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La toute dernière chance des petits planteurs

2 juin 2005, 00:00

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An 2015, République de Maurice. Partout, des terres en friche. La canne, qui s?y dressait fièrement, a cédé sa place aux buissons et aux immondices. Les petits planteurs, ayant rechigné à se regrouper au moment opportun, n?ont pu soutenir la baisse du prix du sucre sur le marché européen. Ils ont sombré, la canne avec eux.

Il est encore temps d?éviter ce scénario. Mettons de côté nos craintes de propriétaires fonciers. Unissons nos moyens pour réduire les coûts et rehausser la productivité. Tel a été le message des intervenants, hier, en prélude aux journées portes ouvertes au Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), et pour marquer l?ACP Day.

La nécessité de se regrouper n?a jamais été aussi pressante. L?Union européenne réforme son régime sucrier, notamment avec une baisse du prix garanti aux pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP), qui tuerait l?industrie sucrière actuelle.

A Maurice, les établissements et gros planteurs se sont déjà lancés dans un programme d?épierrage, de mécanisation et d?irrigation. Reste la communauté des 30 000 petits planteurs, assurant la production de 200 000 tonnes de sucre. Leur salut, pour baisser les frais, réside dans le regroupement.

?Nous avons l?expérience avec le système de Land Management Unit, où le regroupement a permis un rendement en hausse de 21 % dans les champs et une rentabilité accrue de 26 %, comparé aux planteurs individuels. Nous devons aller plus loin dans le regroupement. C?est une question vitale pour l?avenir des petits planteurs?, a dit le directeur du MSIRI, Jean-Claude Autrey.

<B>?Aspects aplanis?</B>

Les planteurs sont plus que jamais conscients des répercussions d?une baisse de prix du sucre sur leurs revenus. Dans certains cas, le coût de production d?une tonne de sucre avoisine les Rs 10 000, soit bien plus que le prix que paiera l?Union européenne dans deux ans. Ils hésitent cependant à s?unir.

Le regroupement en établissements, avec une gestion efficiente, pose un problème légal, que les planteurs ont rappelé à chaque rencontre avec le ministère de l?Agriculture. Dans cette nouvelle unité de production, le planteur sera-t-il toujours propriétaire de ses terrains ? Qu?en sera-t-il de l?hypothèque de la banque sur ces terres qui passeront sous une gérance centrale ? Ces aspects ont été aplanis, a rassuré le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha.

L?autre question est le partage des bénéfices. Comment procédera-t-on ? La rétribution sera effectuée selon la superficie que le planteur détient au sein de l?établissement.

L?Etat a déjà pris les devants, en allouant Rs 500 millions dans le budget 2005-06 pour la création, sur une base pilote, de trois établissements, au Nord, au Sud et à l?Est, sur un total de 1 000 arpents. ?Il faudra qu?en 2015, il n?y ait que des établissements dans le pays?, a souhaité le ministre de l?Agriculture.

Evoquant le contexte européen, le ministre de l?Agriculture a parlé des divergences de vue au sein de la Commission européenne. Il a fait état du désaccord du commissaire au Développement, Louis Michel, avec son homologue de l?agriculture, Mariann Fischer Boel, sur le quantum de la réduction.

Grâce au soutien des dix pays européens contestant la réforme, di-il, la bataille se jouera sur le plan politique. Car il incombera au Conseil des ministres européens de l?Agriculture d?avaliser le texte de loi introduisant la réforme dans l?Union européenne.

Avant de donner les grandes lignes de son plan de réforme 2005-2015, le ministre n?a pas manqué de rappeler aux 200 petits planteurs ses raisons pour une réforme accélérée. ?Ce que nous faisons en 2005, aurait dû être réalisé avant 2000. Nous vous demandons de courir alors que nous avions la possibilité de marcher.?

L?avenir du sucre mauricien, heureusement, ne réside pas seulement dans le regroupement et le lobbying sur le plan mondial. Il y a également la recherche, ce à quoi s?attelle le MSIRI depuis 50 ans. L?institution ?uvre pour l?ensemble de l?industrie sucrière, car chacun y contribue. ?Avec les développements en cours, la baisse du prix du sucre, nous devons davantage effectuer des travaux de recherche pour assurer l?avenir de notre industrie. Et la survie dépend de notre capacité d?innover et faire mieux que d?habitude?, a rappelé Jean-Claude Autrey.

Discours, regroupement, lobbying et recherche se succèdent. La survie ne dépend pas uniquement du soutien financier de Bruxelles, mais de notre volonté, ici, à Maurice?

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