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Le premier regard d?Arnaud Daurat
Donner aux autres une image de son île natale, ?encore empreinte d?authenticité par ses métiers traditionnels et ses paysages paisibles.? Tel est l?objectif d?Arnaud Daurat, artiste photographe qui, pour sa première exposition, propose une quarantaine de photos, en noir et blanc, de format 30 cm x 40 cm, dont trois sur canevas, de format 2 mt x 70 cm et 1,20 mt x 90 cm, au Ruisseau Créole, à Rivière-Noire, le 30 avril et le 1er mai.
Arnaud Daurat est venu à l?art de la photographie presque par hasard. C?était en 1999. Pendant qu?il faisait ses études à l?île de la Réunion, il découvre au club photo de l?établissement qu?il fréquentait sa vraie passion pour cet art. Se faisant photographe-amateur en argentique noir et blanc, il se met aussitôt au travail, exploitant son environnement immédiat à l?aide d?un premier appareil.
?Cette attirance pour la photographie en noir et blanc, explique-t-il, m?est certainement venue des amis avec qui je partageais cette passion, de la magie du développement en bacs et de ma découverte des photographes de renom tels que Jean Loup Sieff pour ses nus, Edouard Steicken et sa fabuleuse exposition the family of Man, et Henri Cartier-Bresson.?
L?idée d?une exposition lui est venue suite à la constatation qu?il importe de laisser à ses enfants une trace de son île qui n?en finit pas de changer. En sillonnant celle-ci pendant plusieurs mois avec son Nikon FM-3, l?artiste a scruté, repéré et fixé sur pellicules les coins et recoins, les scènes, les vues et les paysages, à première vue ordinaires, mais recelant au fond une rare beauté que seule la sensibilité d?une âme comme la sienne peut saisir. Grand Gaube, Tamarin, Chamarel, la Tour Koenig, Mahébourg, Médine et Rivière-Noire sont autant de lieux qui s?offrent à nous dans le secret d?une dimension artistique que la puissance contemplative de son regard et son habileté à manier le déclic ont dévoilé.
C?est, dans l?ensemble, tout un choix des lieux à la splendeur naturelle et qui proposent toute une variété thématique, allant des activités liées à la récolte à celles de la pêche, des éclats de rire au bain, et de la mobilité d?une passante à l?attente d?un fidèle devant le temple, qui s?affiche à travers cette série de photos.
Le ?dhobi? photogénique
C?est aussi une invitation au visiteur à redécouvrir, à travers ce qui se donne comme une forme de chroniques picturales d?un voyage autour de l?île, les couleurs locales de celle-ci : des pêcheurs se reposant après une partie de pêche, ou grattant des poissons, ou encore sortant de l?eau avec leur canne à pêche en bambou, un coiffeur et sa ?case? traditionnelle, un ferblantier au bazar de Port-Louis, un coupeur de cannes en pleine action, des cueilleurs de mangues?
Dans sa quête de l?authenticité et par souci d?immortaliser les précieux objets de sa vision singulière, l?artiste photographe a su zoomer son appareil sur des occasions rares. Dans sa série de prises de vue, se trouvent ainsi d?impressionnants portraits des gens ordinaires dans leur simple apparence quotidienne. Du coup, un vieillard par-ci, un homme au chapeau par-là, un laboureur ou encore un ?dhobi?, tous se dévoilent photogéniques et majestueux.
Chaque instant même saisi est magique. Qu?il représente une arrière-cour, une ferme dans l?ouest, un coin des rues, un lavoir ou tout simplement un jeu des lumières dévoilant le contraste entre le ciel, le sable et la montagne, ou encore un jeu de miroir dans le reflet des salines. Dynamique et vivant certes, mais reposant et relaxant aussi, comme le suggèrent douceur de vivre et le temps d?une cigarette.
Si les photos d?Arnaud Daurat sont une fenêtre sur notre vie insulaire, c?est parce qu?elles parviennent à révéler avec éclats la force qui anime les choses naturelles mais qui, en temps normal, échappe à notre regard. Du reste, saluons l?arrivée dans le milieu artistique locale de ce jeune artiste photographe qui affiche déjà un avenir prometteur, même si l?avenir de la photo argentique noir et blanc, il ne le voit pas du tout en rose. ?L?avenir semble très compromis du fait qu?à Maurice le développement en chambre noire reste marginale et que le numérique soit de plus en plus populaire?, affirme-t-il.
Mais une chose est sûre, l?artiste ne s?arrêtera pas là : ?Mon nouveau défi sera d?essayer le développement à la gomme bichromatées, car ce procédé très particulier donne des résultats saisissants.? A suivre donc.
Les photos seront visibles au Ruisseau Créole, Rivière-Noire, le 30 avril de 10 heures à 17 heures et le 1er mai de 10 heures à midi.
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