Publicité
La chasse est ouverte
Dieu merci, nous ne sommes pas sous le règne de l?édit Charles Quint du 16 mai 1544 ! La peine encourue pour les contrefacteurs était alors l?amputation du poignet et de la main. On vous laisse imaginer combien de manchots nous aurions eu sur les bras. Aujourd?hui, ces drôles d?oiseaux payent des amendes qui peuvent aller jusqu?à Rs 300, 000 et risquent jusqu?à deux ans de prison.
Mais ils continuent à voler haut. Pour beaucoup, faussaires ils sont nés, faussaires ils resteront. Leur philosophie : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ! Propriété intellectuelle, brevets, droits d?auteur, ce ne sont que des mots. Peinards, ils attendent patiemment que d?autres créent pour ensuite imiter et reproduire frauduleusement. Au final, « ils s?en sortent plus gagnants que ceux qui ont investi leurs efforts dans la création et dans le développement des marques », analyse Marcel Lapierre, de Fakebusters, agence d?investigation privée, spécialisée dans l?anti-piratage.
La contrefaçon ne date pas d?hier. Mais ce phénomène, qui existe depuis plus de 8 000 ans, a pris de l?ampleur. Dans certains pays d?Asie, on ne peut plus arrêter la machine. Ces activités illégales font vivre des milliers de gens et les cerveaux sont des gangs bien organisés. Mais nous n?en sommes pas encore là à Maurice.
« L?Anti-Piracy Unit a été créée à temps. Nos lois condamnent sévèrement la contrefaçon. Nous avons signé des conventions internationales et nous avons le devoir de protéger les ?uvres et les produits qui viennent aussi d?ailleurs », répète Mohunlall Seebaluck, responsable de cette brigade. Mais l?empire du faux a bien pignon sur rue. Il passe même par les réseaux Internet. C?est la jungle, et tout y passe.
Un fléau qui étend son emprise
Les logiciels de Microsoft, les cartouches d?encre pour imprimante Epson, les marques internationales ? Vuitton, Lacoste, Chanel, Cartier, Dior, Kenzo, Versace, Calvin Klein, les griffes locales ? IV Play, Way-O, Habit ? ne sont pas épargnés. Les téléphones Nokia, les ventilateurs Pacific, les rasoirs Bic, les pellicules Fuji, le riz Basmati en sont victimes.
Il y a bien sûr les CD, les VCD, les DVD. Bref, la contrefaçon touche des milliers de produits qui sont vendus au vu et au su de tous.
Ce fléau étend son emprise sur tous les domaines possibles. Le peintre Vaco Baissac a eu récemment la mauvaise surprise de voir ses peintures reproduites et vendues par une galerie d?art. « C?est un scandale. Alors que moi je me débrouille, je bosse dur pour gagner ma vie, un autre passe derrière et se fait du fric sur mon travail. Ce n?est pas juste », s?insurge l?artiste. Un maulana mauricien, qui a traduit le Coran de l?urdu en créole, a vite fait, lui aussi, d?avoir un rival. Un éditeur indien a repris sa traduction, en a fait des copies et les exporte vers Maurice. Si la propriété intellectuelle laisse certains de marbre, d?autres qui ne savent même pas ce que c?est. « C?est la culture qui veut ça. Les gens ne se disent pas qu?ils prennent un risque quand ils copient, pour eux c?est quelque chose de permis, il n?y a pas de honte à cela. Pour les consommateurs, ce qui compte, c?est d?acheter à moindre prix. Ils croient ainsi faire un bon deal », explique l?avocat Sanjeeve Gurburrun.
Un vêtement de sport Nike, un sac Louis Vuitton, un parfum Coco Chanel? un nom, un simple nom peut à lui seul nourrir des fantasmes, emporter dans un univers serti de rêve et de luxe. Si on peut comprendre que les consommateurs qui n?ont pas suffisamment d?argent pour acheter du vrai veulent avoir droit à un peu de rêve, les conséquences de la contrefaçon sont lourdes.
Cela entraîne des pertes de marchés pour les entreprises qui en sont victimes. « Elle affecte l?image de marque des produits authentiques. Les imitations sont une tromperie sur la qualité, elles sont, dans de nombreux cas, dangereuses pour les consommateurs », fait ressortir Zeeshan Rajani, directeur de marketing de Nokia.
Les traqueurs de cette activité illégale oscillent entre optimisme et pessimisme. Si tous disent que la chasse au faux porte ses fruits, que les choses s?améliorent, que la contrefaçon s?enraye petit à petit, ils constatent qu?il y a encore beaucoup à faire. « Tout ce qu?on a vu jusqu?à présent, ce n?est que le sommet de l?iceberg. Il y a encore un gros travail à abattre. Nous surveillons de près les intérêts d?une vingtaine de marques, il y aura de gros développements bientôt dans le cas d?une vingtaine d?autres marques. Allons dire que dans deux ans, on aura nettoyé partout », prévoit Marcel Lapierre.
Se déshabituer du faux
Les marques internationales tiennent de plus en plus à ce qu?on protège leurs produits et se font représenter. « Avant, les maisons mères ne voulaient pas investir dans la lutte contre la contrefaçon à Maurice. Elles devaient se dire que comme c?est un petit pays, les ventes ne sont pas assez conséquentes. Mais en fait, si tous conjuguent leurs efforts contre la contrefaçon, nous irons vers une culture de non imitation et Maurice retrouvera sa bonne réputation », considère Marcel Lapierre.
Sanjeeve Gurburrun donne, lui, un délai de cinq ans pour qu?on soit débarrassé de ce fléau. Mais avant d?en arriver là, il faut prendre le problème dans son ensemble. « Les lois sont là, les peines sont sévères mais il manque des effectifs pour mettre la loi en pratique. L?Anti-Piracy Unit a beau abattre un gros travail, pour être présent sur le terrain, dix officiers ne suffisent pas. En plus ils doivent passer beaucoup de temps en cour. »
Il estime que l?État devrait être encore plus impliqué, que plusieurs ministères sont concernés par le phénomène. La contrefaçon d?un dentifrice peut avoir de l?effet sur la santé, le ministère de la Santé doit donc contribuer à la lutte. Un faux WD-40 dure deux mois, alors que le vrai dure un an, le ministère du Commerce a donc son mot à dire. « La situation s?améliore mais il faut aller jusqu?au bout. Il ne faut pas uniquement saisir les CD piratés, il faut systématiquement saisir les appareils qui ont servi à faire les copies. Il faut fouiller dans les carnets d?adresses, retracer les contacts, démanteler les réseaux », souligne l?avocat.
Ce qui est sûr, c?est que les choses bougent. Comme on dit dans le jargon de la contrefaçon, il y aura de plus en plus de nettoyages. Les Européens et les Américains vont débarquer bientôt pour voir ce que l?on fait de leurs films. Des représentants de Lacoste et Louis Vuitton animeront un séminaire en septembre pour sensibiliser les gens à la lutte pour la protection des marques.
Les Mauriciens ont intérêt à se con-tenter d?acheter selon leurs moyens et à se déshabituer du faux. Et les touristes doivent aussi faire attention. À Paris, par exemple, on n?hésite pas à fouiller les bagages des passagers en provenance de Maurice et à exiger des certificats d?authenticité de leurs produits. La chasse est ouverte. Les chasseurs seront sans pitié.
Publicité
Publicité
Les plus récents