Publicité
Les musées des passionnés
Des passionnés, consciencieux de vouloir protéger un héritage, de croire en un lieu du souvenir et du savoir, de l?histoire, de l?avenir. Nous sommes allés à la rencontre de quatre directeurs/créateurs de musées, Palmesh Cuttaree, du Musée du masque, Gaëtan de Chazal, pour le musée des maquettes de bateaux, Tristan Bréville, pour le musée de la photographie et Emmanuel Richon pour le musée du Dodo.
Si les sujets des musées sont des plus différents, ils partagent toutefois de nombreux points communs. A commencer par la valeur du musée. Le respect à ce lieu ou concept, destiné à tous, à ce qu?il présente et représente.
«Quand j?étais enfant, ma mère me traînait dans les musées. Pour un gamin, les tableaux ça ne bouge pas. Et puis un jour, quelqu?un a fait bouger les tableaux dans ma tête et j?ai compris l?univers qu?il y avait derrière. Je crois aux musées. C?est le seul endroit, où se trouve une culture commune. Le seul lieu ou tout le monde peut se retrouver», explique Emmanuel Richon.
Tristan Bréville poursuit. «Musée vient de muse, un mot magnifique, un musée c?est l?amour même des choses». Leur concept de musée est ne pas rester immobile. Un musée se doit d?être vivant, doit faire rêver, doit apprendre.
Palmesh Cuttaree l?a bien compris et s?apprête à prendre des cours de muséologie, pour pouvoir mieux réaliser son rêve d?un grand musée, user friendly, qui proposerait en plus de l?exposition de masques, de nombreuses activités culturelles. L?important, pour tous, est de mettre en lumière une partie de l?Histoire. L?histoire de pays, de peuples, de coutumes.
Gaëtan de Chazal, du musée des Maquettes de bateaux est intarissable dans son domaine. Il s?apprête à sortir un livre, Les navires et leur histoire, reprenant toutes ces histoires fabuleuses, souvent inconnues, qu?il ne se lasse pas de raconter aux visiteurs.
« Le musée présente l?évolution des bateaux à travers les siècles, ainsi que l?histoire de Maurice, à travers les bateaux qui l?ont visité. Beaucoup de découvertes ou de conquêtes ont été possibles grâce à Maurice. Par exemple, le navire hollandais Duyfken, qui sera en vedette l?an prochain en Australie, puisque ce navire a découvert l?Australie, en 1606, bien avant Cook».
Egalement bavard, Palmesh Cuttaree dont les yeux brillent lorsqu?il parle de sa collection. «Le musée compte aujourd?hui près de 200 masques. C?est une véritable incursion dans la culture d?un pays. C?est cela qui m?a passionné. Aujourd?hui, je fais aussi de la rénovation de masques. J?ai récemment travaillé sur un masque de l?Inde, le purullia, un masque de danse qui vient du Bengale de l?ouest et je m?apprête à rénover un masque funéraire du Gabon, de la tribu punnu. Et j?attends bientôt un masque esquimau».
Ils sont sur place, de temps à autres et ne manquent jamais l?occasion de faire eux-mêmes la visite et de discuter avec les visiteurs. « J?aime tellement parler de ma passion », s?excuse presque Palmesh Cuttaree. Pour Tristan Bréville, « j?accueille les gens comme chez moi et on parle».
Egalement bavard, mais dans un autre registre, Emmanuel Richon et Tristan Bréville, au sujet des problèmes que rencontrent les musées et de leurs nombreuses idées, toujours en attente. «Il y a des « Joconde », à Maurice, dont on pourrait faire de grandes choses. Je pourrais réaliser quatre musées, j?ai fait beaucoup de collection. Mais il manque de lieux», dit Richon.
C?est par manque de lieux que Richon a réalisé son Musée du Dodo, via Internet. C?est un musée virtuel, très bien fait, très documenté, et richement illustré, disponible en français, en créole et bientôt en anglais.
Idem pour Tristan Bréville, «J?ai plein d?idées. J?ai dix musées, qui attendent, comme le musée de l?imprimerie, de la pierre, de l?affiche ». En dehors du manque de lieux, d?autres problèmes se posent encore. Le musée de la photographie par exemple, est envahi par les termites. «Aujourd?hui la passion ne suffit plus à gérer un musée. Ce n?est pas facile», s?attriste Tristan Bréville.
Gaëtan de Chazal, de son côté, lutte contre les taxis. Son musée, qui compte près de 80 grandes maquettes des plus grands navires de l?histoire, a beau être le premier et le plus grand musée de maquettes de bateaux, il est de moins en moins visité. « Je ne donne pas de commissions aux taxis. Alors ils n?emmènent pas les touristes. Ce n?est pas normal».
Il y a beaucoup de choses à voir dans les musées comme il y a beaucoup de choses à revoir, à repenser dans le domaine. Mais ces problèmes ne sauraient altérer leur passion. Ils sont toujours présents et continuent de rêver et de faire rêver.
Publicité
Publicité
Les plus récents