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Une affaire de famille qui marche !

11 juin 2005, 00:00

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Il n?y a pas comme l?adversité pour montrer à l?Homme de quelle matière il est fait. Quand Geneviève Desmarais fait une rétrospective de sa vie, elle ne cesse de se le répéter. Et même si elle est aujourd?hui en mesure de prendre des vacances pour souffler un peu - sa petite entreprise de confection tourne à plein régime avec la réalisation d?uniformes pour de nombreux hôtels de l?île - elle s?investit dans le travail comme aux premiers jours de ces dix dernières années.

Cette fille de couturière renommée n?avait comme expérience professionnelle que quelques mois comme secrétaire d?une compagnie d?assurances avant de se marier à 22 ans et de donner naissance à Laurent et à Claudia. Des complications personnelles l?obligent à chercher du travail. Elle enfile alors la veste de marketing executive pour le compte d?une petite entreprise textile. Si la couture lui est familière pour avoir vu sa mère Liliane à l?oeuvre des années durant, Geneviève découvre les exigences de la clientèle et en tire rapidement des leçons.

L?absentéisme pèse lourd

Travaillant énormément, elle se rend compte qu?elle pourrait tout aussi bien mettre l?énergie qu?elle dépense dans sa propre petite entreprise. Ce constat fait, elle a le cran d?exposer ses idées à son patron et même à lui demander de lui prêter les machines qu?il possède et qui dorment dans un local, de même qu?un télécopieur et une voiture. Son culot épate et elle obtient ce qu?elle réclame. Le seul local à un prix abordable qu?elle trouve est à Bel-Air-Rivière-Sèche. Elle habite Quatre-Bornes et faire la route ne lui fait pas peur. Elle ouvre son atelier avec? trois machinistes et s?en va démarcher auprès des hôtels, prête à confectionner de tout.

Le premier client à lui faire confiance est l?hôtel Touessrok qui lui passe commande de 500 nappes pour Noël. «C?était une commande de Rs 72 000. Le premier commerçant à m?accorder un crédit de Rs 25 000 fut Yacoob Timol», se remémore-t-elle avec le sourire. Sa mère Liliane se charge de réaliser un prototype qu?elle fait reproduire par ses machinistes. Un de ses meilleurs amis lui prête main forte, s?occupant entre autres des premières livraisons et de la tenue de ses livres de comptes.

Geneviève réussit ensuite à convaincre Jacqueline Domaingue, la gouvernante d?alors au St Géran. Elle soigne particulièrement la qualité de ses confections et à partir de là, les commandes affluent des cinq hôtels de la chaîne One and Only. «Ce sont mes plus anciens clients d?uniformes et leur fidélité me touche», dit-elle. Elle est alors en mesure d?installer son atelier en ville, plus précisément à la route Bassin à Palma et à étoffer son équipe d?une dizaine de travailleurs qualifiés.

Geneviève ne travaille pas que pour One & Only qui lui soumet invariablement ses designs d?uniformes. Elle a réussi à convaincre Le Labourdonnais, Le Suffren, Le Paradis, Legends, Le Sofitel, The Residence et bien d?autres établissements hôteliers qui lui donnent carte blanche pour les designs d?uniforme.

Ce qui fait la force de GCD Ltée est qu?outre le fait que Geneviève se déplace personnellement pour prendre la commande, effectuer la livraison et même pour certains ajustements mineurs, elle propose des accessoires en harmonie avec lesdits uniformes. «Pour moi, c?est un plus que j?offre et qui fait partie de mon travail. Il m?arrive aussi de réparer des vêtements abîmés sans réclamation.»

Elle prend même les commandes venant de clients particuliers de ces hôtels. C?est ainsi qu?elle a confectionné de nombreuses robes de filles d?honneur pour des couples de touristes venant se marier à Maurice et même pour les Very important persons de passage tels que feu la princesse Soraya pour qui elle a réalisé huit robes à partir de tissus de saris.

La plus grosse difficulté qu?elle rencontre dans son quotidien de chef de petite entreprise est l?absentéisme. «Autrefois d?après la loi, les employés avaient droit à trois jours de congé maladie.

Aujourd?hui, ce nombre est passé à cinq et cela pèse lourd dans une petite entreprise. On a alors du mal à respecter les délais de livraison et les commanditaires pensent alors que je manque de sérieux.»

Avoir sa griffe de prêt-à-porter

Ce n?est qu?en début d?année que Claudia a rejoint GCD Ltée. Car après ses études secondaires, elle s?était rendue en Afrique du Sud où elle étudiait en vue de devenir secrétaire paralégale tout en travaillant dans une compagnie. «La chef avait un caractère épouvantable. à la fin, je me suis demandée pourquoi je m?embêtais à travailler pour une étrangère alors que j?aurais pu le faire pour ma mère.» La jeune fille regagne alors le pays et après une incursion dans l?hôtellerie, elle se joint à l?entreprise familiale tout en suivant des cours de business et de ventes à la DCDM Business School.

Geneviève n?est cependant pas plus souple ou plus exigeante envers Claudia qu?elle ne l?est avec ses autres employés.

«Je traite tout le monde pareil. Si Claudia arrive en retard, je lui fais une remarque comme je le ferai avec n?importe quel employé en retard. Mais je n?exige pas plus d?elle que de mes autres employés.»

En fait, travailler ensemble a consolidé leur complicité. «Elle n?est pas que ma fille, c?est aussi ma petite s?ur», confie Geneviève. Claudia rigole et précise que si sa mère est sa meilleure amie, elle ne va pas jusqu?à la considérer comme une grande s?ur ! Retrouvant leur sérieux, Geneviève raconte que sa fille lui a appris à être plus ordonnée administrativement. Par contre, si Claudia a baissé les bras face au refus de sa mère de faire imprimer des cartes de visite de la compagnie ou d?installer un panneau indicateur sur la route royale, elle comprend mieux aujourd?hui la notion du service poussée à l?extrême de son aînée. «Avant je me demandais pourquoi elle assurait elle-même les livraisons. En travaillant avec elle, j?ai compris l?importance de ces services qu?elle offre et comment ils fidélisent une clientèle.»

Mère et fille seront bientôt séparées le temps d?un mois car Geneviève part avec six machinistes aux Maldives. Ils doivent confectionner les uniformes de l?hôtel Reethirah de la chaîne One & Only. Claudia reste sur place et continue à superviser les opérations.

Depuis des années, Geneviève caresse un projet : ouvrir sa boutique et avoir sa griffe de prêt-à-porter pour dames qu?elle vendrait à un prix inférieur à celui pratiqué par les magasins de confection locale. «Je suis dans le business et je connais par conséquent les prix. C?est fou comme les vêtements fabriqués localement sont chers. C?est anormal. Mes prix seront à la portée de toutes les bourses.»

Quand on lui demande quand ce projet aboutira, Geneviève soupire et déclare que 24 heures dans une journée sont pour elle insuffisantes. «Toutes mes idées sont dans ma tête mais mon plus gros problème, c?est le temps.» Pour y arriver, elle devra apprendre à donner du temps au temps?

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