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Condamnation à mort d?un policier

31 mai 2005, 20:00

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L?agresseur du chauffeur de taxi Abdool Hamid Gooman est condamné à mort, le 31 mai 1980. Il s?agit d?un policier, détective de surcroît, affecté à la station de L?Escalier. On croit savoir que c?est la première fois qu?un représentant de l?ordre est ainsi condamné à la peine capitale. Un jury le reconnaît coupable de l?assassinat de ce chauffeur de taxi, délit commis le 26 février 1979 dans un champ de cannes de Mon Trésor Mon Désert S.E., du côté de Beau Vallon. Il réaffirme son innocence et fait savoir qu?il compte faire appel.

La presse profite de cette condamnation à mort pour relancer le débat sur la nécessité de conserver le recours à la peine capitale dans la législation mauricienne. France Vallet, ancien DPP et leader du Parti du centre, accepte de donner son avis, en précisant parler en général et sans se référer au cas particulier de ce policier. Il pose des questions fondamentales : Dieu qui donne toute vie permet-il à l?homme, sa créature, d?ôter la vie à un autre être humain ? Jusqu?où vont le droit et le devoir de la société de se mettre à l?abri des méfaits dont sont capables des hommes sans foi ni loi ? La portée exemplaire et pédagogique de la peine capitale est-elle aussi efficace qu?on le pense au point de justifier la mort programmée d?un condamné. Il rappelle que la peine de mort ne s?applique, à Maurice, que pour les assassinats prouvés au-delà de tout doute possible, autrement dit des meurtres prémédités et exécutés de sang-froid. L?UDM rappelle qu?on ne doit pas sous-estimer les risques d?erreurs judiciaires. Il y aura toujours la crainte d?envoyer un innocent à l?échafaud. Dans des cas de repentir sincère, il y a toujours la possibilité de commuer une peine de mort à une longue peine de prison ou même à la prison à perpétuité. James Burty David se prononce résolument contre la peine de mort. C?est un acte irrémédiable et irréversible. Il rappelle le contexte honteux et morbide des exécutions qui se déroulent le plus souvent à l?aube et en catimini. Philosophiquement parlant, il estime la peine capitale injustifiable. La créature ne peut prendre la place du Créateur ni enlever à un être humain le droit à la vie. Mgr Amédée Nagapen rappelle que la loi du talion, ?il pour ?il et dent pour dent, n?est pas conforme à la justice. Oter la vie à quelqu?un c?est désespérer de l?homme, C?est douter absolument des possibilités de repentir et de conversion, toujours présentes même dans les c?urs les plus endurcis. L?abolition de la peine de mort est, en revanche, un signe de respect de l?homme et de la vie. Il existe d?autres moyens de protéger la société des criminels même endurcis. Il rappelle enfin et à juste titre que l?avortement comme l?euthanasie sont des condamnations à mort et des exécutions particulièrement injustifiables car des proches, sinon la mère, du condamné à mort font alors partie des bourreaux.

La presse en profite aussi pour rappeler les principales exécutions de condamnés à mort, ayant eu lieu au xxe siècle à Maurice :- 12 juin 1915 : Ramcharan Heerah ; 4 septembre 1916 : César Louise et Elias (Coquille) Barthélemy ; 20 septembre 1919 : Ragoonanan Ratcheea et Khadun Toye ; 5 novembre 1919 : Elysée Casimir et Edouard Abraham ; 20 août 1926 : Samuel Waterstone ; 21 février 1928 : Léonard (Nanard) Armoogum et Nagayah (Tamby) Papayah ; 25 mars 1935 : Laval Lafileuse et Jean Auguste (Moundouce) Labonne ; 16 mai 1938 : Léonas (Nanasse) Joseph ; 16 novembre 1938 : Charles Malbrook ; 11 février 1943 : Doomun Bunsroopan ; 14 février 1946 : Sylvestre Justin ; 3 juin 1946 : Dehonanan Aumeer, Dewooparsad Buckus et Vede Biasse Rameshwar ; 14 août 1946 : Manilall Ragoobar et René (Canard) Atmah ; 23 février 1952 : Noël Jérôme (Pic Pac) Juillet, Paul (Lefou) Célestin et France Edwin (Le Roi) Cangy ; 17 mars 1953 : Lux (Luc) Gabriel Létendrie ; 17 février 1959 : Louis Roger Charlot ; 22 février 1961 : Claude Goind. Ne figurent pas sur cette liste, les condamnés à mort, acquittés ultérieurement ou ceux dont la sanction pénale à été commuée en une peine de prison à durée déterminée ou indéterminée.

Depuis 1980, nos annales juridiques font état de deux autres cas de pendaison de condamnés à mort. En avril 1982, il y a celle de Léopold Myrtille et en octobre 1987 celle d?Alexandre.

Le maintien de la peine de mort dans la législation mauricienne vaut à notre pays de figurer sur la liste noire d?Amnesty International, clouant au pilori cette catégorie de pays, pour mieux passer sous silence d?autres pays où l?on a officiellement supprimé la peine de mort mais où l?on continue d?abattre des hommes, des femmes et des enfants comme s?ils étaient des chiens errants. La peine de mort sera supprimée à Maurice grâce aux efforts entrepris en 1995 à cet effet par Sir Maurice Rault et par Sir Gaëtan Duval.

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