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Alpha Blondy, adorable bandit

5 juin 2005, 20:00

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Viendra, viendra pas ? La Mauritius Society of Authors (Masa) reçoit Alpha Blondy à déjeuner. C?est la dernière fonction ponctuant la visite du reggaeman ivoirien sous nos cieux. Envolé le farniente du dimanche. Midi sonne à Chamarel. Marcel Poinen d?abord, son équipe ensuite est fébrile.

Où est Alpha ? Pendu au téléphone, ils suivent chacun des tours de roue qui séparent le chanteur de SOS Village à Bambous du restaurant de Rico L?Intelligent, président du conseil de village de Chamarel et vice-président du conseil de district de Rivière-Noire. ?Zot finn kit Bambous là ? ? La question revient à tout bout de champ. Presque treize heures. Les premiers verres se vident. Alpha est toujours en route.

Manières de ?bandit? qui n?est jamais là où on l?attend. Cette réprimande que le chanteur a su transformer en nom de scène, lui vient de sa grand-mère. Patiemment, elle enseigne le Coran et les principes traditionnels Dioula à l?ado rebelle. Ses conseils n?ont pas d?impact immédiat. Le jeune homme se fait renvoyer de l?école. Courroucée, elle le traite de ?blondy? équivalent Dioula de ?bandit.?

Treize heures passées. Le bonnet vert rouge et jaune émerge de la voiture. Sourire avenant d?un artiste qui a tout donné la veille. ?C?était d?enfer, le public a été à la hauteur.? En aparté, Paul Raya, frère aîné du leader de Otentik Street Brothers (OSB), prend la peine de préciser : ? Il y avait 12 500 personnes qui ont vécu ce concert au stade Germain-Comarmond à Bambous.?

La main volant de sa barbe à son c?ur, Bruno Raya a le sourire entendu des gens qui prennent le temps de voir les choses en rêve avant de les réaliser. ?Le mur de Babylone est tombé. ? Les yeux un peu exorbités, le souffle court, Master B reste Kool. Les cinq minutes de gloire d?OSB ont enfin sonné.

Une grande réussite

Le président de la République, Sir Anerood Jugnauth, a reçu Alpha Blondy au château du Réduit. Leela Devi Dookun-Luchoomun, ministre des Arts et de la Culture, a également reçu le chanteur ivoirien. ?Objectif atteint. Zot finn tann mesaz Alpha.? Désormais, la ?grande réussite? du concert de Alpha Blondy va servir de carte de visite à OSB. Bruno Raya d?ailleurs ne le cache pas. ?En plis nou finn resi kouver nou fre.?

Kool Master B ne se laisse pas distraire longtemps. Avec sa cousine Dominique, il aiguillonne le dispositif de sécurité mis en place pour Alpha.

Difficile de trouver plus maniable que ce chanteur qui se prête avec une grâce exquise aux civilités d?usage. Il ne trahit aucun signe de fatigue pendant la séance de photos qui s?éternise avec les membres du conseil d?administration de la Masa. Il serre les mains avec toujours beaucoup de chaleur, propose lui-même de dédicacer les albums que Mario Armel lui met sous le nez.

Mieux, il empoigne joyeusement la bombe de couleur que lui tend Rico L?Intelligent, qui tient absolument à conserver une trace d?Alpha Blondy sur le mur de son restaurant. Le chanteur s?exécute sans se faire prier. écrit : ?Dieu veille.? Signe ?Alpha? avec en dessous, le dessin de l?étoile de David.

MOTS JUSTES

Alpha, le héros en guerre contre les zeros

■ Le bonheur c?est ça. C?est dix mille personnes hypnotisées dans le stade de Bambous par un des grands maîtres du reggae encore vivant. Alpha Blondy, ce n?est pas seulement un chanteur de renommée internationale, c?est aussi un humaniste qui sait faire passer des messages politiques et sociaux tranchants sans amertume, ni jugement de valeur. En sus de sa voix transcendantale, des guitares provocantes, des cuivres chauds, proches de la fusion, et des choristes divines, l?Ivoirien a su trouver les mots justes pour les milliers de fidèles massés dans la plaine et les gradins du stade Germain-Comarmond.

Première cible : la classe politique qui en a pris pour son grade, arrosée d?une pluie de synonymes, ? politichiens, imbéciles et zéros nationaux,? sont parmi les invectives lancées par Alpha Blondy.

Après une minute de silence en l?honneur de Kaya présenté comme son homologue mauricien, Alpha Blondy s?est lancé ou plutôt jeté, dans Jérusalem : ?Jews, Arabs and Christians living together, praying??. Une phase qui résume à merveille la mission d?un artiste qui martèle ?qu?il n?est pas nécessaire de fumer de l?herbe, d?avoir des dreadlocks ou d?être un black pour être un rasta?. évoquée à maintes reprises, l?icône nationale a eu droit à un vibrant, ?Kaya, lève-toi !? Cette imploration a suscité des cris d?extase qui pouvaient probablement être entendus jusqu?à Alcatraz.

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