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Vestiges

31 mai 2005, 20:00

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Ça fait peur. Lors de l?exercice d?inscription pour les législatives, hier, la Commission électorale a jugé inadmissibles les formulaires des membres d?un mouvement récemment créé, Rezistans ek Alternativ. Raison invoquée : ceux-ci ont refusé de préciser la communauté à laquelle ils appartiennent. Certes, les autorités ont appliqué avec diligence la loi mais ce n?est guère rassurant de constater à quel point les archaïsmes de notre arsenal législatif ont la peau dure.

Beaucoup d?entre nous avaient oublié l?existence même de cette loi aberrante jusqu?à l?action symbolique de ces citoyens qui ont voulu hier revendiquer haut et fort leur seule appartenance à la nation mauricienne. Alors que les cloisons tendent à disparaître de notre quotidien et que nos valeurs se fondent sur un socle commun, certaines lois sont restées figées depuis l?indépendance.

Ce fameux ?first schedule? attaché à l?alinéa 31(2) de la Constitution stipule que : ?Every candidate for election at any general election of members of the Assembly shall declare in such manner as may be prescribed which community he belongs to?? Il va de soi que, dans la circonstance, l?officier désigné par la Commission électorale n?avait pas d?autre choix que de refuser tout aspirant candidat qui refuse de s?y soumettre?.

Le plus absurde, c?est le procédé utilisé pour la classification par communauté : ?For the purposes of this Schedule, the population of Mauritius shall be regarded as including a Hindu community, a Muslim community and a Sino-Mauritian community; and every person who does not appear, from his way of life, to belong to one or other of those 3 communities shall be regarded as belonging to the General Population, which shall itself be regarded as a fourth community.

Historiquement, la question de morceler le pays en quatre communautés a fait suite à la nécessité de garantir une représentativité adéquate aux minorités. Pour mettre sur pied le système des ?best losers? il a fallu étiqueter chacun selon sa communauté, si tant est que la dénomination ?population générale? se réfère à une communauté. Aujourd?hui, il est possible de résoudre le problème de représentativité autrement. Les principales formations politiques se disent en faveur de la représentation proportionnelle. Or, une ?Party List? bien dosée peut atteindre le même objectif que le ?best loser system?.

La république ne peut pas accepter que sa Constitution fasse de l?identification ethnique une condition à l?inscription des candidats. Les dispositions de la loi qui font référence à la communauté des citoyens constituent une honte pour une île Maurice moderne qui se veut ouverte et unie. Une Constitution qui légitimise l?existence des communautés entretient le communalisme.

Il faut se débarrasser de cette classification, sans pour autant, remettre en question le respect des droits des minorités. Un gouvernement bien inspiré adoptera le ?Equal Opportunities Bill?, par exemple. Cette loi souvent annoncée mais jamais débattue préconise la reconnaissance des mérites contrairement au ?best loser system?, qui n?est rien d?autre qu?un artifice pour repêcher des candidats battus.

Il est également important de donner une reconnaissance politique aux diverses revendications identitaires sous peine de perturber l?équilibre entre les groupes. Sans les centres culturels créés depuis quelques années, le groupe le plus nombreux aurait tôt ou tard été accusé de volonté hégémonique. Dans le climat apaisé qui règne désormais, les vestiges des symboles du communalisme peuvent être éliminés sans danger.

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