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Quand Maurice croyait dans l?anthurium

19 juillet 2005, 00:00

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Nous sommes à la mi-juillet 1980, la culture et l?exportation d?anthuriums sont considérées comme un commerce en pleine? floraison. Difficile d?en dire autant aujourd?hui. Et nous en voulons pour preuve le silence, non pas des agneaux, mais des journaux au sujet de la situation prévalant dans ce secteur de la diversification agricole. Espérons que la situation ?changera? à présent qu?un ministre de l?Agro-industrie remplace celui de l?Agriculture à l?Hôtel du Gouvernement.

?L?Express? donne, à l?époque, la parole à René Antelme, le directeur de ?Mascarenhas?, compagnie responsable de la commercialisation d?anthuriums sur le marché européen. Notre homme est connu et inspire respect à tous ceux ayant à c?ur le développement économique de la société mauricienne. Dans les années 1950, quand on ne jurait que par ?King Sugar?, fonction publique et professions libérales, il innove en créant le ?Dry Cleaning?, le premier service de buanderie industrielle. Nul n?a oublié ses camionnettes de ramassage et de livraison, affichant fièrement le nombre croissant de sa clientèle. Il changea de publicité quand ?compté fini, clients resté !?

Toujours aux Cassis, il innove en créant ?Retreaders?, un service de rechapage de pneus usagés, fortement recommandé par ce connaisseur qu?est Albert Jupin de Fondaumière, celui qui connaît la vérité au sujet de l?émeute de 1943, à Belle-Vue, mais dont on refuse le témoignage pourtant oculaire car sa Vérité ne correspond pas tout à fait au ?martyre? d?Anjalay, raconté par des ?historiens? faisant encore dans leur culotte au moment des faits.

Autre innovation, en matière de diversification agricole, à mettre à l?actif de René Antelme : un essai, hélas non transformé, d?élevage de canards sauvages.

Sur un autre plan culturel, il est connu pour être homme de théâtre confirmé, talentueux, entreprenant, innovateur. Il ne se contente pas de briller dans la mise en scène. Il s?efforce encore de regrouper ses pairs en une association. Il soutient le projet de Georges André Decotter de constituer un Musée du Théâtre dans le foyer du Plaza mais resté tel quel dès que notre Malraux national perd son statut de secrétaire de BBRH et de consultant en administrations régionales. René Antelme est aussi un romancier de talent. Ses ?Enfants de Souillac? et sa ?Dernière vérité? se relisent avec un plaisir renouvelé.

Aujourd?hui, nous nous contenterons de nous mettre à l?écoute de ce pionnier de l?horticulture industrielle et d?apprécier à sa juste mesure la pertinence de son message d?il y a cinq lustres. Il sait que Maurice peut devenir le principal fournisseur d?anthuriums d?Europe. Ce marché est moins accessible aux produits concurrents d?Hawaii que ceux de Maurice. Notre production de pointe coïncide avec l?hiver européen. Elle correspond de plus à la consommation de pointe en Europe. Le procédé de ?tissue culture? est alors introduit à Maurice. D?ici 1985, de nouvelles variétés remplaceront nos anthuriums andréanums d?antan. On peut espérer une exportation annuelle de dix millions de fleurs, rapportant, en 1980, Rs 40 millions.

René Antelme s?intéresse à la commercialisation de l?anthurium ?made in Mauritius? depuis 1968. Ce secteur horticole a, à la fois, progressé et piétiné. Sur la face positive, il note une meilleure concertation entre certains horticulteurs et un marketing commun, sous l?égide de ?Mascarenhas?, agissant comme un syndicat d?exportation. Ce dernier travaille avec un réceptionnaire allemand ayant des filiales à travers toute l?Europe. Les commandes sont envoyées à Maurice par télex, le nec plus ultra à l?époque car il permet déjà des échanges instantanés et en direct quoique plutôt bruyants. A plusieurs, il devient plus facile de disposer d?un fourgon, 24 heures sur 24, pour prendre livraison des fleurs commandées 10 000 kilomètres plus loin et les mettre dans le premier avion venu. Prix identique pour les fleurs d?un même calibre. Pas de concurrence déraisonnable.

Le syndicat d?exportation permet de mieux s?informer sur le potentiel des pays concurrents. Ils produisent jusqu?à cinq fois plus de fleurs que les Mauriciens. Nos hybrides produisent 30 000 fleurs par arpent. A Hawaii, la production est de 150 000 unités à l?arpent. Le rendement aux Pays-Bas est également supérieur au nôtre. De plus, leurs variétés ont des spathes, des tiges, des spadices, se prêtant mieux à l?emballage et donc à leur commercialisation que les nôtres plus irréguliers, pour ne pas dire plus désordonnés. D?où nécessité d?introduire de nouvelles variétés.

Pour René Antelme, l?anthurium doit, comme le linge à laver, les pneus à rechaper, les pièces de théâtre à mettre en scène, les romans à rédiger, faire en sorte que le stade de l?amateurisme cède la place à un professionnalisme de bon aloi.

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