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Samoda : « Mo finn touy mo zanfan »
«Mo fine fer ene murder? » Samoda Vyapooree se répète à trois reprises au préposé du poste de police de Bel-Air-Rivière-Sèche. L?officier hoche la tête, pensant avoir affaire à un illuminé.
Dans ce coin du district de Flacq, c?est le folklore perpétuel. Les gens viennent rapporter tout et n?importe quoi. Celui-là s?entête : « Alle guet dan mo lakaz mo dir ou? » L?individu semble être sous l?influence de l?alcool et campe sur sa position. Il interpelle alors un membre de la brigade criminelle qui passe, et lui rappelle qu?il l?a déjà arrêté.
Le détective se souvient vaguement de lui. Il l?interroge sur le but de sa visite. Le maçon de trente-deux ans lui révèle qu?il vient de commettre une atrocité, ce vendredi après-midi, dans sa cabane située à des kilomètres, à Olivia.
« Mo fine touye mo zanfan » lâche-t-il aux agents glacés par cette déclaration très inhabituelle. Le surintendant Suresh Rampersad et l?inspecteur André Pierre-Louis de la division se rendent aussitôt à l?endroit indiqué.
L?homme a dit vrai. Le corps ensanglanté d?un jeune enfant, enroulé dans un drap, dont seul le visage est visible, est découvert sur le lit. Le petit est sans vie et porte de vilaines blessures à la tête. Pourquoi s?est-il acharné ainsi sur son propre enfant, âgé de trois ans ? Samoda baisse les yeux et raconte l?incroyable. Il voulait éliminer Anabelle, sa femme de vingt-six ans, mais s?est vengé sur son fils, Alexandre.
Originaire de Bonne-Mère, il l?a épousée il y a sept ans. Pour elle, il a changé de nom. De Seeneevassen pour l?État civil, il s?est fait appeler Patrick.
Ils se sont installés sur le crown land d?Olivia, à côté de la cité CHA, non loin du domicile parental d?Anabelle.
Deux enfants naissent de leur union. Céline, six ans, et Alexandre. Sa vie de maçon ne peut nourrir sa famille. Anabelle prend alors de l?emploi dans un call centre de la région.
Anabelle, ayant un travail décent, entend qu?il en fasse de même. Mais lui a arrêté ses études en Form II tandis qu?elle, elle a terminé son School Certificate. Que peut-il espérer d?autre comme travail ? Samoda ramène des sous quand il trouve du travail, au grand déplaisir d?Anabelle. Elle le met au pied du mur. Elle le quitte finalement il y a sept mois et s?installe avec ses deux enfants chez son père, Francis Marie.
<B>Samoda est hors de lui</B>
Samoda tente de recoller les morceaux. Rien n?y fait. Le 1er janvier, il est parti lui souhaiter une bonne année et lui a demandé quand elle comptait rentrer avec lui. Mais pour elle, il est encore ce pauvre type qui se montre violent quand il abuse de la bouteille ou de « l?herbe ».
Les semaines ont passé et il se rend compte qu?Annabelle fréquente un ami français plus qu?il n?en faut. Il est blessé dans son honneur. Dire qu?elle l?a rencontré au travail. L?étranger est déjà venu au domicile conjugal une fois, et il rend maintenant visite à Anabelle chez son père. Ils sortent souvent le soir. Il n?en faut pas davantage pour mettre Samoda hors de lui.
La nuit, il n?arrive pas à fermer l??il. Il voit le Français avec sa femme.
Il enrage. L?éliminer serait une solution. Pourquoi ne pas faire d?une pierre deux coups en les tuant, elle et son Français ? Samoda ne veut pas que sa femme et ses enfants s?installent ou suivent cet homme dans son pays.
<B>Il dresse un plan machiavélique</B>
Durant toute la semaine, il les épie, les suit. Il allait passer à l?acte mardi, mais Annabelle n?est pas partie au travail. Le lendemain, il reste aux aguets mais Hennie vient déjouer son plan : l?île est en alerte deux.
N?étant pas parvenu à l?assassiner, il songe aux alternatives qui s?offrent à lui. Il dresse un plan machiavélique.
S?il ne peut la tuer, il la fera souffrir pour le restant de ces jours ? Il veut, cette fois, tuer Céline et Alexandre.
Vendredi, Samoda espionne Anabelle et sa famille. Il sait qu?elle se rendra à la cérémonie du Vendredi Saint dans le cadre de Pâques. Céline est partie à l?église. Alexandre, trop jeune, a été confié à une voisine.
Ne déviant pas de ses sombres desseins, Samoda vient le chercher. La voisine ne s?en méfie pas ; il a l?habitude d?emmener son gosse à la tabagie du coin pour lui acheter des douceurs.
Samoda lui a bien offert des gâteaux, mais il l?a emmené dans sa cabane, il l?a plaqué au sol avec un instrument de travail avant de le frapper rageusement avec un morceau de bois. Ressemblant à une batte de base-ball, cet objet lui sert à achever les « tang » ? les tanrecs.
« Kan line arret bouzer, lerla mone arreter. Lerla mone conner line mort. Lerla mone al rane mo lecorps la polis », dira l?assassin qui a agi de sang-froid.
Alexandre a eu le crâne écrabouillé. Il est mort d?un « crushed fracture of skull with brain lacerations », selon le constat du médecin légiste Satish Boolell.
Samoda est parvenu à ses fins. Anabelle est anéantie.
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