Publicité
Une tendre aux airs de carmen
Ingrid Blackburn est le naturel personnifié. Quand elle se sent à l?aise, elle se livre sans faux-fuyant. A l?écouter, sa vie est faite de hasards. Participer à Miss Mauritius en 1998 n?était pas son idée mais celle d?un ami qui l?y a inscrite à son insu. Tout comme son nom a été soumis à Guy Lagesse par son enseignante de danse, Eva Dalais, lorsque ce metteur en scène recherchait la candidate idéale pour incarner le personnage de Carmen dans son adaptation de la célèbre ?uvre de Bizet.
En fait, l?aventure et l?inconnu en matière artistique ne sont pas pour déplaire à cette jeune femme de 27 ans. Question de personnalité, sans doute. En effet, à l?issue de ses études secondaires qu?elle voulait, dit-elle, terminer au plus vite, Ingrid n?a aucune envie de s?encroûter dans un bureau. D?autant plus qu?elle ambitionne secrètement de faire carrière en danse classique, discipline qu?elle pratique avec la danseuse émérite Jane David depuis qu?elle a 13 ans.
Mais pour faire plaisir à ses parents qui estiment, à l?époque, qu?une carrière artistique n?est pas digne, Ingrid prend de l?emploi dans une compagnie d?assurance où elle s?ennuie à mourir. «Il fallait me voir en tailleur et chaussures à talons, à parler primes d?assurance à longueur de journée. C?était pénible car je ne suis pas du tout bureaucrate.» Ingrid tient le coup six mois, pendant lesquels elle s?oxygène en jouant les mannequins lors de défilés au Sofitel Impérial, à Flic-en-Flac.
Et quand une amie lui propose de faire des défilés de promotion à Singapour, pour Air Mauritius et un tour-opérateur, Ingrid, qui n?a alors encore jamais voyagé, saisit cette opportunité. Elle démissionne. Une fois dans cette île du Sud-Est asiatique, elle découvre qu?il ne s?agit pas de défiler mais de danser le séga. Elle ne s?en formalise point. «C?était d?une certaine manière aller à l?aventure. Je n?avais jamais dansé le séga sur scène mais il n?empêche que j?étais fière de représenter mon pays». Elle se prête de bonne grâce au jeu et le fait toujours deux fois l?an.
<B>Dansez maintenant</B>
C?est au cours d?une de ses absences du pays qu?un ami soumet son nom aux organisateurs de Miss Mauritius. A son retour, elle est mise devant le fait accompli et entraîne deux autres copines, histoire de s?amuser et sans que l?idée qu?elle puisse en «tirer une couronne» ne l?effleure. Elle décroche pourtant le titre de Miss Talent dès le premier tour, après avoir exécuté une danse. Et au final, elle est choisie comme Miss Mauritius People?s Choice. Ce titre lui ouvre toutes grandes les portes des agences de pub. Elle fait aussi des photos pour le groupe Beachcomber, vantant notamment les mérites de ses spas.
En parallèle, Ingrid poursuit ses cours de danse. En sus du classique, elle s?essaie aussi au jazz moderne avec Eva Dalais. Au cours d?une promotion en Malaisie, elle tombe amoureuse d?un autochtone et demeure dans ce pays pendant presque un an. Les pressions de leurs deux familles finissent par avoir raison de cette relation. Ingrid rentre au pays retrouver son «soleil» et sa «plage de Flic-en-Flac».
<B> ?Elle est mon contraire? </B>
Elle reprend aussi ses cours de danse avec Jane David dans l?optique d?enseigner cette discipline. Avec sa s?ur Teresa, la prof de danse fait construire une Académie de Danse à Phoenix. Comme Ingrid éprouve des difficultés à réintégrer l?équipe des danseuses classiques et vu la rigueur que réclame cette discipline, elle suit le cours jusqu?à la fin, sans toutefois passer d?examen. Par contre, elle se donne à fond dans les cours de jazz moderne avec Eva Dalais. «J?aime son côté libre et non astreignant. Pour moi, c?est l?évasion totale.»
Depuis un an, Ingrid enseigne l?expression corporelle aux enfants de quatre à cinq ans et le jazz moderne à ceux âgés de sept à 15 ans au complexe Riverland de Tamarin. Jusqu?à l?année dernière, sa vie se répartissait entre ses déplacements professionnels, ses cours de danse, sa famille et son fiancé, Yovan Latour, instituteur au Lycée Labourdonnais. «Eva Dalais m?a fait savoir qu?elle avait soumis mon nom à Guy Lagesse qui auditionnait en vue de trouver la Carmen de son adaptation. Je me suis rendue au casting et le courant est bien passé entre nous. En une semaine, j?ai dû trouver une chorégraphie pour la chanson ?L?Amour est enfant de bohême?, que j?ai exécutée devant lui. La prestation a dû lui plaire car, parmi toutes les candidates, il m?a choisie.»
Si c?est l?idée de l?inconnu qui l?a séduite, Ingrid est intimidée par le fait qu?elle n?a jamais fait de théâtre de sa vie, même si elle répète depuis octobre dernier. Elle commence déjà à stresser.
«Je dois être en parfaite synchronisation avec le play-back, jouer le texte et me transformer, le temps des représentations, en Carmen. C?est une femme forte, orgueilleuse, un brin sauvageonne. Bref, elle est mon contraire. Mon plus grand défi est d?arriver à me fondre dans la peau du personnage.»
Le plus difficile, c?est jouer les scènes d?amour. «La première fois que Fabien de Commarmond, qui joue Don José, m?a embrassée, j?étais raide comme un piquet dans ses bras ! On s?habitue ensuite au gré des répétitions». Outre le fait que la pièce comprenne des danses, l?autre côté plaisant est qu?elle se déroule en plein air. «J?aime ce côté nature?» Pas étonnant pour quelqu?une d?aussi simple.
Pour voir si l?enseignante de danse qu?est Ingrid Blackburn passe la rampe comme comédienne, il suffit d?aller voir l?adaptation de Carmen de Bizet par Guy Lagesse qui se jouera du 13 mai au 1er juin au Café du Vieux Conseil.
Publicité
Publicité
Les plus récents