus ou moins prévisible ces contre-performances sectorielles. Nous sommes durablement installés dans une période où la croissance économique sera faible.

Dans le textile-habillement, le retour à des taux de croissance positifs se fera sans doute attendre pendant un certain temps. Avec un parc industriel qui s?est rétréci, l?augmentation des recettes n?est possible qu?en montant en gamme pour obtenir des prix plus rémunérateurs. C?est un processus long et difficile qui n?est pas à la portée de toutes les entreprises restantes.

L?abolition des quotas sur les vêtements a eu un double effet : accroître l?offre sur le marché international et faire diminuer les prix. Les prix des vêtements exportés par la Chine ont diminué de près de 50 % en une année. La pression sur les marges des entreprises locales est donc très forte, voire insoutenable, pour plusieurs d?entre elles.

Au niveau de l?industrie sucrière, jusqu?ici le principal facteur affectant les recettes a été les conditions climatiques. Avec le projet de réforme du régime sucrier engagé par la commission européenne, la performance de secteur sucrier dépendra de l?ampleur de la baisse des prix annoncés et de la vitesse avec laquelle cette baisse de prix sera appliquée. Une baisse de 5 % du prix du sucre pourrait intervenir dès l?année prochaine si le projet de la commissaire Fischer Boel est adopté tel quel. Nous serons fixés avant novembre.

Comme une table devient bancale si deux de ses pieds sont affaiblis, l?économie est également chancelante avec l?essoufflement de deux de ses principaux moteurs.

La restructuration de l?économie s?est déjà imposée comme nécessité et elle est en marche. En attendant que le pays se transforme en un centre financier et en attendant que le secteur des technologies de l?information et de la communication tienne ses promesses, il faut donc pallier au plus pressé.

Le gouvernement a raison de tabler sur le tourisme comme locomotive pour tirer l?économie durant la transition. Mais ce n?est pas quelques milliers de touristes de plus, attirés grâce à une nouvelle campagne de promotion plus imaginative, qui compenseront ce que le sucre et la zone franche n?arrivent plus à contribuer.

La taille de l?industrie doit croître, et rapidement pour faire un impact. L?agrandissement de la capacité d?accueil, couplé à une croissance du même ordre de la capacité aérienne et une campagne de promotion plus intelligente, agressive et soutenue, sont parmi les ingrédients qui permettraient au tourisme de faire vraiment la différence.

De nouveaux projets ? hôtels ou IRS ? prendront du temps avant de se concrétiser. En attendant, le gouvernement peut s?attaquer au problème aérien pour accroître le taux de remplissage des établissements existants.

Si le gouvernement veut influencer positivement la croissance économique en 2006, il doit rapidement faire des propositions concrètes. On sait que certains travaillent d?arrache-pied sur l?épineuse question de la relance de l?économie.

C?est la seule d?ailleurs qui mérite un intérêt. Il est dommage qu?un mois après les élections générales, on soit encore embourbé dans la politique, des conflits de personnalité et des problèmes d?ego.

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