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un regard différent sur la différence

14 mai 2005, 00:00

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C?est une femme sans artifices qui va à l?essentiel. Le réflexe de Gilberte Chung provient sans doute de son passé modeste de fille de boutiquiers. En effet, elle et ses huit frères et s?urs ont grandi dans une arrière-boutique, de Vacoas qui ne comprenait que deux pièces. Avec le recul, elle estime que cette vie à la dure, a soudé la famille et forgé son caractère de «toujours vouloir bien faire les choses».

Elle fait des études dans la filière scientifique au Couvent de Lorette de Quatre-Bornes mais sachant que ses parents n?ont pas les moyens de l?envoyer étudier la pédiatrie ou la puériculture, Gilberte décide de se diriger vers l?enseignement. C?est à ce titre qu?elle accepte un remplacement dans le collège qui l?a formée avant de prendre de l?emploi au Couvent de Lorette de Curepipe.

De journal intime en livre public

Voulant être polyvalente, elle suit en parallèle des cours du soir au Lycée Labourdonnais en vue de réussir un Diplôme d?études universitaires générales, une licence et une maîtrise en lettres modernes. Elle complète cette formation par un Postgraduate Certificate of Education. Gilberte enseigne aussi bien les sciences que les lettres. Son engagement sans relâche lui permet de grimper dans la hiérarchie des collèges de Lorette.

Elle trouve tout de même le temps d?épouser Jerry, Production Manager dans une entreprise textile. Leur premier enfant, Dwayne, est aujourd?hui âgé de 14 ans. Ce tableau aurait pu demeurer quasi-idyllique si Gilberte et son mari n?avaient connu les affres de donner naissance à un enfant trisomique. Ce handicap survenant chez les mères enfantant sur le tard, Gilberte culpabilise. Elle se demande où elle a fauté.

Elle veut comprendre cette malformation congénitale pour mieux répondre aux besoins de cet enfant pas comme les autres. Elle commande tous les écrits sur le sujet. Elle tient même un journal qui lui sert, dans un premier temps, d?exutoire à ses états d?âme. Un journal intime qui est devenu un livre de référence pour les parents d?enfants trisomiques.

Gilberte est obligée de revoir sa vie, jusque-là réglée comme du papier à musique, pour s?adapter à Kenny. Travailler, s?occuper de la famille, déposer Kenny à la garderie, l?emmener voir le médecin, lui faire pratiquer des exercices, le stimuler, le conduire chez l?orthophoniste. C?est du jonglage !

C?est aussi pour Kenny qu?elle devient membre de l?Association de parents d?enfants inadaptés de l?île Maurice (APEIM). Elle est toujours présente aux sessions d?interventions précoces délivrées par les professionnels de l?APEIM. Elle s?y engage tellement qu?elle en devient la secrétaire générale. Un poste qui lui permet d?adhérer au Africa Parents Empowerment Group, mouvement faisant partie d?Inclusion Internationale qui, entre autres, encourage la formation des parents d?enfants ayant un handicap mental pour qu?ils puissent donner le maximum à leurs enfants.

Prendre un handicapé pour le sien

Son adhésion au sein du groupe l?amène à voyager et à découvrir l?encadrement à l?enfance handicapée à l?étranger, tant dans les secteurs public que privé. Elle réussit à faire son cadet intégrer une classe, dite normale, à l?école de Lorette de Vacoas après avoir constitué un dossier sur l?enfant.

Elle croit dans l?intégration mais pas à n?importe quel prix. «Je refuse l?intégration sauvage. Elle doit être planifiée, acceptée et bien accueillie. Il faut donner à l?enfant handicapé mental non seulement le service adéquat mais aussi l?amour et le regard qu?il faut.»

Professionnellement, elle continue son petit bonhomme de chemin. Pendant près de quatre ans, elle est assistante-rectrice au collège de Lorette de Rose-Hill avant d?être nommée rectrice à celui de Port-Louis. Elle s?engage davantage dans l?éducation en présidant la Roman Catholic Secondary Schools Union. Elle travaille sur la réforme de l?éducation tout en étudiant pour obtenir son mastère en Educational Leadership.

Quand le ministre de l?Education, Steven Obeegadoo, lui propose d?occuper le poste de manager de projet de la Special Educational Needs Unit et Advisor en Special Needs, poste nouvellement créé, elle hésite. «J?ai hésité par loyauté pour mon employeur de toujours. Finalement, c?est mon mari qui m?a permis de me décider. Il m?a rappelé que nous nous plaignions toujours qu?il n?y avait pas assez de services éducatifs pour l?enfance handicapée, et que maintenant que le gouvernement se décidait, il fallait mettre les compétences adéquates à son service.»

Gilberte, qui a pris un congé sans solde des collèges de Lorette, est au ministère depuis janvier. La parité annoncée lors du dernier budget en matière d?allocation éducative entre enfants handicapés mentaux et enfants dits normaux est,

pour elle, un bond en avant. «C?est un premier pas vers le partenariat entre l?Etat et les ONG concernées.» Toutefois pour atteindre la parité complète, l?Etat a encore beaucoup à faire. «Tant dans la mise en place des services d?intervention pour la détection et le suivi que pour la formation des enseignants.»

Gilberte estime que l?application de ces services ne reviendra pas plus cher à l?Etat. «Les gens ne se rendent pas compte que même dans une école normale, il est nécessaire d?avoir la présence d?un psychologue et d?un travailleur social. Créer ces postes ne serviront pas qu?à l?enfant à besoins spéciaux mais à tous les enfants.»

La volonté politique étant présente, Gilberte se sent encouragée à abattre des montagnes pour faire de son rêve une réalité. «Si chacun pouvait considérer un enfant handicapé mental comme le sien, il ferait tout pour lui, lui donnerait ce qu?il a de mieux parce qu?il l?aime?» Cela s?appelle l?empathie?

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