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L’attentat de Moussayyib aurait fait 98 morts

18 juillet 2005, 00:00

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Le dernier bilan de l’attentat suicide perpétré samedi à Moussayyib, au sud de Bagdad, par un kamikaze conduisant un camion-citerne est de 98 morts, et plusieurs blessés sont dans un état critique, a-t-on appris hier auprès d’un responsable de l’hôpital de Hilla.

Ce responsable a déclaré à Reuters, en requérant l’anonymat, qu’il avait établi ce bilan à partir d’informations recueillies auprès de plusieurs hôpitaux des environs.

Un kamikaze embarqué dans un camion-citerne s’est en effet fait exploser près d’un marché bondé au sud de Bagdad, faisant au moins 98 morts et 82 blessés tandis qu’Al Qaïda annonçait de nouvelles violences. Ce nouvel attentat meurtrier, perpétré près d’une mosquée chiite de Moussayyib, a également détruit neuf voitures, a rapporté la police irakienne.

“C’est un jour noir dans l’histoire de la ville”, a déclaré à Reuters par téléphone le chef de la police de Moussayyib, Yas Khoudaïr.

Des personnes accourues sur place ont découvert des proches parmi les victimes. “Après la bombe, je suis allé là-bas et j’ai trouvé la tête de mon fils. Je n’ai pas retrouvé son corps”, a déclaré Mohsen Djassim en parlant de son fils de 18 ans.

Le réseau Al Qaïda, qui incite les candidats arabes à la “guerre sainte” à frapper en Irak, a revendiqué la série d’attentats suicides commis ces deux derniers jours en affirmant que d’autres violences auraient bientôt lieu. Cette vague d’attaques “continue pour le deuxième jour d’affilée avec voitures piégées, attentats-martyres et affrontements”, dit un communiqué d’Al Qaïda diffusé sur un site Internet.

“L’opération se poursuit comme prévu et nous avertissons les ennemis de Dieu qu’il y en aura encore. Nous demandons aux frères musulmans du monde entier de prier pour que Dieu nous donne le victoire”, ajoute-t-il.

Mort de trois soldats britanniques

Quelques heures avant le massacre de Moussayyib, des activistes avaient frappé en divers autres lieux, faisant au moins 16 morts. Un attentat suicide à la voiture piégée avait notamment fait cinq morts à Bagdad tandis que, dans le sud du pays, trois soldats britanniques perdaient la vie dans l’explosion d’une mine au passage de leur véhicule.

Vendredi, onze kamikazes avaient tué au moins 32 personnes en divers points de Bagdad et à Iskandaria, non loin de Moussayyib.

Samedi matin, les autorités irakiennes avaient paru renforcer la présence policière et militaire aux barrages de sécurité établis à travers la capitale irakienne. Mais ces contrôles accrus n’ont pas empêché un insurgé de précipiter sa voiture piégée contre une patrouille de police dans le quartier sud de Doura, tuant trois civils et deux policiers.

Les attentats apparemment coordonnés de vendredi ont été revendiqués par l’Organisation Al Qaïda pour la guerre sainte en Irak, du Jordanien Abou Moussab al Zarkaoui. Selon le groupe, Zarkaoui a demandé d’intensifier la lutte “jusqu’à la défaite de l’Amérique”.

Les trois soldats britanniques ont péri à Amara, dans le sud-est, dans l’explosion présumée d’une mine au passage de leur véhicule, a annoncé le ministère de la Défense. Deux autres soldats ont été légèrement blessés.

Cet attentat a été revendiqué sur le site Internet qu’utilise d’ordinaire l’organisation de Zarkaoui par un mouvement peu connu, les Brigades de l’imam Hussein, dont le nom laisse supposer qu’il est d’obédience chiite.

A Londres, le ministère de la Défense a déclaré que ces décès portaient à 92 le nombre de soldats britanniques qui ont péri en Irak depuis l’intervention militaire de mars 2003, dont 53 au combat.

Sami JUMAILI Peter GRAFF

PROCÈS

Première inculpation contre Saddam Hussein

Le tribunal spécial irakien a formulé sa première inculpation contre Saddam Hussein et pourrait entamer “dans les prochains jours” le procès de l’ancien président irakien, a annoncé hier le principal magistrat instructeur. Saddam Hussein sera jugé, avec trois anciens membres de son régime, pour l’exécution en 1982 d’une centaine de chiites dans le village de Doudjaïl, au nord de Bagdad, a ajouté Raed Djouhi sans préciser quand l’inculpation avait été prononcée. De sources diplomatiques, on fait cependant remarquer qu’en parlant de “prochains jours”, Djouhi fait sans doute allusion à l’examen de motions préliminaires plutôt qu’à l’ouverture du procès proprement dit, puisque le système judiciaire irakien prévoit un délai de 45 jours entre la clôture de l’instruction et le début du jugement. Le gouvernement à dominante chiite et kurde compte juger rapidement les anciens dignitaires du régime sunnite, espérant par ce biais décourager les insurgés soutenus par les services secrets du parti Baas. Les Américains et la communauté internationale insistent pour leur part sur la tenue d’une procédure équitable et correctement préparée – conditions qui rendent peu probable le bouclage de l’affaire avant le scrutin présidentiel prévu en décembre. Une dizaine de charges – notamment pour génocide et crimes contre l’humanité – sont susceptibles d’être portées contre l’ancien chef d’Etat irakien, au pouvoir depuis 1968 avant d’être chassé en mars 2003 par l’intervention armée dirigée par les Américains. Le massacre de Doudjaïl est considéré comme relativement mineur au regard d’autres répressions sanglantes menées contre les Kurdes et les chiites, mais les magistrats instructeurs considèrent que les preuves sont faciles à rassembler et permettent une mise en cause rapide de Saddam Hussein. Selon l’accusation, quelque 140 personnes avaient été passées par les armes en juillet 1982 dans ce village chiite, en représailles à l’embuscade tendue la même année contre le cortège présidentiel. Des centaines d’autres avaient été arrêtées.

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