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Autopsie d?un vote
Des voix s?élèvent toutefois pour procéder à une première autopsie de la défaite du gouvernement sortant. Des voix aussi bien à l?intérieur qu?à l?extérieur de cette alliance. ?Il faut analyser les chiffres?, laissent entendre des dirigeants de l?alliance MSM-MMM. Mais aujourd?hui, les questions vont au-delà des chiffres.
En appelant à ne pas donner d?explications ?sectaires?, Paul Bérenger précède déjà les interprétations et le sens communal qui pourraient être donnés au vote du 3 juillet. C?est un déterminant du vote mais ce n?est pas le seul. Les considérations ethniques et communales ont toujours fait partie du choix d?un certain nombre d?électeurs et il semblerait que cela ne soit pas prêt de changer.
Cela dit, il faut faire ressortir que, même à ce chapitre, l?alliance MSM-MMM a raté sa stratégie. Les électeurs n?ont pas été séduits par la formule proposée ni par le message identifié. Du moins pas une majorité d?électeurs. Ce vote du 3 juillet 2005 confirme, entre autres, le cycle d?alternance dans lequel nous sommes entrés depuis 1995.
Lundi déjà, dans certains centres de vote, quelques candidats de l?Alliance sociale, fraîchement élus, admettaient qu?il leur faudra travailler parce que les électeurs ne manqueront pas de les sanctionner s?ils échouent dans leur tâche.
?Slogan né de la rue?
Une bonne partie de l?électorat n?étoffe plus le vivier des inconditionnels et des irréductibles des partis. Volatile et nonchalant, cet électorat peut aussi bien se laisser convaincre par l?air du temps que par le message d?un bloc politique qui identifie mieux ses attentes et apporte, en conséquence, des éléments de réponses. On entre là dans un champ de moins en moins rationnel.
?Cela a été une bataille émotionnelle?, confirme d?ailleurs le président du MSM, Joe Lesjongard. Dans le champ de l?émotion, les arguments mis en avant par l?alliance MSM-MMM n?auraient finalement pas été les plus attirants. ?On a basé notre campagne sur notre riche bilan. Or, il s?avère que cela n?a pas eu l?influence qu?il aurait dû avoir sur l?électorat?, précise-t-il, à cet effet. Dans la forme, le choix de la stratégie de l?alliance MSM-MMM suscite de nombreuses interrogations.
Vendre un bilan ne constitue pas l?axe central d?une stratégie. Pour Amedée Darga, il ne s?agit pas seulement d?une question de forme. ?Le slogan ?Bizin sanzman? n?est pas un slogan trouvé par un génial communicateur. C?est un slogan qui est né de la rue et répercuté par l?Alliance sociale?, fait-il ressortir. Il estime qu?il y a eu, avant même le démarrage de la campagne, un nombre important d?électeurs qui ont exprimé un v?u de changement. C?est un thème qui est effectivement porteur en période électorale. Un scrutin est, a priori, un moment qui permet à l?électeur de se prononcer pour un changement. Ce changement peut aussi bien se traduire par la reconduction d?une équipe sortante. Mais cette équipe se ?vend? avec un nouvel emballage.
Mauvaise lecture des réalités
C?est ce que l?équipe MSM-MMM n?est pas parvenue à faire. Inconscience ou ignorance des règles de stratégie politique ? La continuité n?est pas une idée qui attire les électeurs. Dans les milieux proches de cette alliance, certains, sous le couvert de l?anonymat, n?hésitent pas à affirmer que les méthodes de campagne étaient dépassées, que ?certains de nos gens étaient coupés de la réalité ou encore qu?il ?est impossible d?être technocrates et politicians à la fois?? durant une campagne électorale.
Sans abonder exactement dans ce sens, Amedée Darga note que l?alliance MSM-MMM ?a eu une très mauvaise lecture des réalités de l?électorat. L?électeur n?est pas intéressé à entendre parler des grands chiffres d?un bilan si cela ne se traduit pas par une évolution positive de sa vie quotidienne?. Il trouve également mauvais le calcul qui consiste à évoquer un contexte international difficile tout en parlant d?une équipe et d?un chef exceptionnels. ?Il y a contradiction car les gens se demandent comment une telle équipe et un tel chef présentés n?ont pu trouver les bonnes réponses malgré les contraintes?, explique Amedée Darga.
D?autres éléments, de l?avis de Joe Lesjongard, méritent d?être pris en compte. L?échec de Pravind Jugnauth au n° 11, Rose-Belle-Vieux-Grand-Port, est l?un d?eux. ?Le vote de dimanche vient de prouver que c?est un hindou qui doit être Premier ministre. Or, en privant Pravind Jugnauth d?un rôle parlementaire, on est en droit de se demander où se trouve l?alternance? De la même manière, le peuple a choisi l?aventure puisqu?il ne renouvelle pas sa confiance en une équipe qui a fait ses preuves. Il demeure que cette volonté doit être respectée et qu?il importe de mettre les intérêts du pays au-dessus de toute autre considération?, précise le président du MSM.
En attendant les explications officielles de la direction de l?alliance MSM-MMM, il ressort clairement que les ratages de ce bloc pourrait lui avoir fait plus mal que la stratégie concoctée par l?Alliance sociale.
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