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“Une Réunionnaise au chevet des personnes âgées à Maurice”

29 juin 2005, 20:00

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Une Réunionnaise a largement contribué à la réforme des maisons de retraite à Maurice, entamée au milieu des années 90. Geneviève Appadoo-Payet a 32 ans lorsqu’elle quitte son île natale pour Maurice, en 1994. Jusqu’alors, elle travaillait pour le compte d’un établissement spécialisé notamment dans la prise en charge d’enfants handicapés. “Un organisme dont le budget avoisinait 1 500 F par jour et par enfant en demi-pension”, s’exclame-t-elle, pour mesurer la hauteur des moyens dépensés. “Je travaillais avec des jeunes auxquels j’essayais d’inculquer le goût de l’effort. Pas facile, avec des gamins qui représentent au sein de leurs familles la troisième génération de gens sans activité ”…

Plutôt déçue par le résultat de son travail, la jeune femme continue malgré tout de sentir croître en elle “l’envie de se sentir vraiment utile”. C’est “un peu par hasard” qu’elle s’installe à Maurice, en intégrant à titre bénévole une association vouée à l’action sociale à l’égard d’enfants des rues et de personnes malades. Deux ans plus tard, un représentant de la coopération luxembourgeoise à Maurice lui propose de mener une étude sur les besoins de l’île en matière de maisons de retraite pour les personnes âgées.

Une nouvelle piste de coopération bilatérale que le gouvernement mauricien venait alors d’initier avec le petit État européen. “Il n’existait alors qu’une quinzaine d’établissements privés, tous à caractère religieux, subventionnés par l’État. Mais ils fonctionnaient sans contrôle ni cadre législatif”, précise Geneviève Appadoo-Payet, qui visita alors quelques-uns de ces centres d’accueil, aux côtés du fonctionnaire luxembourgeois (voir encadré).

Geneviève Appadoo-Payet dresse le triste constat des lieux et établit son rapport pour ses commanditaires luxembourgeois comme pour d’ailleurs le gouvernement mauricien. La coopération bilatérale est lancée et dotée d’un budget de Rs 80 millions, soit 2,2 millions d’euros. “Avec cette somme, on a préparé un projet de rénovation et d’équipement de cinq établissements et un projet de dotation en matériel de six autres maisons de retraite”, remarque Geneviève Appadoo-Payet. “Le matériel concernait par exemple des lève-malades ou bien des lits médicalisés, autant de choses qui n’existaient nulle part”.

<B>Des stagiaires particulièrement motivés </B>

À ce premier volet s’ajoute un programme de formations destiné à l’ensemble des personnels qui gravitent autour des 15 maisons de retraites (900 pensionnaires et 300 employés), mais aussi à leurs directeurs comme d’ailleurs à l’attention des fonctionnaires du ministère des Affaires sociales – la Welfare Unit – “chargés jusqu’alors d’un travail exclusivement administratif, comme par exemple compter les pensionnaires et payer les subventions”. “Ce sont des gens qui alors n’avaient aucune notion sur la prise en charge des personnes âgées, ni d’ailleurs sur la diététique ou sur la gériatrie”, ajoute Geneviève Appadoo-Payet.

Le Luxembourg et Maurice sélectionnent deux consultants réunionnais pour mettre en place pas moins de 25 modules de formation sur des thèmes aussi variés que la gérontologie, la gériatrie, l’alimentation, la sécurité contre les incendies, les soins infirmiers, l’accompagnement à la mort, la mise au point de “projets de vie” ou bien encore l’hygiène et les loisirs.

Le Centre de formation professionnel médico-social (CFPMS), un organisme de la fondation Père-Favron, – aujourd’hui renommé École des métiers de l’accompagnement de la personne (Emap) –, est chargé d’une vingtaine de modules ; cette fondation s’occupe à elle seule de 26 établissements à la Réunion, non seulement des maisons de retraite mais aussi des écoles pour les enfants handicapés.

Avec l’autre consultant, Delos, dont le siège social est à la Réunion mais dont les activités de formation s’étendent en métropole, enverront plus d’une dizaine de leurs formateurs, à plusieurs reprises, à Maurice. Deux formateurs luxembourgeois et deux formateurs métropolitains seront eux aussi mobilisés. Sur les 330 stagiaires (15 directeurs, 300 employés des maisons de retraite et une vingtaine de fonctionnaires du ministère) inscrits, 250 décrocheront un ou plusieurs certificats (600 au total). “Ce public de stagiaires était particulièrement demandeur”, lance Geneviève Appadoo-Payet, désignée alors coordinatrice du projet. “Ces gens se rendaient parfaitement compte que ce qu’ils faisaient jusqu’à présent n’était pas terrible. Tous souhaitaient apprendre et réclamaient de l’aide pour se “professionnaliser”.

La coordinatrice note avec satisfaction le plaisir que prennent par exemple les 15 stagiaires envoyés pour deux semaines de formation à la Réunion, dans les structures gérées par la fondation Père-Favron. “Il y avait des adventistes, des hindouistes des catholiques et des musulmans… Des gens qui n’avaient jamais travaillé ensemble de toute leur vie, partageaient soudain le même hôtel, les mêmes repas, les mêmes expériences professionnelles. Certains n’avaient jamais quitté leur pays, n’avaient jamais abandonné leurs conjoints plus de deux jours d’affilée… Plusieurs pleuraient au moment de leur départ, à l’aéroport de Plaisance. Ils sont revenus enthousiastes, remplis d’expériences”, remarque Geneviève Appadoo-Payet.

<B>L’accompagnement des personnes âgées </B>

Ces 25 modules de formations se sont finalement étalés sur plus de trois ans, entre la fin de l’année 1997 et la fin de l’année 2000. À cela s’ajoutera en 1998 la création d’une filière de formation d’auxiliaires de vie en gérontologie, en collaboration avec l’Institut mauricien pour la Santé, dans lequel ont déjà transité 16 stagiaires. “Tous les formateurs ont été unanimes, confirmant qu’ils avaient rarement constaté pareille implication de leurs stagiaires dans leur travail”, note la coordinatrice du programme luxembourgeois. À la fin de l’année 1999, celui-ci arrive à son terme.

Le Luxembourg, fort de la réussite de ce programme, lançait en 2000 un second projet doté d’une même subvention de 80 millions d’euros. Cet argent est mis à la disposition du ministère de la Sécurité sociale, qui établit une véritable politique nationale dans le domaine de la gérontologie, en collaboration avec Geneviève Appadoo-Payet devenue désormais la conseillère technique principale des projets “Maurice” pour le compte du gouvernement luxembourgeois. Dans le même temps, l’Emap a lancé une nouvelle vague de formations à une douzaine de modules différents : “auxiliaire de vie pour personne handicapée”, “management d’établissement médico-social”, ou bien encore une formation aux bases de la kinésithérapie.

Dans chacune des cinq régions de Maurice ainsi qu’à Rodrigues se tisse un “Réseau national pour l’accompagnement des personnes âgées”, capable à partir d’aujourd’hui d’orienter les personnes vers diverses structures d’accueil. “Rendez-vous compte ! On a créé un nouveau service au sein du ministère de la Sécurité sociale à Maurice !”, s’exclame Geneviève Appadoo-Payet.

<B>Pascal NEAU</B>

<B>Objectifs atteints</B>

■ La proximité de Maurice et de la Réunion a été l’un des principaux facteurs de réussite des deux programmes luxembourgeois. “La Réunion dispose d’experts compétents et de grande qualité et les formateurs réunionnais ont pu se rendre à plusieurs reprises à Maurice pour former les Mauriciens”, constate Geneviève Appadoo-Payet. “Si l’on avait dû payer des billets d’avions à des formateurs européens, nous aurions organisé cinq fois moins de stages”, ajoute-t-elle. “En outre, les problématiques rencontrées à la Réunion (NdlR : les cultures, le climat, les habitudes alimentaires ou bien encore les habitudes familiales), sont sensiblement les mêmes qu’à Maurice”, souligne-t-elle. “Les temps d’adaptation toujours nécessaires aux formateurs ont donc été très courts”.

<B>Une loi pour structurer le secteur </B>

■ Huit ans après le lancement du premier programme de la coopération luxembourgeoise, le réseau de maisons de retraite à Maurice a considérablement changé. Certes, il reste aujourd’hui, selon Geneviève Appadoo-Payet, à “organiser des loisirs” et à “faciliter l’accès à la vie citoyenne la plus normale possible” pour les pensionnaires “encore un peu trop isolés”. “À cela s’ajoutent encore de gros besoins en professionnels de la santé”. Le pays manque encore en effet de psychiatres, de médecins en gériatrie ou bien d’ergothérapeutes. “Mais lorsque nous avons commencé notre action au milieu des années 90, il n’y avait rien, sinon des institutions totalement livrées à elles-mêmes. Aujourd’hui, nous avons aidé le gouvernement à créer une loi-cadre qui a récemment été votée”, insiste Geneviève Appadoo-Payet. “Il faut désormais l’agrément du ministère pour faire fonctionner ce genre de structures”. “Ce secteur s’est structuré, grâce à des gens qui ont eux-mêmes tout fait pour se professionnaliser. Ce ne sont pas les malheureux 160 millions de roupies dépensés par le programme qui ont permis d’aboutir à cela, mais plutôt l’investissement personnel des acteurs mauriciens dans ce projet. La coopération luxembourgeoise n’a fait que donner l’impulsion nécessaire”. “Grâce à cela, la vie a changé dans les maisons de retraites à Maurice. Elles ont franchi un pas de géant”.

<B>“On lavait les pensionnaires au jet d’eau dans la cour”… </B>

■ Geneviève Appadoo-Payet éprouve encore aujourd’hui des difficultés à décrire sereinement l’état des maisons de retraite mauriciennes lorsqu’elle les visita, en 1996, aux côtés du fonctionnaire mandaté par le gouvernement luxembourgeois. “C’était catastrophique ! Une seule des 15 maisons de retraite – en l’occurrence, catholique – s’avérait relativement bien gérée, à Pamplemousses. Trois autres institutions catholiques maîtrisaient à peu près correctement l’hygiène. Mais celles-ci comme toutes les autres n’étaient finalement que des mouroirs dans lesquels les pensionnaires n’avaient rien d’autre à faire qu’à attendre la mort assis sur leur chaise. Partout ailleurs, l’état de saleté des maisons de retraites était repoussant : on ne rentrait dans les toilettes qu’en apnée. “J’ai visité un établissement dans lequel tous les handicapés physiques étaient regroupés dans une pièce sans fenêtre ni aération, envahie par la fumée de la cuisine au feu de bois. Dans certains établissements, on alignait les pensionnaires dans la cour pour les laver au jet d’eau. L’hygiène et la nourriture s’avéraient... dégueulasses”. Des gens qui n’avaient plus de dents se retrouvaient avec des morceaux de viande dure dans leurs assiettes. Sur le coup, ça m’a été difficile de supporter cela”.

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