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Fraises ces fruits? de la passion

4 juin 2005, 00:00

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Pomme de discorde dans le panier de la ménagère. Niveau prix, elle ne sourit pas toujours en lisant l?étiquette de la barquette. Mais le plaisir de manger l?emporte. Adjugé. Il faut s?accorder une gâterie de temps en temps.

Pour Camben Vadeevaloo, la saison de la volupté est arrivée. C?est en juin et juillet que ses parterres se parent de rouge flamboyant et que ses activités de cultivateur de fraises atteignent son apogée. Le fruit est réputé luxueux et délicat. Quand on lui demande pourquoi il s?est lancé dans ce créneau voilà déjà cinq ans, Camben répond : «Pou mo mama, pou la sosiete mo ti difisil. Kitfoi akoz samem mo finn soizir enn travay difisil.»

Dans le salon qui ouvre sur les rangées de pousses balayées par le vent hivernal, Camben nous confie à voix basse quelques images de son passé d?ancien pensionnaire des centres de solidarité. Pour s?en sortir, rompre 18 ans de fréquentation de paradis artificiels, Camben a choisi de retourner à l?essentiel. La communication avec la terre par un processus de substitution. Le cerveau remplace le goût des plaisirs illicites par des sensations saines, des vibrations cosmiques.

<B>Un marché à prendre</B>

Celles ressenties au lever, devant le frêle bourgeon sorti du « nombril » du fraisier. «Comme une mère qui donnerait naissance par le ventre», Camben suit au millimètre près la croissance des 5 000 fraisiers accommodés sur 500 pieds carrés. Il attend ardemment l?apparition des fleurs blanches, dont le réceptacle grossira, deviendra rouge et charnu. Appétissant et irrésistible.

Pour Camben Vadeevaloo, «c?est un marché à prendre. Pourquoi avoir recours à l?importation alors que la production locale est de bonne qualité. » Un standard contrôlé par les autres membres de la famille c?est mis à contribution. Il y a Calvin, le fils, Melinda la fille et Indra la mère de Camben. Chacun y va de son doigté et de sa patience. «Moi mo pa onte pou dir ou, mo karess li, mo koz ar li, ena bel kominikation.»

Des trésors de soins pour que dans deux semaines, «partou rouz». Pour le moment, les plates-bandes sont emmitouflées dans du plastique noir pour éviter que «les fruits ne soient gâtés par la pluie».

La consigne : toujours cueillir le premier fruit avant qu?il n?arrive à maturité, «pou li pa dominn pie la», et favoriser les seconds, plus charnus.

Autant de satisfaction que le cultivateur de Moka veut cristalliser en thérapie. Son projet : identifier des lopins de terre et fournir tout le matériel de jardinage à «des gens stressés. Enn zourne zot ar kostim kravat. Apre travail zot dekontrakte, blie tou traka.» Dans la sérénité, Camben leur apprendra alors à se méfier des champignons, des oiseaux et des araignées rouges. À respecter ses fraisiers qu?il soigne «kouma dir mo zenfan. Mo prefer ki si enn dimounn pou touy mo plant, li pa vinn aste li.»

<B>Des pousses importées</B>

Le projet a été réalisé avec le concours de l?Agricultural Research and Extension Unit et un investissement de Rs 60 000 de la Banque de développement. La production de fraises de Camben Vadeevaloo est dépendante d?une série de critères. La plante requiert une exposition en plein soleil. Aimant les climats tempérés et chauds, la fraise prospère sur des sols humides et adéquatement drainés.

«Il est préférable de planter les pousses en avril», conseille Camben qui importe les siennes de France. Prudent face à la concurrence, il nous explique qu?il préfère taire la variété qui a ses faveurs à Moka.

Ce n?est pas en conseils que Camben se montre avare. Il affirme être prêt à proposer des fraises à domicile. Son plan : venir les planter lui-même chez vous et s?en occuper jusqu?à maturité. Le tout en expliquant que le fraisier se renouvelle par ses stolons, la tige aérienne rampante, terminée par un bourgeon qui, de place en place, produit des racines ainsi que par division des touffes.

Pointilleux jusqu?à la maniaquerie, ce cultivateur de Moka ne nous laisse pas partir sans nous prévenir que les meilleurs moments pour la cueillette sont tôt le matin ou le soir mais jamais en plein soleil et par grosse chaleur car le fruit «tourne» facilement. Joignant le geste à la parole,il enlève lui-même le fruit à l?arbre en prenant soin de ne pas froisser son élégante collerette verte, tout en conservant une partie de la queue. Comme toute chose, la fraise se consomme avec modération.

<B>Fraise, ce fruit qui nous veut du bien </B>

Camben Vadeevaloo est catégorique. Il y croit au-delà des réticences scientifiques. Ce sont ses fraises ? leur culture plus que leur consommation ? qui ont apaisé son psoriasis. «Ou konne se enn maladi pena remed. Mo pa pe exagere, later gueri boukou malad.»

Si le fruit est associé à certaines allergies à manifestations cutanées et respiratoires, on prête traditionnellement à la fraise de nombreuses propriétés médicinales. Parmi elles : des vertus anti-rhumatismale et astringente. On attribue également à ce fruit rouge la capacité d?activer les intestins paresseux. Dans le traitement du l?hypertension, la fraise, consommée nature, aurait des effets relaxants. Un leitmotiv revient dans le cas de ce fruit : consommer cinq fraises par jour couvre les besoins quotidiens de l?adulte en vitamine C.

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