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L?apologie de la dévaluation
S?efforçant de justifier la philosophie du budget 1980-81, Ringadoo essaye de nouveau d?expliquer que la dévaluation de 30 % de la roupie du 23 octobre 1979 vise à éliminer le déficit chronique de la balance des paiements et à relancer l?économie. Le choix se situait, en octobre 1979, entre un contrôle plus sévère des importations ou la solution plus orthodoxe d?une dévaluation substantielle, assortie d?une politique de crédit. Un contrôle renforcé des importations freine le développement, freine le flot des capitaux privés étrangers, d?autant plus que les prêteurs internationaux tiennent compte de la capacité des pays à rembourser leurs dettes. La dévaluation favorise l?exportation en rendant les produits manufacturés localement plus compétitifs et améliore la crédibilité financière. De plus, les producteurs ont l?avantage sur les consommateurs de posséder une plus forte capacité de substitutions aux importations. Celles-ci ne sont souvent que des solutions de facilité. L?idéal demeure de travailler à la fois pour l?exportation et pour le marché local. De plus, un contrôle plus sévère des importations entraîne souvent des licenciements et des pertes d?emploi.
Ringadoo attribue le déséquilibre de la balance des paiements à la stagnation des activités industrielles, à leur compétitivité insuffisante, à la consommation effrénée des produits de luxe, aux voyages trop fréquents à l?étranger. Sans une modification radicale du taux de change, pas de rétablissement possible de la balance des paiements. La dévaluation aide plus particulièrement les entreprises ayant un pourcentage plus élevé de valeur ajoutée. Elle améliore la création de nouveaux emplois productifs.
Une étude de la Banque de Maurice établit que toute élévation du taux de crédit augmente le volume et le coût des importations, d?où la nécessité de freiner le taux d?accroissement du crédit. Il appartient aux entreprises de trouver par elles-mêmes le moyen de rétablir leur profitabilité. Il admet cependant que les dépenses excessives du gouvernement contribuent également au renforcement du déficit de la balance des paiements. En maintenant ses dépenses au niveau pré-dévaluation, le gouvernement les réduit en fait en les finançant à 30 % plus cher. La dévaluation permet aussi d?améliorer la situation financière du gouvernement grâce à la surcharge de 75 % sur le sucre exporté et de 50 % sur les recettes hôtelières. De plus, les salaires n?ont pas été compensés à 100 %, d?où diminution du pouvoir d?achat des salariés.
Ringadoo sait qu?il est trop tôt pour savoir si la dévaluation de la roupie du 23 octobre 1979 atteindra ou non son but. Il se réjouit, en attendant, d?un fléchissement de la demande en devises étrangères. Le tout est de savoir si le secteur privé et les autres partenaires sociaux partagent ce début d?optimisme du ministre des Finances.
La Chambre d?Agriculture, par exemple, déplore que le gouvernement ne veuille pas mettre tout de suite en pratique la totalité des recommandations de son plan de relance agricole. Son président, Peter White, remarque qu?il ne suffit pas de prendre bonne note d?un rapport pour que celui-ci remédie aux carences déplorées.
Michel de Spéville porte son regard au-delà de l?impossibilité de présenter un budget populaire en pleine crise économique. Il faut produire davantage, explique-t-il. Il faut en particulier relancer la production alimentaire. Le budget est, après tout, l?image de ce qui se passe dans un pays donné. La priorité des priorités est l?encouragement à l?investissement. On y trouve difficilement ce genre d?incitations en faveur des investissements de la zone franche manufacturière. Il faut un climat de confiance. Il faut cesser d?attaquer les secteurs productifs sur les estrades publiques. Tous doivent se serrer la ceinture afin d?augmenter l?investissement. Maurice Paturau, coordonnateur du secteur privé (JEC), juge également insuffisantes les mesures de relance. Ringadoo analyse bien, dit-il, l?envergure de la crise économique mais ses mesures de relance, déjà insuffisantes, ne vont pas toujours aux secteurs offrant les meilleures chances de relance.
Fakhru Currimjee de la MEPZA estime le budget 1980-81 un bon exercice et même un budget populaire si l?on tient compte de la situation de crise qui prévaut. Il regrette le manque d?informations sur la création d?emplois productifs et sur la relance. Il estime le développement négligé par rapport à la priorité accordée à la balance des paiements. La croissance de 7,5 % par an envisagée en 1980-82 et la création de 22 600 nouveaux emplois dans la zone franche manufacturière lui paraissent exagérées.
Philo Blackburn de la MTPA sent quelque chose d?électoral dans ce budget 1980-81. Harish Boodhoo est plus pessimiste. Pour lui la faillite se perpétuera. Ringadoo frappe sa coulpe et parle de mettre de l?ordre dans la maison. Bien naïfs sont ceux qui croiront à de tels boniments. Hier le bouc émissaire était les grèves sauvages. En 1980, il devient les cyclones et les autres calamités naturelles. Il n?y a plus qu?à inventer la formule magique du ?pas moi, li ça !?
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