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Crosby, Stills & Nash : illusion d?une éternelle jeunesse
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Crosby, Stills & Nash : illusion d?une éternelle jeunesse
Associés ou non à celui de Neil Young, leurs trois noms évoquent des temps ancestraux. Quand les guitares étaient ornées de fleurs et que les termes ?paix et amour? ne prêtaient pas à sarcasme. David Crosby, Stephen Stills et Graham Nash chantaient au Palais des congrés, à Paris, mardi 7 juin, pour un concert unique en France. Sans leur camarade canadien qui avait une bonne raison de se faire porter pâle : Neil Young se remet d?une rupture d?anévrisme, ce qui ne l?a pas empêché de reprendre rapidement le travail dans un studio de Nashville.
On ne s?attardera pas sur les motifs de cette éniéme reformation (pensions impayées ? amitié sincére ? besoin d?exister ?). L?enthousiasme du public du Palais des congrés, sage et fortuné, suffit à la justifier. Avec Young, le trio (aujourd?hui sexagénaire) avait joué en 1969 devant cinq cent mille personnes qui avaient pénétré sans payer sur le champ de Woodstock. Ce soir, deux milliers d?inconditionnels ont acquis des billets entre 60 et 100 euros. Ils en auront toutefois pour leur argent : presque trois heures de musique, avec entracte.
Tant pis si les groupes auxquels les trois membres avaient appartenu précédemment ? les Byrds (Crosby), Buffalo Springfield (Stills) et, dans une moindre mesure, les Hollies (Nash) ? ont mieux supporté les ravages du temps. Tant pis si la contribution de ces hippies nantis à la musique populaire peut se résumer à trois albums ? Crosby, Stills & Nash, Déjà vu et le live Four Way Street (tous deux avec Young). Avant une succession de retrouvailles douteuses et de disques jamais inspirés. Pour beaucoup, il reste à jamais ces radieuses harmonies vocales échappées du Laurel Canyon californien.
Dès 1968, Crosby, Stills & Nash ont défini la notion de ?supergroupe? qui fit fortune dans les années 1970. Soit trois ego qui doivent cohabiter sans en froisser un seul. La règle est toujours en vigueur de nos jours. Crosby et Nash viennent de publier un double album plaisant malgré sa longueur, qu?ils ont déjà défendu en mars au Casino de Paris ; Stills un brouet d?une médiocrité abyssale. Les deux objets auront droit au même traitement de faveur promotionnel.
Le reste est attendu : passage en revue des succés d?autrefois, à commencer par Carry On de Stills. Nash, malingre, est positionné au centre. Stills, à gauche et Crosby, à droite, cheveux longs et moustaches, campent deux Obélix cachant leurs bedaines sous d?amples chemises hawaïennes. Derrière, cinq accompagnateurs impersonnels, sont aussi appelés à les seconder pour les parties vocales.
De Crosby, on s?attendait au pire, eu égard à son casier judiciaire. Il illumine de sa présence bonhomme la soirée, sa voix passant de la puissance (Long Time Gone) à la tendresse (Guinnevere). Stills, lui, ne s?exprime plus qu?à travers un rôle de rogomme évoquant un Joe Cocker diminué. Alors, il se venge sur sa guitare, s?enferre dans d?épuisants solos, acclamé comme un guitar hero. Puis disparaît réguliérement en coulisse quand le répertoire ne le concerne plus. Nash est fidèle à lui-même : le flegme britannique, entre ces deux psychopathes californiens.
Le triumvirat incarne à la perfection le rock pour adultes, paradoxalement le genre le plus immature qui soit. Côté paroles, des naïvetés élevées au rang de révélations. Et une musique qui entretient l?illusion de son éternelle jeunesse devant un public qui s?est globalement détourné des nouveautés.
© Le Monde Distribué par The New York Times Syndicate
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