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La présidence et la politique
Dans la matinée de lundi, des rumeurs circulent: Lady Sarojini Jugnauth serait présente à une réunion tenue par l?alliance Mouvement socialiste militant (MSM)-Mouvement militant mauricien (MMM) à Quatre-Bornes. Cette rumeur est accueillie avec un scepticisme que l?on voit rarement dans les salles de rédaction. Et pourtant. L?information est fondée. Lady Jugnauth, l?épouse du président de la République, Sir Anerood Jugnauth (SAJ), s?est rendue à cette réunion de femmes. Elle a pris la parole, a demandé à son auditoire de voter pour le gouvernement sortant et s?est défendue. ?Je suis une citoyenne?, a-t-elle dit aux journalistes qui l?ont interrogée sur sa présence.
La raison pour laquelle l?information a été accueillie avec autant de réserve est toute simple. Lady Jugnauth n?est pas une novice en politique. Elle connaît les répercussions d?un tel acte. Elle est au courant du devoir de réserve de la présidence. Même si l?enjeu est grand pour son fils candidat de l?alliance gouvernementale, Pravind Jugnauth, la femme du président ne va pas faire campagne. Et si.
Comment interpréter cet acte de défiance de Sarojini Jugnauth? Pourquoi prendre un tel risque? Quelle réflexion a poussé cette habituée de la politique à faire fi des conventions? Car c?est bien de cela qu?il s?agit. Légalement, la femme du président de la République n?a aucun statut officiel. Mais on parle bien du couple présidentiel. Le couple reste au-delà de la mêlée politique, il est neutre et indépendant. Ceci s?applique à la présidence mauricienne. A ne pas confondre avec la France ou les Etats-Unis, par exemple, où le président est un politicien, élu par le peuple.
?La présidence est une institution politique?
Les politiciens ont aussitôt décrié la présence de Lady Jugnauth à Quatre-Bornes. Pour ceux du camp adverse, cela donne surtout la mesure du ?désespoir? du MSM. ?Mais cela aura des répercussions. On se demande si la situation ne s?aggravera pas avec ce faux pas?, affirme un observateur politique.
Après s?être investie dans une campagne électorale, que se passera-t-il si l?Alliance sociale prend le pouvoir le 4 juillet? ?Je vois mal comment Navin Ramgoolam pourrait aller prendre le thé au Réduit avec Sir Anerood et Lady Sarojini?, anticipe pensivement un vieux routier de la politique. Le président pourrait-il démissionner ? ?Peu probable? répond notre interlocuteur.
Toujours est-il que la position que vient de prendre Sarojini Jugnauth laisse perplexe. Même chez les MMM, on n?approuve pas trop. On décrie ce ?faux pas?. Chez les travaillistes, c?est encore pire. Nita Deerpalsing, candidate à Belle-Rose-Quatre-Bornes, où Lady Jugnauth a pris la parole hier, est outrée. ?C?est une mesure de dernier recours. Mais quand les agents politiques sont désespérés c?est une chose. C?en est une autre quand c?est la femme du président de la République. Elle devra assumer la responsabilité d?avoir traîné une institution comme la présidence dans la boue.?
Justement, parlons d?institution. Un ancien de la politique est dépassé par les événements dans le pays. ?Mais quelle institution? Personne ne respecte quoi que ce soit dans ce pays de nos jours?, dit-il résigné. S?étonne-t-il quand-même que la présidence se mêle maintenant à la politique? L?analyse que fait cet ancien de la politique est intéressante. ?Dire que la présidence est une institution indépendante est une idée fausse. Tous les présidents de la République de Sir Veerasamy Ringadoo en passant par Cassam Uteem, Karl Offmann et SAJ ont passé toute une vie à faire de la politique. Comment peut-on prétendre que la présidence est une institution neutre? C?est là qu?on envoie les hommes politiques en guise de récompense. La présidence est une institution politique.?
Faut-il donc arrêter de prétendre à cette indépendance? ?Je crois que c?est ce qu?a fait Lady Jugnauth, non? Entre sa responsabilité envers l?Etat et celle envers son fils, elle a choisi son devoir maternel?, répond cet interlocuteur. On se souvient aussi de Cassam Uteem, qui, lorsqu?il était président, avait fait savoir que son fils n?entrerait pas dans la politique active.
Alors où en sommes-nous? Que témoigne cette position prise par Lady Jugnauth? Qu?en pense le Premier ministre? Autant de questions qui restent en suspens?
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