Publicité
Sauvons la campagne
La mécanique de la campagne électorale a des cahotements déjà. Très souvent, lors de leurs sorties publiques, les politiciens se contentent de se lancer des invectives. Les intervenants aux meetings régionaux ou autres réunions de quartier appelées ?congrès? préfèrent les propos injurieux à l?argumentation sérieuse. Or, pour donner un autre ton à la campagne, il suffit que la télévision repense son rôle.
Les discours seront infiniment plus utiles à l?électeur si les plateaux de télévision venaient à remplacer les caissons de camion. Dans un studio de télé, les politiciens débattent. Ils n?ont pas à haranguer. Non seulement les risques de dérapage sont alors réduits, mais les échanges sont centrés sur les vrais enjeux de l?avenir.
La télé peut transformer la campagne. Au lieu de dénigrer, diffamer, calomnier et insulter, les politiciens vont devoir étayer leurs interventions par des propositions concrètes et chiffrées pour convaincre. Ils respecteront l?intelligence de l?électeur et la campagne n?en sera que plus saine.
Il est étonnant que la campagne de 2005 ne s?annonce guère différente des précédentes alors qu?on ne cesse de nous dire que Maurice est entrée dans l?ère des technologies de l?information et des communications (Tic). Les affiches légales ou illégales qui ont été placardées à travers le pays et les réunions nocturnes qui mobilisent jusqu?au sommet de la direction politique du pays font toujours partie de notre folklore électoral.
Certes, cette fois encore, il y aura des émissions dites politiques en fin de campagne pour donner l?occasion aux politiques de faire leur propagande en l?absence de tout contradicteur. Mais ce n?est pas ce type d?émission qui aidera l?électeur à faire un choix éclairé. Les responsables du service public de l?audiovisuel le savent mais, prudents, ils n?oseront pas organiser des face-à-face entre les ministres sortants et leurs challengers directs. C?est plus périlleux que les conventionnelles ?émissions politiques?. Décidément, notre apprentissage de la démocratie est encore incomplet.
Pourtant, ce ne sont pas les thèmes de discussion qui manquent. Steven Obeegadoo, défenseur de la démocratisation de l?enseignement, et James Burty David, dont le parti prône le retour à l?élitisme, pourraient bien engager un débat de haut niveau sur la réforme éducative. Pravind Jugnauth et Rama Sithanen pourraient nous expliquer pourquoi ils sont aux antipodes en ce qui concerne la ?duty-free island?. Pradeep Jeeha, qui croit aux chances de décollage de la cyberindustrie, et Sarat Lallah, dont le leader avait qualifié la cybertour d?éléphant blanc, pourraient confronter leur vues si divergentes sur le sort des Tic. Même un débat entre les leaders des deux principales alliances, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam, est envisageable dès lors que la MBC accepte de l?organiser selon les conditions dictées par le travailliste.
Il y a peu de moyens plus efficaces que la télévision pour épargner au pays une campagne électorale envenimée. C?est le média le plus accessible et il est aussi le plus apte à transmettre fidèlement un message politique. Un débat contradictoire à la télévision n?autorise pas les raccourcis mensongers et les manipulations qui sont monnaie courante aux meetings et autres congrès.
Le paradoxe est de taille : tandis que nos politiciens sillonnent le pays pour marteler leurs messages, nous souffrons d?un déficit de débat sur le fond des orientations nationales.
Publicité
Publicité
Les plus récents