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« Nous sommes très déçus par la Commission européenne »
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« Nous sommes très déçus par la Commission européenne »
<B>La Commission européenne a discuté de la réforme avec Maurice mardi. Florence van Houtte a-t-elle pu rassurer l?industrie sucrière ? </B>
Nous sommes très déçus de cette réunion de travail avec l?administratrice de la direction au développement de la Commission européenne. Nous avons l?impression que les moyens qui seront mis à notre disposition ne seront pas à la hauteur de nos besoins. Nous craignons que la Commission n?ait pas encore bien saisi l?importance du secteur sucre pour le développement du pays. Nous appréhendons également que la Commission ne puisse répondre à l?urgence de notre situation.
Il nous faut des moyens suffisants, accordés rapidement, de sorte que nous puissions être prêts bien à l?avance. Ce n?est malheureusement pas le signal que nous avons reçu jusqu?à l?heure.
<B>Que propose la Commission européenne comme compensation à la réduction de prix ? </B>
La réforme du régime sucrier européen touche quatre catégories de producteurs : les betteraviers européens, les départements et territoires d?outre-mer, les pays les moins avancés (PMA) et les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). La Commission offre aux betteraviers une compensation équivalant à 60 % du manque à gagner par hectare. Les départements et territoires d?outre-mer seront rémunérés pour 400 000 tonnes de sucre, même si?ils en exportent moins que ce volume. Les PMA ont libre accès à partir de 2009. Nous les ACP, on nous offre une aide personnalisée pour améliorer notre compétitivité. Mais nous estimons que ce n?est pas suffisant, car nous souhaitons recevoir un soutien aux revenus. Mais la Commission estime que ce privilège est réservé aux producteurs européens.
<B>Quelles chances Maurice se donne-t-elle pour influencer en sa faveur la proposition finale de réforme que la Commission fera le 22 juin ? </B>
Maurice se donne toutes les chances. Nous avons mené des missions de lobbying dans toutes les capitales européennes. Nous avons même été au Parle-ment européen. Il y a une forte mobilisation au niveau du gouvernement, du secteur privé, des planteurs et des syndicats. Nous faisons de notre mieux, mais notre marge de man?uvre est limitée.
<B>Quelles sont les probabilités pour que le prix d?achat pour la tonne de sucre roux connaisse une baisse comprise entre 37 et 42 % ? </B>
Nous devons nous attendre au pire. Mais je dois souligner que le document prévu pour le 22 juin prochain sera une proposition de texte législatif de la Commission européenne et non un règlement final. Ce texte sera soumis au Conseil des ministres et au Parlement européen pour être débattu et approuvé. C?est pour cela que dès que le texte sera rendu public, Maurice et les autres pays des ACP devront reprendre la campagne de lobbying auprès des parlementaires et des membres de l?Union européenne. Les Européens souhaitent parvenir à une décision finale en novembre de cette année pour que le nouveau régime sucrier puisse entrer en vigueur en juillet 2006. Il nous reste donc très peu de temps devant nous pour agir. Nous ne pouvons nous permettre aucun retard.
<B>Quelle sera la répercussion d?une baisse de prix de l?ordre de 37 % ou plus ? </B>
L?industrie sucrière s?est développée en un immense cluster dont l?avenir dépend de la viabilité de son activité principale. Il est clair que toute baisse importante et soudaine de son prix aura de graves conséquences sur notre économie. Nous avons expliqué le caractère multifonctionnel de l?industrie sucrière lors de la réunion organisée le 7 juin avec les représentants de la Commission européenne. Quelque 60 000 familles dépendent directement ou indirectement de ce secteur qui contribue de manière significative au développement rural et à la préservation de l?environnement. La canne couvre 45 % de l?île et la protège, par endroits, contre l?érosion. C?est une culture qui ne requiert ni pesticide, ni herbicide. De plus, l?utilisation de la bagasse dans la production d?énergie permet d?éviter l?émission de 500 000 tonnes de gaz carbonique à effet de serre.
De plus, un nombre important d?acteurs est impliqué dans le développement de ce secteur : 28 000 planteurs indépendants, 11 compagnies usinières, 20 entreprises agricoles et 50 000 actionnaires du Sugar Investment Trust. Toute attaque contre le sucre risque de créer l?implosion de ce cluster. Nous craignons que la Commission européenne n?ait pas suffisamment saisi cette dimension de l?industrie sucrière.
<B>Certains exploitants du secteur sucre disent que, jusqu?à 20 % de baisse de prix, c?est jouable. Quelle baisse l?industrie sucrière peut-elle soutenir ? </B>
Nous voulons une réduction plus acceptable pour nous, et nos partenaires européens savent de quoi nous parlons. Il ne serait pas prudent pour nous d?avancer un chiffre à ce stade des discussions.
<B>Combien cela coûte, en moyenne, de produire une livre de sucre actuellement ? </B>
Il est difficile de dégager une « moyenne » quand il s?agit de mesurer la performance et la compétitivité d?un ensemble composé d?opérateurs affichant des résultats aussi variés que dans l?industrie sucrière. Nous avons ici différents types de producteurs qui travaillent dans des conditions variées, et avec des structures très différentes. Par conséquent, les coûts de production sont très variables. Il faut savoir que les zones à coût de production plus élevé permettent tout de même d?atteindre une masse critique qui permet de générer des économies d?échelle et d?amortir les coûts fixes du secteur dans son ensemble. Comparé aux pays producteurs les plus efficients, je dirais que Maurice a un coût de production qui peut être considéré comme moyen, voire, élevé.
<B>Le plan stratégique introduit par l?État en 2001 avançait le chiffre de 18 cents pour le coût de production d?une livre de sucre. Le coût a-t-il baissé depuis ? </B>
Je ne le pense pas. Il est vrai que l?industrie a, depuis, eu l?occasion d?alléger ses charges salariales grâce au plan de retraite volontaire introduit par l?État. Mais toute amélioration des coûts que cela aurait pu engendrer a été contrebalancée par une augmentation des charges financières qui sont de l?ordre de Rs 500 millions par an pour l?ensemble de l?industrie.
<B>Combien gagnons-nous actuellement sur le marché européen ? </B>
La plus grande part de nos exportations vers l?Union européenne, soit environ 507 000 tonnes, est effectuée en vertu du Protocole sucre. Le prix communautaire est de 524 euros la tonne (26 cents la livre). Des quantités moins importantes, et qui vont en diminuant chaque année, sont expédiées sous l?accord SPS à 496 euros la tonne. Nos exportations vers le marché européen ont ainsi un poids très important dans la composition du prix final que reçoit le producteur à Maurice, après déductions des primes d?assurance et frais institutionnels. Celui-ci est aujourd?hui de l?ordre de Rs 16 000 la tonne.
<B>Quelle est la répartition des coûts entre les salaires et les coûts fixes ? </B>
Là encore, la situation est très variable, suivant le niveau de l?emploi et de l?endettement des opérateurs. Mais hormis les charges financières et autres coûts indirects, nous pouvons dire que les gages doivent représenter entre 45 et 55 % des coûts directs de production aux champs. Ceci est très élevé par rapport aux normes internationales, d?où l?introduction du plan de retraite volontaire.
<B>L?État vient de proposer un deuxième plan de réforme. Qu?en pensez-vous ? </B>
Ce plan répond à nos besoins dans le contexte d?une réforme raisonnable et acceptable du régime sucrier. Il a été préparé à la suite de consultations qui ont eu lieu dans le cadre du mid-term review du plan stratégique, en réponse à la proposition de la Commission de réduire le prix de 37 % qui est tombée entre-temps. Déjà, nous réclamions une révision de ce taux que nous jugions trop élevé. Le nouveau barème envisagé par la Commission européenne, soit 42 % de baisse, nous achèvera. Notre plan de réforme ne peut pas répondre à l?impossible. Si la Commission va de l?avant avec son projet, nous allons devoir nous rencontrer de nouveau pour redessiner notre avenir.
<B>N?est-il pas temps de s?employer à limiter la casse ? </B>
Limiter la casse n?est pas une option stratégique et n?offre aucun avenir. Nous savons ce que nous voulons. Nous avons un plan d?action qui définit clairement les objectifs que nous devons atteindre, ainsi que les mesures qui doivent être prises pour y arriver. Ce plan d?action a été validé par des experts internationaux et jusqu?à l?heure, en assumant que la réforme proposée soit plus acceptable, nous ne voyons pas d?alternative. Maurice a choisi la voie de la compétitivité pour son secteur sucrier. Il faut y aller !
<B> Propos recueillis par Shyama SOONDUR</B>
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