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Géraldine dessine-moi les lieux du crime
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Géraldine dessine-moi les lieux du crime
Il est 9 heures, jeudi matin. Les contours des yeux soulignés à l?eye-liner, les lèvres arborant du fuchsia, une fine mèche glissant le long de son visage, Géraldine Aliphon, 29 ans, se hâte vers la salle d?attente des locaux de la New Court House. Mais n?oublierait-elle pas quelque chose ? Où sont donc passés ses crayons et son bloc à dessin, si indispensables à son métier ?
Aujourd?hui, elle ne les a pas. Car d?ici trente minutes, elle se présentera à une audience pour laquelle ses croquis ont été utilisés. « D?abord, je prête serment, j?identifie le plan que j?ai dessiné, et ensuite, je demeure à la disposition du magistrat pour des questions qui s?y rapportent », déclare Géraldine. Depuis six ans, cette habitante de Crève-C?ur participe à des reconstitutions de faits, dessine les sites où sont survenus des accidents, des vols ou des crimes.
Un métier auquel elle aspirait dès le plus jeune âge. En voyant le bel uniforme bleu du policier, ses yeux s?écarquillaient d?admiration : « C?était un symbole de prestance, de respect. C?était la profession dont je rêvais depuis toujours ». Issue d?un milieu modeste, elle a grandi à Allée-Brillant et à Curepipe avec Vanessa, sa s?ur, âgée de 26 ans aujourd?hui. Son père Tony, 52 ans, affecté au Local Government, tandis que sa mère Marcelle, employée de maison, travaillent d?arrache-pied pour la famille.
Géraldine a d?abord été à l?école St Jean Bosco, puis au collège de Lorette de Curepipe. Après avoir passé la Lower VI dans une filière artistique, elle se dirige d?abord vers l?hôtellerie, un secteur qui prenait son essor à cette époque. Pendant deux ans, elle suit une formation et effectue de nombreux stages dans les hôtels. Entre-temps, Géraldine Aliphon postule pour intégrer la police.
Le 1er juin 1996, elle reçoit une lettre : elle est acceptée ! « Je n?oublierai jamais cette date, car c?était aussi le jour de la mort de Gaëtan Duval. En lisant la lettre, j?étais satisfaite et soulagée d?avoir été reçue », confie notre interlocutrice. Commence alors la formation de six mois à la SMF. C?est d?ailleurs dans cette école de police qu?elle rencontre Might, son époux. Réveil à 5 h 30, nettoyage des dortoirs, séance de Tae kwon do, de drill avec les armes, exercices intenses et études : la formation était des plus rigoureuses !
Mais Géraldine est déterminée. Elle veut aller au bout de son rêve et s?accroche. À 20 ans, elle complète son cursus et est rattachée au poste de police de Curepipe. Tantôt affectée aux tâches administratives ou à la circulation, la jeune femme s?épanouit dans la police pendant trois ans. À 24 ans, elle épouse Might et va vivre à Crève-C?ur.
C?est alors qu?une idée lui vient. Passionnée de dessin, et surtout de portraits, elle apprend que la police recrute une dessinatrice. Elle décide de tenter sa chance. « Ma candidature a été acceptée tout de suite. On m?a dit que j?étais la première femme policier à devenir dessinatrice. J?ai alors été affectée à la Technical Unit de Rose-Hill », confie-t-elle. Mais là aussi, il fallait suivre une formation.
Pendant deux mois, elle accompagne des policiers sur des lieux de délits pour faire des croquis. « En tant que dessinatrice, j?interviens pour tous les types de délits. Cela va du simple feu de cabanon aux meurtres. Il y a des crimes qui choquent, surtout ceux qui concernant les enfants, car quand je suis sur les lieux, cela me fait penser à ma fille. Dans d?autres cas, par exemple, le meurtre du policier Patrick Darga à Goodlands quelques années plus tôt, je me dis que cela aurait pu arriver à n?importe lequel de mes collègues. »
Avant de se rendre sur le lieu, il lui faut aller au poste de police où la plainte a été enregistrée. Ensuite elle effectue un tracé qui marque les étapes du délit. « Le but de ces croquis est d?apporter un éclairage pour le magistrat quant aux déplacements des auteurs du délit », explique Géraldine. Cette dernière conserve le tracé original. Une copie est faite, puis envoyée au poste de police, et à la cour lorsque Géraldine se présente.
Elle se dévoue depuis neuf ans
Ainsi, la jeune femme est à la fois sur le terrain, en cour et à son poste à Rose-Hill pendant la semaine. Dans ce milieu essentiellement masculin, elle se fraye son chemin. « Mes propres collègues m?ont bien accepté. Je pense qu?il y a peu de femmes dans ce domaine à cause des contraintes. Il n?y a pas d?horaires fixes. Avant je pouvais traiter 8 à 10 cas tous les mois, mais maintenant, le nombre de délits a augmenté. Je voudrais avoir plus de temps à consacrer à Anaïs, ma fille de 3 ans et à Evans, mon fils de 10 mois. Bien qu?il y ait très peu de gens qui reconnaissent ce métier, j?essaie d?apporter ma contribution pour résoudre les affaires. »
Même si la profession a ses contraintes, Géraldine essaie de s?organiser pour continuer à exercer ce métier auquel elle se dévoue depuis neuf ans. « La police, c?est un beau métier. C?est un travail honnête dont je dépends et que j?aime. Il faut de la patience, de l?amour et de la dévotion. » Pour l?aider dans sa tâche, Marilyne, sa belle-mère, la soutient énormément, surtout pour surveiller les enfants. Et s?il lui reste un peu de temps libre, elle le passera auprès de sa famille. Une petite promenade en mer ou une visite à ses parents. Et le dimanche s?éclipsera pour une nouvelle journée de travail à croquer d?autres sites à délits.
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