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Afrique : au bon coeur du G8
Maintenant ou jamais ? à tort ou à raison, l’année 2005 est considérée comme une occasion à ne pas manquer pour venir en aide à un continent rejeté au fil des ans dans une sorte d’angle mort de l’économie mondiale. De concert avec les Nations unies, dont les objectifs du développement du millénaire feront l’objet d’un bilan en septembre à New York, les Britanniques, qui président le G8, ont déployé beaucoup d’énergie pour faire avancer la cause de l’Afrique. On verra lors du sommet organisé à Gleneagles (écosse), du 6 au 8 juillet, si les Huit ont entendu l’appel à la solidarité de Tony Blair. L’Afrique subsaharienne, avec ses 689 millions d’habitants, soit 11 % de la population de la planète, ne produit que 1 % de la richesse mondiale, offrant à ses habitants un revenu de 375 euros en moyenne par an, moins qu’un RMI français mensuel. En dépit des progrès réalisés dans une poignée de pays, elle est le seul continent à s’éloigner des objectifs du millénaire dont l’une des ambitions est de réduire de moitié le niveau de la pauvreté d’ici à 2015.
<B>“Il est difficile d’établir une relation positive ou négative entre l’aide et la croissance tout en mettant en garde sur les effets de dépendance qu’entraîne l’afflux massif d’aide extérieure.” </B>
Les membres du G8 ont, le 11 juin, apporté une première réponse aux attentes, avec l’annonce de l’annulation de la dette multilatérale de quatorze pays appartenant à la catégorie des pays pauvres très endettés (PPTE). La liste est aujourd’hui arrêtée au Bénin, Burkina Faso, Ethiopie, Ghana, Madagascar, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Ouganda et Zambie, et n’est pas fermée. D’autres pays pourraient en bénéficier dans les prochains mois. Pour l’heure, cette décision, dont il convient encore de fixer les modalités pratiques, témoigne qu’après des années de refus, les pays créanciers, face aux résultats décevants des processus d’allégement engagés depuis près de dix ans, se sont résolus à une action plus radicale. Fin 2004, la dette de l’Afrique subsaharienne atteignait 218 milliards de dollars : un montant quasi identique à celui de 1999, juste avant le lancement de l’initiative PPTE au sommet du G7 de Cologne.
<B>Deux feuilles de route </B>
Pour autant, ce trait de crayon tiré sur l’ardoise de certains ne suffira pas à remettre l’Afrique sur les rails de la prospérité. Et les dirigeants du G8 devront aborder deux autres sujets qui fâchent : l’aide et les règles du commerce mondial. Mais, à 48 heures du lever de rideau sur Gleneagles sauf ultime compromis entre chefs d’Etat sous la pression d’une mobilisation planétaire de la société civile, rien de nouveau n’était attendu sur ces deux chapitres.
Depuis le début de l’année, deux rapports sont sur la table des gouvernements : celui de l’économiste Jeffrey Sachs, conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et celui de la Commission pour l’Afrique réalisé sous présidence britannique dans la perspective du rendez-vous de Gleneagles. Pour que ces feuilles de route puissent permettre d’atteindre les objectifs du millénaire, ils estiment nécessaire d’augmenter de 25 milliards de dollars l’aide publique au développement (APD) d’ici à 2010, puis de consentir un effort équivalent d’ici à 2015. Ce qui reviendrait au total à multiplier par trois l’APD versée aujourd’hui.
Les Européens ne manqueront pas de rappeler qu’ils viennent de se mettre d’accord pour porter leur effort d’APD à 0,56 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici à 2010, libérant 20 milliards d’euros de ressources supplémentaires, dont la moitié ira au continent africain. De leur côté, les Américains ont annoncé le doublement de leur aide au continent noir pour la porter à 8,6 milliards de dollars (7,1 milliards d’euros) par an d’ici à 2010. L’addition des promesses n’atteint cependant pas les besoins.
Et, à ce stade, on peut se demander si la polémique qui vient de s’ouvrir sur l’utilisation de l’aide avec la publication par le département d’évaluation de la Banque mondiale d’un bilan très critique des politiques de lutte contre la pauvreté menées depuis dix ans ne risque de nuire aux engagements des uns et des autres. D’autant que le Fonds monétaire international (FMI) vient à son tour de publier une étude qui met à mal les effets de l’aide internationale sur la croissance des pays récipiendaires. Devant la tempête provoquée par leur conclusion, les deux auteurs, Raghu Rajan et Arvind Subramanian, se sont empressés de préciser qu’elles n’engageaient pas le FMI et qu’ils avaient simplement voulu montrer qu’“il est difficile d’établir une relation positive ou négative entre l’aide et la croissance tout en mettant en garde sur les effets de dépendance qu’entraîne l’afflux massif d’aide extérieure”.
<B>Un jeu excessif de balancier</B>
Reste que l’expérience montre que la publication de ces travaux d’experts censés ne refléter que les vues personnelles de leurs auteurs a souvent préfiguré des changements de paradigmes des politiques de développement. En l’occurrence, ils abordent un vrai problème : pour porter leurs “bons élèves” vers les objectifs du millénaire, les bailleurs de fonds ont eu tendance à concentrer leur soutien sur un nombre limité de pays et de secteurs : infrastructures, santé, éducation... ceux-là mêmes qui avaient été délaissés jusqu’au milieu des années 1990 pour privilégier le secteur privé. Et sans plus se soucier, il est vrai, du secteur productif.
Les pays concernés sont les premiers à se plaindre de ce jeu excessif de balancier. Les six chefs d’état et de gouvernement africains invités à Gleneagles ne resteront certainement pas muets face à ce débat.
A côté du Sénégalais Abdoulaye Wade, du Nigérian Olesequn Obasanjo, de l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, tous trois représentants du Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), le Ghanéen John Kufuor, le Tanzanien Benjamin Mkapa et l’Ethiopien Meles Zenawi attendent un engagement clair des Huit sur l’ouverture de leurs marchés et l’élimination des subventions qui ruinent leurs agricultures. Tout indique qu’ils devront attendre les négociations de l’OMC qui doivent se tenir en décembre à Hongkong.
Les Américains ayant notamment refusé qu’un quelconque engagement soit axé sur la question du coton.
En vingt ans, la part de l’Afrique dans le commerce mondial est tombée de 6 % à 0,68 % et les subventions agricoles des pays industrialisés sont aujourd’hui supérieures au PIB du continent. A l’issue du sommet de Gleneagles, les dizaines de milliers de militants ayant fait le siège du G8 sous la bannière de “Make Poverty History” (Abolissons la pauvreté) auront probablement de bonnes raisons de rester mobilisés. 2005 n’est pas terminée.
<B>Laurence CARAMEL</B>
<B>© Le Monde
Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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