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“Le nouveau concurrent de notre centre offshore est Singapour”
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“Le nouveau concurrent de notre centre offshore est Singapour”
● <B>Quels sont les principaux éléments du traité de non double imposition entre l’Inde et Singapour ? </B>
Cela fait cinq années environ que les autorités singapouriennes sont en train de mener campagne pour obtenir les mêmes avantages fiscaux que Maurice de l’Inde. Le principal atout recherché est l’exemption concernant la taxe sur la plus value (capital gains tax).
L’Inde souhaite que les investisseurs singapouriens investissent en Inde. Du côté singapourien, on demande à l’Inde d’accorder un traitement préférentiel notamment concernant la capital gains tax. Les fonds d’investissement ne paient pas de la capital gains tax à Singapour et ils voudraient avoir le même traitement en Inde. Jusqu’à tout récemment Maurice était le seul pays à bénéficier de cet avantage.
Il y a quelque 500 private bankers de nationalité indienne basés à Singapour. Avec le nouveau traité, le volume d’investissement en Inde en provenance de Singapour peut doubler ou tripler.
Par ailleurs, Singapour souhaite que les compagnies indiennes soient cotées sur son marché boursier et en échange elles ne paieront pas de capital gains tax en Inde.
● <B>Quelle est l’importance du secteur offshore Singapourien ? </B>
C’est assez conséquent. Il y a un secteur bancaire offshore important. Il y a une communauté d’expatriés qui assurent un flux de business considérable.
● <B>Quel sera l’impact de ce traité entre l’Inde et Singapour sur l’offshore mauricien pour qui l’Inde est le principal marché ? </B>
Maurice était jusqu’ici le seul pays à avoir un traité aussi avantageux avec l’Inde. Il est à prévoir que la compétition s’accentuera dans l’éventualité ou l’Inde étende ce type de traité à d’autres pays à l’instar de Singapour.
● C’est donc une menace pour l’offshore mauricien …</B>
Oui et non. Le marché est immense. Singapour vise à inciter les compagnies indiennes à se faire coter sur son marché boursier. Ce n’est donc pas une compétition pour Maurice mais plutôt pour la bourse de Londres ou de New York. Il y a déjà des compagnies indiennes qui se font coter sur le marché singapourien. Ce pays pourra attirer des fonds d’investissements au détriment de Maurice.
Il n’y a pas suffisamment de business flow entre Maurice et l’Inde. À ce chapitre je trouve, par exemple, que le trafic aérien entre Maurice et l’Asie incluant l’Inde est une limitation. Un investisseur qui viendrait à Maurice n’est pas disposé à attendre deux jours pour pouvoir repartir. Un Chief executive officer veut pouvoir arriver le matin, conclure un deal, et repartir dans la soirée. La question de l’accès aérien ne concerne pas que les touristes.
● <B>Il y a ceux qui pensent que les investisseurs qui ont déjà utilisé le centre offshore mauricien ne vont pas vouloir changer pour une autre destination qui offre plus ou moins les mêmes avantages et services… </B>
C’est effectivement un peu vrai. Un investisseur qui a déjà établi sa base d’opération à Maurice ne va pas vouloir changer. Ce n’est donc pas le marché déjà acquis qui va émigrer vers Singapour.
Par contre, les nouveaux clients auront dorénavant le choix entre Maurice et Singapour.
Auparavant il n’y avait que Maurice. Je pense qu’un grand nombre d’opérateurs qui se sont implantés à Maurice que pour pouvoir investir en Inde vont s’en aller dans la mesure où ils ont déjà une base d’opération à Singapour. Les multinationales ont des bureaux régionaux ou même des quartiers généraux à Singapour. Il y a environ un millier d’investisseurs qui étaient basés à Maurice juste à cause du marché indien. Maintenant ils pourront opérer à partir de Singapour où ils sont déjà implantés. Il y a des compagnies offshore basées à Maurice qui sont détenues par des investisseurs singapouriens.
● <B>Quelles sont les conditions attachées au traité Inde-Singapour ? </B>
Une des principales conditions est que les dépenses opérationnelles doivent dépasser 200 000 dollars singapouriens soit environ Rs 8 millions pendant deux ans pour être éligibles aux avantages du traité.
Les opérateurs devront donc s’assurer que les bénéfices en termes de taxe sur la plus-value (capital gains tax) sont suffisamment supérieurs à ce montant pour justifier une implantation à Singapour.
● Ce traité entre l’Inde et Singapour est un nouveau rappel que le centre offshore de Maurice doit diversifier ses marchés….</B>
Maurice doit changer et les Mauriciens doivent changer. à Singapour, on travaille entre 50 et 60 heures par semaine surtout dans les services financiers. Je crois que les cadres mauriciens doivent acquérir l’expérience de travailler à l’étranger avant de regagner le pays. Singapour accorde des bourses aux jeunes mais ils doivent acquérir une expérience professionnelle à l’étranger avant de rentrer. De même, il y a de nombreux Chinois qui sont en formation à Singapour.
<B>“Ce n’est pas le marché déjà acquis qui va émigrer vers Singapour. Par contre, les nouveaux clients auront dorénavant le choix entre Maurice et Singapour.”</B>
● <B>La diversification des marchés passe également par une plus grande variété des produits et par une sophistication des compétences….</B>
Maurice doit apprendre à synchroniser ses efforts. Un traité ne vaut rien s’il n’y a pas de business flow. Aucun pays ne signera un traité avec un autre pays s’il n’y a pas de business entre les deux.
● <B>C’est un peu comme l’histoire de l’œuf et de la poule…</B>
Non, il faut une synchronisation des efforts. à Singapour si les opérateurs pensent qu’il y a des opportunités au Sri Lanka, vous verrez le gouvernement mener une mission dans ce pays conjointement avec le secteur privé.
● <B>Pensez-vous que Maurice doit accentuer son effort de marketing de l’offshore ? </B>
Pas nécessairement. Tous les professionnels de la planification fiscale savent ce que l’offshore mauricien peut offrir. Il faut devenir plus efficient et être synchronisé avec les autres places financières. Maurice est en avance de quatre heures sur Singapour mais les professionnels singapouriens se plaignent de n’avoir aucun interlocuteur le matin. Il leur faut attendre l’après-midi. Maurice a la chance d’avoir un fuseau horaire avantageux mais encore faut-il qu’il y ait des gens au travail. à Singapour, les banques ferment mais le back office continue à opérer.
Maurice doit changer de manière de travailler. Il ne s’agit pas de travailler plus mais de travailler plus intelligemment. Il faut introduire le flexi-time et l’accumulation des heures de travail. Pour cela, il faut évidemment un système de transport efficace qui est opérationnel jusqu’à très tard dans la nuit. Il faut commencer à travailler plus tôt pour servir l’Asie. Auparavant le centre offshore de Maurice était en compétition avec celui de Chypre. Maintenant, nous serons en compétition avec Singapour.
● <B>Pouvons-nous concurrencer Singapour ? </B>
Oui. Si Singapour arrive à s’accaparer d’une niche de 5 % du marché mondial, il reste 95 % du marché à prendre. Si Maurice arrive à prendre1% de ces 95 %, ce serait déjà excellent.
Maurice n’a pas de matières premières et de ressources naturelles mais nous avons une main-d’œuvre éduquée. Nous devons changer d’éthique du travail pour nous rapprocher de Singapour. Tout est possible.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Stéphane SAMINADEN</B>
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