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Faut-il remplacer le «booking» par le Tote ?
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Faut-il remplacer le «booking» par le Tote ?
Le monde hippique est en ébullition depuis la semaine dernière. La secousse est loin d?être terminée. Après l?interpellation du jockey australien, Jason Taylor, chez qui quelque Rs 534 000 ont été saisies, plusieurs interrogatoires ? celles de Vinay Naiko, Yashin Emamdee, Brent Stanley, Dany Craven ? et arrestations ? Gilles Lemius et Rye Joorawon - d?autres jockeys ont suivi. Et a émergé l?affaire connue comme les «courses truquées».
Dans le milieu turfiste, l?on est d?avis que la magouille a toujours existé. Que c?est une situation qui ne changera pas du jour au lendemain. Au niveau du Mauritius Turf Club (MTC), on affirme que c?est le système actuel qui encourage les tricheries. «On a deux systèmes de paris de jeux, le tote et le booking. Le tote est plus discipliné. Il y a des règlements qui gouvernent ce système. C?est la transparence totale. Il y a des heures auxquelles ont peut miser et chaque parieur peut savoir la somme totale misée, le nombre de gagnants et la taxe perçue par le gouvernement», souligne le porte-parole.
Le booking est pour sa part «un système très difficile à contrôler. Et on connaît qu?on peut facilement jouer au téléphone. Un cheval peut être coté à 7 contre 1 vendredi après-midi et le lendemain matin, sa cote pourrait passer à 2 contre 1. Il y a certainement eu d?importants jeux sur ce cheval durant la nuit. Donc, il est tout à fait logique que des bookmakers puissent influencer le déroulement d?une course». Notre interlocuteur avance ainsi que le système de bookmaking engendre les tricheries. Sans réelle volonté politique, dit-il, les Mauriciens auront toujours des doutes au sujet du déroulement des courses.
Mais le porte-parole du MTC désengage le club face à l?organisation des paris. «Une fois le programme rendu officiel, le MTC n?a aucun contrôle sur les paris.» Il ajoute que le club a beaucoup investi dans le domaine hippique et «dispose d?un laboratoire très sophistiqué, de même qu?une clicherie moderne. C?est également une des institutions où la sécurité est de mise. Les turfistes se sentent toujours en sécurité au Champ-de-Mars. Le club a aussi encouragé la retransmission en direct des courses à la télévision pour éviter que les Mauriciens se déplacent en très grand nombre au vieux Champ-de-Mars.»
Un vieux routier des courses, âgé de 75 ans, est d?avis qu?on peut empêcher les tricheries. Mais il estime que le signal donné par l?Icac est une bonne chose. «Les jockeys n?ont qu?à bien se tenir.» Selon lui, cela pousserait bon nombre à quitter le pays mais ce qui est sûr «c?est qu?on aura des jockeys qui piloteront les chevaux au mieux de leur capacité à l?avenir.»
Les finances des écuries à la loupe
Autre fait important : de nombreuses écuries, laisse-t-on entendre dans le milieu hippique, feraient face à de «sérieux problèmes de budget». Cette situation financière précaire favoriserait l?influence de certains punters au sein même de ces écuries en difficulté. «Les écuries se trouvant le dos au mur acceptent de grosses sommes d?argent dont la provenance est parfois plus que douteuse. Ces procédés débouchent trop souvent sur des magouilles douteuses», explique un officiel qui a requis l?anonymat.
Et par mesure de précaution, les situations financières des écuries sont étudiées à la loupe par les autorités hippiques. Rien que pour l?année dernière, deux écuries n?ont pas vu leurs licences d?opération renouvelées.
Pour la saison de 2004, la MTC a déboursé Rs 28 597 411 en termes de sponsorship et de subvention pour les écuries. Ces aides financières accordées aux écuries visent essentiellement à éviter que ces dernières n?aient recours à des investissements «provenant de personnes malintentionnées». Mais certains propriétaires de chevaux concèdent que ces subventions sont loin d?être suffisantes pour «garder la tête hors de l?eau».
Un autre officiel de la MTC explique que le club hippique est conscient de l?existence de certaines irrégularités. Le Horse Racing Board (HRB), explique-t-il, a été mis sur pied pour sanctionner les montes irrégulières. «Il existe cependant des irrégularités qui sont au-delà des attributions du HRB», ajoute notre interlocuteur.
«Le Tote est plus discipliné. C?est la transparence totale. Il y a des heures pour miser et chaque parieur peut savoir la somme totale misée, le nombre de gagnants et la taxe gouvernementale.»
C?est la MTC, rappelle un commissaire du MTC, qui a été à l?origine de la création de la police des jeux. «Les bookmakers ont contribué pendant des années au développement des courses, mais ce système est maintenant révolu», estime t-il.
En 2002, la MTC signe un Memorandum of Understanding avec les bookmakers. Ils devaient verser une commission au club à l?issue de chaque saison. «En 2002, ils ont respecté l?accord mais, depuis, le pourcentage de la commission qu?ils nous versent ne cesse de baisser», explique un commissaire administratif. Le MTC tire, lui, ses revenus des multiples commissions que lui reversent le Tote, le Telebook, les lotteries, le South Africa Tote (SAFTOTE) et les bookmakers.
Les sommes, brassées chaque année par les bookmakers sont impressionnantes. En 2002, ils ont fait un chiffre d?affaire d?un peu d?un milliard de roupies. Ce montant n?a depuis cessé d?accroître pour atteindre l?année dernière Rs 1,8 milliard. «Les bookmakers auraient dû verser un peu plus de Rs 90 millions à la MTC l?année dernière. Le club n?a reçu que Rs 60 millions.» Face à cette situation, la MTC a décidé de réclamer aux bookmakers les arrérages de ces trois dernières années. Ceux-ci s?élèvent à Rs 80 millions.
Aucun effet sur les parieurs
En attendant, la secousse qu?a connue le monde hippique semble n?avoir aucun effet sur les paris. Il est 14 heures jeudi au Champ-de-Mars. Les paris sont ouverts. Les différents stands des bookmakers grouillent de monde. Dayanand, un sexagénaire de Curepipe, est au rendez-vous, comme il le fait depuis presque quarante ans. Pour lui, ces événements dans le monde hippique ne vont pas l?empêcher de miser aux courses. Car, dit-il, il n?existe pas assez de divertissement à Maurice et «on est prisonnier de ce système».
Devanand va même plus loin. Pour lui, les «courses truquées» ont toujours existé. Cette affaire dit-il, n?est pas une découverte. Mais, il se dit sceptique quand au fait quede réelles sanctions soient prises pour que les «ti dimounn» puissent parier en toute transparence.
Ram, un policier parieur, tient en main un magazine hippique. Il s?arrête devant les stands de bookmakers pour comparer la cote de chevaux avant de faire sa mise. «Là où il y a le business de l?argent, il y a toujours de la magouille», nous affirme-t-il. Il explique que «sa vis zoue la, pa kapave aret ou. Mem si parfoi ou konne pena sans».
Le casque à moto en main, un couple de la capitale est au rendez-vous pour miser à chaque journée de courses. Il peut dépenser jusqu?à Rs 500 par semaine. Comme d?autres parieurs, ce couple se dit conscient que les courses «truquées» existent, mais il va quand même continuer à miser?.
Aux entraînements matinaux néanmoins, il y a très peu de monde. Mais certains amateurs de courses sont surpris de voir Rye Joorawon sur Mathieu. «Eh li pou monte li», lancent-ils. Le jockey mauricien pilotera également Bullfigther à l?entraînement matinal. Ces deux chevaux ont remporté leurs dernières courses et sont très bien cotés pour la journée d?aujourd?hui. Une journée qui sera marquée par un leitmotiv de certains turfistes : « Il y a trop de magouilles et ce sont les petits parieurs qui prennent pour leur grade à chaque journée. L?Icac et la police des jeux doivent poursuivre leur enquête. »
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