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Leurs airs de campagne

12 juin 2005, 00:00

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Il est près de 20 heures à Mapou jeudi. Usha Jeetah, candidate de l?alliance MSM-MMM à Piton-Rivière-du-Rempart, s?adresse à la petite audience d?une réunion privée. Ceux présents sont amorphes; seule une personne de la localité, ayant bu quelques verres de trop, ponctue les interventions des trois candidats de la circonscription de commentaires et d?applaudissements intempestifs.

La scène tranche singulièrement avec une autre réunion, animée par les candidats de l?Alliance sociale, à une dizaine de kilomètres. Cette petite rencontre accueille davantage de jeunes et de femmes. La petite foule est comparable à celle de Mapou? l?enthousiasme en plus.

Faut-il en déduire, qu?à ce stade de la campagne, les thèmes choisis par les uns ont plus d?impact sur les électeurs que ceux des autres ? Que les méthodes des uns sont plus efficaces que celles des autres pour gagner l?adhésion ? Que, si les électeurs semblent réagir plus ouvertement aux discours de l?opposition, c?est que le soutien est plus important ?

Si l?on espère répondre à ces questions en tendant l?oreille à la foule venue assister aux réunions et meetings, c?est peine perdue. Là, qu?ils soient excités ou pas, les membres de l?assistance sont, pour une bonne part, des convaincus. Et leurs discours sont aussi radicaux que ceux qu?ils sont venus écouter?

Du coté de l?Alliance sociale, ce partisan-là résume l?enjeu des élections à un choix : Navin Ramgoolam ou Paul Bérenger ? « Bizin sanzeman, bizin Navin »: la réponse est vite formulée. Pourquoi ? Il bafouille quelques arguments : chômage, deal Illovo, « Nou pa pe gagn narien ar li ». Ils ne sont que très peu à pouvoir reprendre rien que le quart des 10 mesures proposées par Navin Ramgoolam.

Du côté du MSM-MMM, le partisan prend le raccourci du choix. « Anou guette bilan. Ki bilan pli bon ? Bilan Navin ou bien bilan Paul ? » hurle un sympathisant du MMM. Il enchaîne en citant les développements dans l?éducation et la cybercité. Des raisons suffisantes pour reconduire son leader au pouvoir, selon lui.

Si la foule s?excite davantage chez les Rouges, c?est que l?opposition en appelle davantage aux émotions, aux sentiments alors que le gouvernement tente le raisonnement. Les deux blocs divergent énormément dans leurs stratégies de séduction.

L?Alliance sociale s?adresse à l?électeur dans son intimité, l?interpelle sur sa qualité de vie, ses misères. En réunion nocturne comme en porte-à-porte, l?Alliance sociale joue à fond le jeu de la proximité. Elle va à l?essentiel, à ce qui touche le plus directement l?électeur. Pas de place pour la rhétorique.

En milieu rural, cela prend certaines couleurs. « Bérenger zame pa pou vinn pou ou .» En milieu urbain, une candidate en porte-à-porte engage la conversation ainsi : « Tou dimounn travay cot ou madam ? » Et l?habitante d?Ollier de répondre tout de go qu?un de ses fils est au chômage depuis des années. Excellent terrain pour labourer. Ailleurs, un candidat rouge demande à une grand-mère si sa pension de vieillesse lui suffit pour vivre. Et les critiques contre le gouvernement fusent?

<B>Le risque d?embellir le bilan</B>

L?approche s?avère efficace par endroits. Un électeur légèrement frustré par le pouvoir en place a vite fait de se trouver de nouvelles affinités politiques après une ou deux de ces rencontres. Dans sa frustration, il peut être vulnérable au coup de semonce final, repris par les candidats à chaque meeting et congrès. « Ou kone ou ki sann la fine profite avek sa gouvernman-la. »

Chez l?alliance MSM-MMM, c?est plus froid. Bilans comparés, un effort de mémorisation qui peut difficilement provoquer des effusions comme celles d?en face. C?est « réalisations » contre « réalisations ». On n?est pas là au c?ur des questions qui interpellent l?électeur dans son quotidien.

L?alliance MSM-MMM souligne les échecs avérés ou supposés du leader rouge. 1999 est loin, et pourtant, « pa blie ki Ramgoolam pa finn fer narien pendan emeut fevrier ». Son thème de campagne reste, depuis le début, le bilan, au risque de l?embellir. Comme Sushil Khushiram qui explique, à Quatre-Bornes, que 10 000 emplois ont été créés dans l?industrie des technologies de l?information et de la communication (Tic) à Maurice. Les candidats MSM-MMM se relaient pour rappeler le nombre d?écoles et de collèges construits. Une récitation qui a un air de déjà entendu et qui ne suscite qu?un enthousiasme modéré.

Même quand il s?agit de modifier l?argumentaire pour démolir celui des Rouges, le gouvernement reste froid dans son approche. Sur le chômage, notamment, qui alimente souvent les récriminations des électeurs quand ils tiennent un candidat de l?alliance MSM-MMM en joue. Faire comprendre à un ouvrier d?usine qui vient de perdre sa place que 5 000 emplois peuvent être créés dans l?année dans les Tic est loin d?être un argument de poids.

Faire comprendre au père d?un jeune qui n?a qu?un School Certificate en poche que son fils ne pourra prétendre décrocher « un bon job» que s?il décide de parfaire sa formation. Ces explications, aussi responsables et justes soient-elles, ne passent pas toujours auprès de l?électeur remonté.

Et les jeunes. Ceux qui semblent se ranger davantage dans le camp de l?Alliance sociale, font l?objet d?une attention renouvelée et soutenue du camp MSM-MMM. Qui cherche à les convaincre que l?Alliance sociale ne fait que promettre sans avoir les moyens de tenir ses engagements, de trouver un job bien payé ou de conférer tout autre avantage après les élections.

A côté des convaincus, dans chaque foule, il y a ceux qui analysent. Davantage chez les Rouges. « Mo finn vinn get enn kou ki Navin pou dire », lâche un quadragénaire venu l?écouter à The Vale cette semaine. Satisfait ? Haussement d?épaules? Si aux rassemblements MSM-MMM, la foule est composée de plus de sympathisants, contrairement aux apparences, il y en a aussi qui cherchent des réponses. Dans quelle direction ira ce changement promis par l?opposition ? Le bilan passé, d?accord, mais construit-on l?avenir avec un bilan ?

Le discours anti-Bérenger parasite le programme de l?Alliance sociale. Au point où les électeurs ne savent pas exactement la ligne que suivra ce gouvernement après avoir été élu. Dans le camp MSM-MMM, c?est le discours anti-Navin et la défense du bilan qui occulte tous les autres. « Zot programme, se defan zot bilan et dir ki zot pou kontinie dans mem direction. Zot pa aksepte ki zot finn capav fer erreur. Tou bon pou zot », s?exclame un enseignant de Triolet qui se définit comme un indécis.

Les indécis comme lui se tournent vers d?autres relais d?opinion pour les aider à choisir un camp. Ils interrogent un notable du quartier, des collègues de bureau pour savoir la tendance. Mais tous les électeurs n?ont pas encore choisi leur camp.

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