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Jeunesse à la dérive
Àla tombée de la nuit, à Cité-Mangalkhan, il ne fait pas bon de se trouver près des anciennes loges hippiques. De drôles d?oiseaux investissent les lieux et profitent de la nuit pour se livrer à des pratiques douteuses, expliquent des travailleurs sociaux de la localité.
Les lieux sont peu ragoûtants, mais abritent tout de même le centre social, une ancienne école de boxe, un cordonnier et une ébénisterie. La bâtisse en décrépitude empeste l?urine alors que des détritus de tout genre jonchent le sol. Ce lieu est pourtant l?endroit privilégié de la jeunesse délinquante.
« Les loges sont devenues le repaire d?une quinzaine de jeunes délinquants de 12 à 22 ans. Ils y font tout ce qui leur plaît : de consommer de l?alcool à sniffer de la colle. Après avoir bu du vin bon marché, ils écrasent les bouteilles contre les murs et cassent les vitres », confie une travailleuse sociale. Comme ses collègues, elle se sent impuissante face à la montée de la délinquance dans le quartier. « Pa pou etonan si enn zour nou gagne sering laba. »
Les habitants se plaignent également d?atteintes aux m?urs. Le cas de trois jeunes filles « incontrôlables » et « délurées » de 12 à 14 ans a ainsi été rapporté par les habitants de la cité. Prises en charge l?année dernière par la Child Developement Unit, elles ont ensuite été transférées à une Probation Home pour qu?elles reprennent leur scolarité. Mais peu de temps après, prétextant un mariage dans la famille, les parents les ont ramenées chez elles en promettant de revenir. En vain.
« On voit souvent ces jeunes filles près des loges. Nous avons été voir leurs parents pour qu?ils les raisonnent. Mais les parents et les grands-parents ont eux-mêmes peur de leur parler. » Un membre des forces vives de Cité-Mangalkhan dit avoir remarqué un intrus parmi le groupe de jeunes. « Ce jeune homme, étranger au quartier, donne l?impression de venir négocier quelque chose avec eux. En tout cas, la raison de sa présence ici n?est pas claire. »
Et les nombreuses patrouilles de police dans le quartier ne dissuadent pas ces jeunes. « Ils ne font que leur parler et partir. Aucune arrestation jusqu?à présent », s?indigne un habitant de la localité.
« On se fait insulter »
A la dernière réunion des forces vives de Cité-Mangalkhan, des travailleurs sociaux et des officiers de la CDU, l?accent a été mis sur ce phénomène qui gangrène peu à peu la cité. La CDU de Floréal a rappelé que plusieurs enfants ont été suivis psychologiquement. « Ils viennent aux rendez-vous deux ou trois fois, puis ils rechutent. Malheureusement, les parents ne montrent aucun d?intérêt pour les aider », se désole un officier de la CDU. Ces enfants, ajoute-t-elle, viennent pour la plupart de familles éclatées et dont les parents sont alcooliques.
« Nous avons demandé aux travailleurs sociaux d?insister. D?aller vers ces jeunes, de leur parler et de les encourager à venir à notre bureau, où nous pouvons les aider et leur offrir les services d?un psychologue », rappelle cet officier de la CDU.
Plus facile à dire qu?à faire, commentent les travailleurs sociaux. « Certains sont devenus incontrôlables. A peine les aborde-t-on qu?ils nous menacent. On se fait insulter. Ils nous mettent au défi de pouvoir changer quelque chose. » Les lieux, autrefois animés par les activités hebdomadaires du centre social, ont ainsi été désertés. « Le soir on préfère ne pas s?y aventurer car on ne sait quelles mauvaises rencontres on peut y faire? »
Mais face à la montée de ce phénomène, chacun doit prendre ses responsabilités. « Nou ti a kontan ki bann paran ouver zot lizie e pran zot responsabilite. Si kontinie laisse sa bann zenfan la, problem la pou agrave? »
Au ministère de la Femme, on affirme également être impuissant si les parents d?enfants délinquants ne lèvent pas le petit doigt. « La CDU intervient lorsqu?il y a maltraitance. On essaie d?apporter des mesures préventives, par exemple offrir des cours d?éducation parentale. Mais on n?arrivera à rien sans la collaboration de tous. »
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