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?La réforme sucrière n?est pas catastrophique? pour l?UE

8 juin 2005, 00:00

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Que la baisse du prix garanti du sucre mauricien sur le marché européen soit de 37 % ou de 43 %, elle n?est pas désastreuse pour le pays. C?est l?avis de Florence Van Houtte, administratrice à la direction générale au développement de la Commission européenne, en charge du développement rural et de l?environnement. Cette dernière est en mission dans l?île pour discuter des mesures d?accompagnement afin que Maurice puisse mieux parer à la réforme européenne.

La rencontre qui s?est déroulée hier a réuni autour d?une même table la délégation de la CE, l?État et tous les partenaires de l?industrie sucrière. Elle avait pour objectif un échange de points de vue sur le processus d?adaptation de l?économie mauricienne, en particulier de son secteur sucrier, pour faire face aux défis dus à la réforme du régime sucrier européenne.

Dans une interview accordée à l?express à l?issue de la réunion, Florence Van Houtte avance : ?La réforme du régime sucrier européen n?est pas catastrophique. C?est un grand défi pour Maurice, qui dispose des moyens.? Il faudra y ajouter les mesures financières pour aider le pays.

D?emblée, Florence Van Houtte s?est dite impressionnée à deux niveaux : d?abord, la rapidité avec laquelle Maurice a su dégager un plan d?action accélérée pour l?industrie sucrière, et ensuite, le dialogue qui existe entre les partenaires. ?L?UE est certainement engagée à soutenir les pays ACP, producteurs de sucre?, a-t-elle fait ressortir.

Les arguments mis en avant tant par le ministre de l?Agriculture et les partenaires seront examinés par l?UE dans ses négociations futures.

Nando Bodha a quant à lui effectué un vibrant plaidoyer pour la cause mauricienne durant la réunion. Porte-parole des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), Maurice est le principal exportateur de sucre vers l?Union européenne (UE). À ce jour, l?Europe débourse 523,70 euros par tonne de sucre. Une réduction maximale de 43 % ramènerait le prix à un niveau inférieur du coût de production à la tonne pour Maurice. L?État mauricien estime que ?l?industrie sucrière est en danger de mort?.

<B>L?UE n?a pas de permis pour tuer</B>

La réforme proposée par l?UE, dont les modalités seront officielles le 22 juin, découle des pressions externe et interne. Externe dans la mesure où l?Organisation mondiale du commerce a statué que l?UE met du sucre subventionné sur le marché mondial. Interne puisqu?il y a consensus entre les États-membres pour une réforme de sa politique agricole.

Cependant, Nando Bodha a clairement fait ressortir que le verdict de l?OMC n?octroie pas ?le permis de tuer? à l?UE. Outre le fait qu?il n?y ait aucune justification économique pour des baisses si drastiques, c?est inconcevable, a indiqué le ministre de l?Agriculture, que seuls les ACP sortent perdants de la réforme.

Cette réforme entraînant des répercussions avec ses partenaires ACP, ne devrait nullement être résumée comme une modification de prix entre le vendeur et l?acheteur. D?une part, elle incite à une diversification à l?intérieur de la canne. Et de l?autre, la réforme permet d?explorer d?autres avenues de partenariat économiques entre les deux blocs.

L?État mauricien, a rappelé Nando Bodha, se bat sur deux fronts, en parallèle contre la baisse ?catastrophique?. D?abord, le lobbying porte sur la réforme (baisse moins conséquente mise en pratique sur une plus longue durée) et les mesures d?accompagnement pour que le pays soit prêt pour faire face à une baisse des prix. Ensuite, les discussions sont axées sur les mesures d?accompagnement en amont de la réforme.

Ces mesures d?accompagnement sont essentielles pour la viabilité de notre industrie sucrière. L?État postule pour un décaissement. Pour Nando Bodha, on ne voudrait pas vivre les sombres périodes de la réforme de l?industrie de la banane, où, à ce jour, l?UE n?aurait décaissé que 20 % des fonds.

Le plan d?action accélérée, qui prône une diversification à l?intérieure de la canne, comporte les priorités à réaliser dans un laps de temps ?très court et crucial?, soit 2005 à 2010. Concrétiser ces mesures exigera des fonds massifs de l?UE, tels que l?exigent l?État et le secteur privé. Puisque le temps est limité, il y a urgence à ce que les actions de l?UE et de Maurice soient ?synchronisées?. Le ministre s?est ainsi interrogé sur le mécanisme de déboursement.

<B>Le sucre, partie intégrante de la culture</B>

Dans son discours liminaire hier matin, Nando Bodha a mis en exergue les efforts pour améliorer la compétitivité du secteur, tout en ayant de meilleures pratiques en termes de distribution de la richesse, de la protection des partenaires vulnérables, des conditions d?emploi et de la protection et la préservation de l?environnement. ?Ces facteurs couplés à nos contraintes géographiques, ne nous permettront jamais de baisser nos coûts en dessous d?un certain niveau. Bref, Maurice ne sera jamais le Brésil?, a-t-il indiqué.

Le sucre ne se résume pas qu?à un secteur économique. Elle fait partie intégrante de notre culture. Pour Nando Bodha, ?il a été le moteur qui a nourri la croissance et le développement de ce pays. Ce sont Rs 10 milliards sous forme de devises qui sont injectés directement dans l?économie. Il n?y a aucune autre alternative que de continuer?.

Quand le conseil européen des ministres de l?Agriculture prendra connaissance de l?ampleur de la réforme de même que les mesures d?accompagnement, les ACP, menés par Maurice, enclencheront une salve de lobbying auprès des instances politiques de l?UE, à savoir ministres, États et Parlement européen. Comme si bien précisé Nando Bodha : ?le temps est une denrée rare??

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