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Le Pakistan un refuge pour les islamistes radicaux
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Le Pakistan un refuge pour les islamistes radicaux
Tentant de disculper le Pakistan ? dont les suspects des attentats de Londres sont originaires et où s?est rendu au moins l?un des quatre kamikazes britanniques , le ministre de l?intérieur pakistanais a affirmé, cette semaine, qu?Islamabad avait aidé, en mai, à faire échouer une attaque terroriste en Grande-Bretagne.
«Avant les élections générales au Royaume-Uni, nous avons reçu des informations indiquant l?éventualité d?une attaque et celle-ci a été évitée grâce aux informations fournies par le gouvernement ; des arrestations ont eu lieu dans divers pays, y compris ici» , a déclaré Aftab Khan Sherpao.
Islamabad affirme que le Pakistan coopère pleinement avec Londres dans l?enquête en cours sur les attentats. «Toute information utile dont nous pourrions disposer sera transmise aux autorités britanniques» , a précisé Sherpao. Selon la presse pakistanaise, qui cite des sources des services de renseignement, l?un des suspects, Shehzad Tanweer, se trouvait dans une école coranique de Lahore de décembre 2004 à février 2005.
Considéré par Washington comme un allié précieux dans la guerre antiterroriste, le Pakistan n?en reste pas moins un havre pour les extrémistes islamistes en tous genres. Le formidable réseau constitué par les groupes extrémistes locaux et les madrasas (écoles coraniques), dans lesquelles étudient toujours plusieurs centaines d?étrangers, sont autant de lieux d?accueil pour des jeunes Européens musulmans en quête de djihad ou en recherche religieuse.
Plusieurs jeunes Britanniques originaires du Pakistan ou du Cachemire ont déjà été impliqués dans des attentats. Le plus connu est Ahmad Omar Saeed Sheikh, dont la famille est originaire de Lahore.
<B>Condamné à mort</B>
Il a été condamné à mort pour l?assassinat du correspondant du Wall Street Journal Daniel Pearl, à Karachi, en janvier 2002. Après des études dans un collège du nord-est de Londres et un passage à la London School of Economics, il avait découvert le djihad en Bosnie.
Mohammad Bilal, 24 ans, un Britannique de Birmingham, s?était fait sauter le 24 décembre 2000 en visant, lui, l?état-major de l?armée indienne à Srinagar (Cachemire).
Depuis la chute des talibans en novembre 2001, beaucoup de membres d?Al-Qaida ont trouvé refuge au Pakistan où ils sont en contact avec des groupes extrémistes. Au moins cinq hauts dirigeants opérationnels d?Al-Qaida y ont été arrêtés depuis 2002. Il s?est agi notamment du Tanzanien Ahmad Khalfan Ghailani, le 25 juillet 2004 à Gujrat (Pendjab) et du Libyen Abu Faraj Al-Libbi, le 2 mai 2005 près de Mardan.
La plupart de ces fugitifs se cachaient chez des proches ou des membres du Jamat-i-Islami, le principal parti politique religieux pakistanais qui a des députés au Parlement. Tous les responsables d?Al-Qaida arrêtés au Pakistan l?ont été après intervention américaine.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le Pakistan a arrêté et livré aux Etats-Unis près de 700 activistes suspectés de liens avec Al-Qaida. L?armée pakistanaise a perdu environ 500 hommes lors des opérations antiterroristes dans les zones tribales du sud et du nord du Waziristan, frontalières de l?Afghanistan. Mais l?importance de ces mesures est à mettre en parallèle avec le laxisme des autorités vis-à-vis des discours haineux de certaines madrasas ou des activités de responsables connus pour leurs liens avec Al-Qaida.
<B>Coordinateur d?ai qaida</B>
Lors de leurs interrogatoires, plusieurs suspects ont révélé des liens avec la Grande-Bretagne. Arrêté le 13 juillet 2004 à Lahore, le jeune informaticien Mohammed Naïm Noor Khan avait séjourné apparemment à quatre reprises en Grande-Bretagne. Les enquêteurs avaient affirmé avoir trouvé sur son ordinateur des photos de l?aéroport d?Heathrow et celles de souterrains d?immeubles à Londres.
Son ordinateur et celui du Tanzanien Ghailani avaient aussi montré que les deux hommes correspondaient beaucoup avec des membres supposés d?Al-Qaida en Europe, aux Etats-Unis et en Asie de l?Est. Les messages leur étaient envoyés, semble-t-il, par Al-Libbi. Selon les enquêteurs, le décryptage de certains messages impliquait directement Al-Libbi dans des échanges d?informations sur la préparation d?actes terroristes avant les élections américaines (en novembre 2004) et britanniques (mai 2005).
Dans le rôle de coordinateur d?Al-Qaida, Al-Libbi avait remplacé Khaled Sheikh Mohammed. On peut penser que depuis son arrestation, il a aussi été remplacé. Selon un expert, les communications du réseau Al-Qaida passent toujours par Lahore, qui demeure un centre pour la transmission des ordres, tant l?organisation reste structurée pour la mise en place de grosses opérations. «La lutte n?est pas finie et tous les terroristes n?ont pas été éliminés. Ils travaillent en petits groupes et ont différents maîtres. Nous devrons poursuivre une action soutenue pour éliminer le terrorisme de ce pays», a reconnu le ministre de l?intérieur pakistanais.
<B>Françoise CHIPAUX</B>
<B>© 2005 Le Monde News Service
Distribué par The New York Times Syndicate</B>
<B>Les musulmans jugent difficile d?étouffer le radicalisme</B>
Les dignitaires de l?islam en Grande-Bretagne reconnaissent qu?ils doivent en faire plus pour dissuader les jeunes musulmans influençables de mener des attentats suicide, mais affirment que les images du Proche-Orient et d?Irak diffusées à la télévision et sur internet ne facilitent pas leur mission. Les images de musulmans tués en Irak ou détenus sur la base américaine de Guantanamo alimentent le discours des prédicateurs radicaux, qui accusent Londres d?aligner sa politique étrangère sur celle des Etats-Unis.
A cela s?ajoute les difficultés sociales auxquelles sont confrontés une bonne partie des 1,6 millions de musulmans vivant en Grande-Bretagne, ce qui crée un terreau favorable à la montée de l?extrémisme islamiste qui a conduit quatre jeunes gens à se faire exploser dans les transports en commun londoniens la semaine dernière. Certains Britanniques se sont empressés de pointer du doigt les imams, les accusant de délivrer des sermons exaltés contre les valeurs de l?Occident.
Mais Daud Abdoullah, secrétaire général adjoint du Conseil musulman de Grande-Bretagne, regrette ce stéréotype et assure que les imams ne sont pas coupables de telles dérives. «Je pense sincèrement qu?il n?y a pas de mosquées en Grande-Bretagne, ou alors très peu, qui prêchent le genre d?idées inspirant de tels actes», dit-il en référence aux attaques de jeudi. «Il faut plutôt se pencher sur les campus universitaires et à l?extérieur des mosquées, où l?on trouve des groupes comme Al Mouhadjiroun ou la Secte du sauveur», deux groupes radicaux.
«C?est aux musulmans, aux non-musulmans, à la police et aux médias de les isoler, de les contenir et de s?assurer que leurs messages ne sont pas entendus», poursuit Abdoullah. Al Mouhadjiroun s?est fait connaître il y a trois ans en saluant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. La Secte du sauveur a pour sa part fait les gros titres de la presse britannique en avril en s?invitant à une conférence de presse du Conseil musulman de Grande-Bretagne à Londres. Rien n?indique que ces groupes soient liés aux attentats du 7 juillet perpétrés, semble-t-il, par trois jeunes Britanniques d?origine pakistanaise et un quatrième d?origine jamaïcaine.
De nombreux experts s?accordent à dire que les kamikazes ont forcément été influencés par la politique britannique au Moyen-Orient, en Irak et en Asie. Au moins l?un d?entre eux avait effectué récemment un voyage au Pakistan pour apprendre l?islam. «Si vous voulez vivre en paix ici, alors laissez le reste du monde vivre en paix également», déclarait jeudi le docteur Amdjad Ali devant une mosquée après l?hommage silencieux rendu aux victimes des attentats.
«Combien de minutes de silence faudrait-il observer à raison d?une minute pour toutes les personnes tuées en Irak, en Afghanistan, au Cachemire et dans les territoires palestiniens?», demande-t-il. Le Conseil musulman redoute par ailleurs que des jeunes Britanniques soient attirés dans les filets de groupes tel que le réseau Al Qaïda d?Oussama ben Laden par internet, où pullulent les sites extrémistes.
«Il s?agit d?une génération rodée à la technologie», reconnaît Abdoullah. Le cheikh Anouar Madi, imam de la mosquée centrale de Londres, exhorte les familles à surveiller leurs enfants pour qu?ils ne basculent pas dans le radicalisme. «La famille a une grande responsabilité dans le comportement de ses enfants», dit-il à Reuters. «Nos jeunes doivent comprendre que les décisions relevant d?importantes questions publiques devraient uniquement revenir aux intellectuels et aux leaders de la communauté.»
<B>Gideon LONG</B>
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