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« Nous subissons une véritable érosion des valeurs humaines »

10 juillet 2005, 00:00

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Du 11 au 16 juillet, le « Mauritius Institute of Education » (MIE) et l?« Association for Living Values Education International » (Alive) organisent un forum débat sur les valeurs morales dans le milie éducatif. Quels sont les objectifs et les attentes de cette conférence ?

Elle a pour principal objectif l?enseignement des valeurs à l?école et la manière dont celles-ci peuvent contribuer à une culture globale. Il faut mettre plus d?accent en milieu scolaire pour aider les enfants à grandir dans une atmosphère saine. C?est pour cela que le MIE, qui s?occupe de la formation des enseignants, s?est joint à l?Association for Living Values Education International. Fondée en 1997 et située à Genève, elle regroupe des éducateurs autour du Living Values Educational Programme (LVEP). Ce programme offre beaucoup d?activités et une méthode pratique pour les éducateurs, les animateurs et ceux qui veulent aider les enfants et les jeunes à découvrir et développer les valeurs. Avec ce forum-débat, nous souhaitons faire un état des lieux dans les différents pays.

Quelle est votre définition des valeurs morales ?

Selon Alive, elles doivent compren-dre douze éléments essentiels : l?amour, la responsabilité, la simplicité, l?humilité, la joie, l?unité, l?honnêteté, la paix, le respect, la tolérance, la coopération et la liberté.

Quelle place leur accorde-t-on dans notre société ? Va-t-on vers une dégradation ? Si oui, pourquoi ?

Il semble bien que nous soyons en train de les perdre. Les Nations unies ont constaté une dégradation dans les valeurs humaines sur le plan moral, social et spirituel. Aujourd?hui, on est facilement influencé. Quand on essaie d?analyser la direction que la société a prise, on remarque que cela va de mal en pis. Voyez ce crime crapuleux qui a eu lieu cette semaine ! On peut à peine définir la cruauté de cet acte ignoble où une fillette de deux ans s?est fait violée et assassinée ! Nous subissons une véritable érosion des valeurs humaines ! Autrefois, il y avait quatre piliers importants dans la vie de chacun : la famille, la religion, les médias et le lieu de travail. La famille, par exemple, agissait comme un unificateur. Je pense que nous avons appris le premier sens des valeurs sur les genoux de nos grands-parents et il y avait toujours quelqu?un à la maison qui s?occupait des enfants.

Mais ces fondements sont ébranlés par le divorce, l?alcool, la pauvreté. Les femmes doivent travailler. Les parents, occupés à joindre les deux bouts, n?ont guère de temps pour les enfants qui sont laissés à eux-mêmes. À l?autre extrémité, d?autres enfants sont aussi négligés dans des familles aisées parce que les parents, occupés socialement, n?ont pas de temps pour eux. Or, les enfants ont besoin de modèles. Comme les parents sont ab-sents, ils vont idolâtrer des acteurs, des chanteurs, des sportifs, dont la conduite laisse parfois à désirer. Certains sont prisonniers de la drogue, de l?alcool et l?enfant, qui ne le réalise pas, les imitent.

Au niveau des médias, l?enfant passe beaucoup de temps devant la télévision. Une étude récemment effectuée en Grande-Bretagne démontre qu?avant même d?accéder à l?école primaire, un enfant regarde en moyenne 5 340 heures de télévision. Et qu?est-ce qu?il voit ? Ce sont surtout des programmes remplis de violence. Il grandit alors dans ce climat agressif, consomme du tabac et de l?alcool plus tôt.

À qui incombe la faute de cette dégradation des valeurs?

Elle incombe à la fois aux parents et à la société. Les parents n?accordent pas assez de temps ou sont trop permissifs. Au niveau de la société, il y a eu trop de changements. Autrefois, il y avait plusieurs activités pour occuper les jeunes. Par exemple, en 1982, il y avait environ 1152 clubs de sport où les jeunes pouvaient faire du volley-ball, du foot, du théâtre, participer à des débats. C?était des pépinières pour leur formation, mais maintenant, tout cela n?existe plus. On se demande maintenant ce que ces jeunes feront. Que leur reste-il ? Ajoutez à cela l?influence des amis. D?un autre côté, il y a aussi les profs. Jadis, ils étaient considérés comme des demi-dieux mais aujourd?hui, la situation a dégénéré à cause de l?argent. On manque d?accountability. Comment explique-t-on le fait que dans certains cas, le prof ne termine pas le programme à l?école, mais y arrive pendant les leçons particulières ? Pensons-nous aux parents qui n?ont pas les moyens de payer les cours particuliers à leurs enfants ? Quelle opportunité ont-ils ? Les enfants semblent les éternels perdants. L?érosion des valeurs perdure surtout en milieu scolaire.

L?enseignement des valeurs morales à l?école n?est pas aussi conséquent que celui des autres matières. Pensez-vous qu?il faille l?introduire comme une matière à part entière ?

Je crois que l?approche même devrait être différente, il faudrait l?élargir. Il y a des notions que l?on peut inculquer grâce aux matières enseignées. Par exemple, on peut l?introduire en mathématiques. Prenons un simple exercice de calcul : John a Rs 25, il en perd Rs 10, combien lui reste-t-il ? On pourrait refaire l?exercice en modifiant la formule et en y mettant plus d?humanité : John a Rs 25, il fait un don de Rs 10 à son ami dans le besoin, combien lui reste-t-il ? Le calcul est formulé de manière positive et montre cette différence entre le fait que la personne perde son argent et le donne. Je pense que cela peut aussi être introduit comme une matière spécifique. À quoi cela sert-il d?avoir un diplô-me avec de beaux résultats sans notion de valeurs morales ? Souvent on ne songe pas que les valeurs humaines contribuent au développement physique et mental.

Scarification, langage ordurier, vandalisme, le comportement des collégiens est empreint de violence. La punition imposée par les autorités scolaires vient-elle forcément résoudre cette perte de valeurs ?

Avant toute chose, il faut remonter à la source du problème. On ne peut pas condamner à tort et à travers et punir en espérant que cela suffira. On peut traiter le problème et revaloriser les valeurs en adoptant une approche plus positive. Les jeunes n?ont pas vraiment tort car ils croient que ce qu?ils font est toujours juste. Les parents ont leur rôle à jouer.

Il ne suffit pas d?interdire une chose pour que l?enfant s?exécute. On sait que souvent c?est le contraire qui se produit.

Si on n?y met pas un frein, on arrivera un jour à un point de non-retour. Il ne faut pas rester en place mais agir pour sensibiliser et inculquer ces valeurs. Il est urgent de rétablir l?équilibre en matière de valeurs morales à l?école, mais aussi dans la société. C?est pour cela que nous voulons toucher de plus en plus les enfants et mettre plus d?emphase dans le milieu scolaire. Ainsi, ils pourront grandir dans une atmosphère saine. L?éducation est un outil efficace qui peut influencer la pensée et la conduite des jeunes.

■ Propos recueillis par Melhia BISSIÈRE

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