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Raveeta Peetumbur la danse dans le sang
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Raveeta Peetumbur la danse dans le sang
Un front balayé par une petite frange, juste au-dessus d’un peu de sindour et d’un tikka grenat. Le visage élancé, les lèvres légèrement teintées de rose, les ongles peints en rouge grenat, drapée dans un churidar bleu roi soyeux, Raveeta Salick-Peetumbur s’assied sagement dans un fauteuil. Dyna-mique et joyeuse, elle parsème ses réponses d’humour et d’éclats de rire tonitruants. Elle fait parler cette formidable capacité d’adaptation et sa dévotion dans chaque chose qu’elle entreprend et aligne un impressionnant chapelet de qualités : détermination, grâce, passion.
Pourtant, la vie de cette danseuse qui a drainé des centaines de spectateurs à Maurice comme à l’étranger, a été difficile ! Son enfance a pour théâtre Stanley, entre cinq frères, Pravesh, Pramode, Meetilesh, Sanjay et trois sœurs, Sarita, Renou et Bhinou, leurs parents, Santa et Parmanand. Une petite case en tôle qui s’effeuillait lors des cyclones, des revenus modestes, des temps durs.
Mais la petite Raveeta n’en démord pas et tache d’être heureuse. « Nou ti pe kontant nou avek seki nou ti ena. Ti pe rod lamok, zoue kanet avek bann zanfa dan kartie », raconte-t-elle. Elève de l’école primaire de la région, elle tâte à divers sports : « Mo ti bien activ. Mo rapel ti bizin galoup dan enn sak gouni al manz makatia e regaloupe pou gaigne. Pou fet lindepandans, mo ti bien kontan parski ti ena sante ek danse. Mo mama ti koup mo soubiz, peign mo seve de lake, mette mo tanga avan mo mont lors la senn. ». La danse était déjà au bout de la rue de son enfance. Un frère chantait et jouait souvent des instruments de mu-sique. Quand les vieilles dames du village exécutaient une danse, elle s’empressait de leur emboîter le pas. « Mo kroir mo lipie ti pe grate ! Mo ti bizin fer parey e sey danse. »
Alors qu’elle a 11 ans, son père meurt. Lourde perte pour la famille. Raveeta intègre la Junior Secondary School de Belle-Rose et suit des cours de Home Economics. Trois ans plus tard, elle entre au collège Eden de Rose-Hill. Entre-temps, elle enchaîne les disciplines sportives. Après ses études, elle se voit confier son premier emploi, éducatrice physique, par le recteur ! Pas étonnant pour cette mordue de sport ! Une année après, elle va au Mauritius Institute of Education (MIE) pour passer un diplôme en enseignement en économie et enseigne cette matière.
Un heureux hasard vient frapper à sa porte en accompagnant une amie à Port-Louis qui veut s’inscrire pour une bourse d’étude en Inde. « Mon amie me disait que son père étant malade, elle ne voulait plus partir et me suggérait de tenter ma chance. Finalement, j’ai suivi son conseil et ma demande a été acceptée. Je me suis envolée pour l’Inde. La danse est venue à moi. Je crois que j’étais destinée à cette voie. »
À la MS University de Baroda dans l’état du Gujerat, elle se jette dans la danse avec le professeur Chandrahsekan.
Trois ans après, elle obtient son diplôme en Performing Arts, mais reste deux années de plus pour se perfectionner. « Il fallait que le corps puisse se modeler, s’ajuster aux mouvements. La danse c’est l’expression corporelle universelle. J’ai appris le bharat natyam et le katak, issues de l’hindouisme, mais il y a des variantes selon la musique, les costumes, le rythme, les philosophies. Pour les Hindous, cela symbolise la dévotion envers les divinités. Le katak est plus gracieux, les mouvements se font debout avec des pirouettes tandis que le bharat natyam se pratique avec des mouvements pliés. C’était vraiment difficile de tout maîtriser. Il fallait aussi se produire. La première fois que j’ai dansé en public, j’avais le trac. Mon formateur était dans la salle, mais on ne pouvait pas le regarder. Il fallait se concentrer sur ses mouvements. J’avais les pieds tremblotants mais une fois que la musique a commencé, je me suis lancée. Quand je danse, je joue le rôle d’une divinité et j’essaie d’exprimer ses sentiments », dit-elle.
<B>Elle se fait bien vite un nom</B>
1987 : retour à Maurice. Elle suit des cours à l’Indira Gandhi Center for Indian Culture en katak et elle fonde la Rasika Dance Academy pour dispenser des cours de danse aux enfants. Son baptême du feu, elle le fait à Chamarel lors d’un tournage organisé par le ministère du Tourisme avec l’animateur Michel Drucker. Bien vite elle se fait un nom.
Représentations et chorégraphies des fêtes de l’indépendance affluent. Sa danse franchit les frontières. Raveeta Salick-Peetumbur sillonne l’Irak pour participer à un festival, va en Afrique du Sud à trois reprises, saute de l’Espagne à la Chine en faisant un crochet par La Réunion. Elle effectue même la chorégraphie de séries indiennes.
Travailleuse infatigable, elle veut porter la danse vers la population. Pas de distinction de communauté ! La danse est universelle. « La danse n’est pas tabou. Qu’est-ce qui unirait les gens de la planète selon vous ? Si par exemple c’était la langue, il y aurait un gros problème car certains insisteraient sur la leur. Mais quand la musique joue, tout le monde danse. C’est un élément unificateur qui apporte le bonheur. »
Et son bonheur, elle le trouve en épousant Shyam Peetumbur, employé au ministère de l’Agriculture en 1999. Il la soutient de tout son cœur dans ce qu’elle entreprend. La fierté ruisselait lorsqu’en mars 2005, elle se voit décorée lors de la fête de la République.
Raveeta Salick-Peetumbur, professeur de danse au collège Hindu Girls, a reçu le President Badge of Honour le 22 juillet dernier. « Tout le monde m’a dit que cette récompense était amplement méritée. Quand je me demande ce que cela me fait, je me dis que je n’ai qu’à répéter ce qu’on m’a dit ! Je suis heureuse surtout pour ceux m’ont encouragée – les collègues, les amis, la population mauricienne.
La danse a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Je n’enseigne pas juste quelques pas mais une leçon de valeurs. »
Bien que la danse occupe la majorité de son temps, la tête de Raveeta fourmille d’idées pour mettre sa danse à la proximité des autres. Elle travaille sur un spectacle « souvenirs » à l’intention des personnes âgées et pour aider les jeunes à connaître les danses d’autrefois.
« Il y a une telle variété culturelle à Maurice. Je veux que tout le monde puisse participer, peu importe sa culture. » C’est ainsi qu’elle s’est essayé à d’autres arts en compagnie d’autres artistes dont Michel Legris qui lui a appris à jouer de la ravanne. Valeureux souvenir et éclat de rire. Brusquement, elle se lève, exécute quelques pas de danse, accompagnés de mimiques et de fous rires. Après une bonne nuit de sommeil, elle se réveillera dès l’aube. Puis enfourchera son vélo, décollera dans l’allégresse pour pédaler le long des rues voisines. Par amour du sport toujours !
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