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« Les politiques font souvent porter le chapeau aux fonctionnaires »

5 juin 2005, 00:00

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<B>L?Alliance sociale accuse la PSC d?être un instrument de « bribe » électoral aux mains du gouvernement. Avouez que vous y avez un peu prêté le flanc. </B>

Pas du tout ! Nous ne recrutons personne en ce moment. Les recrutements se font tous les deux ans, sauf si le gouvernement le souhaite autrement. Entre deux exercices, la PSC remplit les postes vacants en puisant d?une liste d?attente. Le dernier recrutement d?enseignants et de policiers a eu lieu fin 2003 et le prochain est pour fin 2005. Les accusations du leader de l?opposition témoignent d?une mauvaise compréhension du mode de fonctionnement de la PSC et de la Police and Disciplined Forces Service Commission (PDFSC).

<B>Comment qualifier alors l?embauche de près de 500 policiers en ce moment ? </B>

Notre rôle est de pourvoir aux besoins en personnel des services de l?Etat. En février, le commissaire de police a fait savoir qu?il lui faudrait d?autres bras en mai, quand les dernières recrues auront terminé leur formation. La PDFSC a puisé dans sa liste d?attente et proposé 458 candidats. Cette liste remonte à l?exercice de recrutement de décembre 2003. L?appel de candidatures avait attiré 8 000 postulants pour 700 postes. Il nous a fallu dix mois pour faire la sélection par rapport à leurs qualifications, gabarits et conditions physiques. Nous avons pu en choisir environ 3 000, aptes à intégrer le service.

<B>À l?arrivée du nouveau gouvernement, la PSC sera une fois de plus accusée d?être aux ordres des politiciens. Et il n?y a de fumée sans feu... </B>

Nous sommes, par définition, au service du gouvernement. Ce n?est pas à nous de décider s?il faut recruter, ni combien et quand. Cependant, il est faux de dire que nous pouvons favoriser les vassaux des politiciens. Nous opérons sur la base de critères très stricts, publics. La fonction publique emploie quelque 60 000 personnes et en substance, la PSC n?en recrute qu?environ un sur trois. Le reste est embauché directement par les ministères, sous notre supervision bien entendu. Ces derniers s?occupent des postes se trouvant au bas de l?échelle où est affecté le plus grand nombre de fonctionnaires. Devant l?ampleur des tâches qui nous incombe (recrutement, transfert, promotion), nous avons dû déléguer certaines responsabilités.

<B>A-t-on abandonné l?idée de ne recruter que ceux qui détiendraient au moins un Higher School Certificate pour rehausser la qualité du personnel ? </B>

Non, mais nous ne voulons pas apporter de changements brusques ni fermer complètement la porte aux détenteurs de School Certificate. Encore que ce n?est pas le manque de qualifications des postulants qui pose souvent problème, mais bien le contraire. À chaque appel de candidatures pour des postes nécessitant des compétences générales, nous avons des postulants surqualifiés. En revanche, il est difficile de trouver des professionnels et spécialistes tels des enseignants de langues orientales, des architectes, des urbanistes ou des ingénieurs.

<B>La surqualification pose problème ? </B>

Ils ne restent pas longtemps. Très souvent, ils viennent de quitter l?université et prennent le premier emploi venu en attendant mieux. Ils jugent bon d?avoir un pied dans la fonction publique. Pour d?autres, c?est l?impulsion des parents. La liste d?attente nous prémunit contre ces départs. Voilà pourquoi nous ne disons jamais à un postulant que sa candidature a été rejetée. Nous le réservons dans l?éventualité de départs. Je conviens que ce n?est pas juste. Nous essayons d?y trouver une solution.

<B>Vous avez atteint la plus haute fonction, Secretary to Cabinet. Avec le recul, direz-vous que la fonction publique a pu développer une identité corporative ? </B>

Nous avons progressé sur cette voie. Une quinzaine d?années plus tôt, c?était vraiment la loi de la jungle. Petit à petit, nous avons essayé de réunir tout le monde autour de valeurs fondamentales comme la neutralité par rapport aux politiques, l?impartialité, la responsabilité et la transparence. Toutes ces valeurs sont réunies en un code d?éthique. Auparavant, le sens du service et le concept de client n?étaient pas très développés. Aujourd?hui, on ne parle que de cela. Je suis convaincu que la fonction publique est aujourd?hui bien plus transparente que le privé ne le sera jamais.

<B>Est-il juste et même réaliste d?exiger la neutralité du fonctionnaire ? </B>

Je le pense. On ne demande pas au fonctionnaire de ne pas avoir d?opinion politique ni ne l?empêche-t-on d?aller à un meeting. On lui demande simplement d?être discret. De plus, et c?est essentiel, il ne doit pas laisser ses propres convictions gêner le fonctionnement du gouvernement. En général, les fonctionnaires observent cette règle, d?autant que 99% des décisions qu?ils sont appelés à prendre n?ont rien à voir avec la politique. Elles concernent uniquement l?interprétation de la loi et des règlements. Cela dit, il est difficile de garantir la neutralité de tous. Une fois de plus, cela dépend des qualités personnelles.

<B>Pourquoi alors les politiques portent-ils l?Establishment en horreur ? </B>

Je pense que le plus souvent, ils essaient de nous faire porter le chapeau pour tout ce qui va mal. C?est tellement facile vu que le fonctionnaire ne viendra pas se défendre en raison de son devoir de réserve. Mais en réalité, le fonctionnaire a bien moins de pouvoir qu?avant les années 80, quand les politiciens leur laissaient le champ libre. Depuis 1982, nous avons affaire à une génération de politiciens qui est jalouse de ses prérogatives et c?est tant mieux. Le problème est que, souvent, ils nous demandent d?appliquer des décisions qui enfreindraient la loi. Dans ces cas, le fonctionnaire est obligé de leur opposer un refus et de conseiller un amendement de la loi.

<B> « La fonction publique est aujourd?hui bien plus transparente que le privé ne le sera jamais. » </B>

<B>Les politiciens reprochent justement aux fonctionnaires de se cacher trop souvent derrière le « Manuel de l?administration publique ». Y a-t-il de la place pour l?initiative personnelle ? </B>

Cette place existe, mais le fonctionnaire doit savoir quand l?utiliser et comment. Il le saura en discutant avec son supérieur. Tout l?objectif de la réforme de la fonction publique est d?inciter les fonctionnaires à exploiter davantage cette marge. De leur faire comprendre que le Manuel n?est qu?un guide, pas une bible. Il y a eu progrès. Par exemple, les objectifs sont à présent clairement définis alors qu?avant on naviguait à vue. Code d?éthique, Charte des citoyens et système d?assurance de qualité sont parmi les initiatives prises dans le bon sens. Malheureusement, le public ne s?en aperçoit pas. Or, la perception est importante et il nous faudra la soigner. Nous avons un gros effort à faire côté communication. L?Official Secrets Act devra être revu. Le Disclosure of Information Bill qui est en projet devrait produire le déclic.

<B>La relation entre le haut fonctionnaire et les politiciens souffre d?une certaine ambivalence. Est-ce volontaire ? </B>

Le ministre est comme un pilote d?avion, aux commandes, et le secrétaire permanent, son copilote, un guide. Il existe un certain flou où se rejoignent ces deux rôles et c?est ce qui prête à l?ambivalence. Faut-il éliminer ce flou ? Je pense qu?il faut laisser les choses telles quelles. Les divergences de vue sont saines aussi longtemps qu?elles ont lieu dans un esprit d?échange d?idées. Il n?y a pas de gros problème à ce niveau, à moins bien sûr qu?il n?y a aucune synergie entre le ministre et son secrétaire permanent. Parce que cette entente est importante, le sentiment du ministre et l?assentiment du Premier ministre comptent lors de la nomination des secrétaires permanents.

<B>Donner aux politiciens le pouvoir d?influencer la promotion du fonctionnaire au plus haut poste de sa carrière n?équivaut-il pas à lui mettre entre les mains un instrument de corruption? </B>

Il y a le risque que le ministre use de ce pouvoir pour subordonner le fonctionnaire à sa volonté. Il n?y a pas de remède à cela. Nous aurons à nous remettre encore une fois aux valeurs intrinsèques des deux acteurs. Cela dit, je peux affirmer qu?en général, les nominations au poste de secrétaire permanent se font toujours en fonction du mérite et du parcours. Du reste, depuis 2003, les PS sont nommés pour deux ans. S?ils ne donnent pas satisfaction, ils sont remplacés.

<B>Le chef de la fonction publique a suggéré que les politiques adoptent un code d?éthique. Que devrait-il contenir? </B>

Qu?ils déclarent leurs avoirs tous les ans. Qu?ils ne se mêlent pas de l?administration et encore moins du processus d?allocation de contrats.

<B>Ils sont nombreux à approuver l?administration très « hands on » de Paul Bérenger. Est-ce la seule façon de faire travailler les fonctionnaires ? </B>

L?approche dépend de la personne. Kishore Deerpalsing, par exemple, est un technocrate. Il aurait fait un très bon secrétaire permanent. Cela dit, ce n?est pas le rôle d?un ministre d?aller voir si les toilettes sont propres, mais de s?assurer que celui qui en a la responsabilité fait son travail. Paul Bérenger le comprend parfaitement. Il se contente de faire le suivi auprès de ses ministres et des chefs de départements. Son assiduité démontre un manque de confiance en certains de ses ministres avant tout. Tous les ministères ne font pas l?objet de la même attention.

<B>On critique souvent l?inertie de la fonction publique... </B>

Le développement du pays a été mené par l?Etat et donc les fonctionnaires. Le privé est toujours venu après, une fois le cadre mis en place. Si on était aussi mauvais qu?on le prétend, le pays ne serait pas là où il est. Cela dit, il est vrai que l?octroi des permis prend du temps. Parce que le cadre légal est contraignant et que le privé soumet souvent des dossiers incomplets. Du reste, un permis implique l?entrée en jeu de divers services. Il suffit qu?un traîne les pieds et tout le processus est bloqué. Mais il y a eu progrès, notamment à travers la création de one stop shops.

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