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D?un monde à un autre
Les moins alarmistes, les plus modérés le disent. La tendance à la surdramatisation est due à un contexte précis. En période de campagne électorale, il y a effectivement la tentation de grossir les faits. Les affaires épisodiques qui secouent la MCB ne sont certes pas banales. Mais au lieu de s?engouffrer dans l?événementiel, dans la réalité journalistique, policière et politique des choses, il serait plus approprié de faire remonter à la surface l?essence de ce que nous sommes en train de vivre.
Pour nombre de Mauriciens, on vit déjà à l?heure de la société de consommation. On serait déjà dans le consumérisme et le matérialisme à tous crins.
Il n?en est pourtant pas si sûr. Les visiteurs qui nous viennent d?Occident s?émerveillent toujours de ce pays qui est réglé selon les pratiques du monde ancien, à la limite champêtre, et des modes de vie empreints de conventionnalisme.
Ils voient le Mauricien tiraillé entre modernité et tradition. Entre ce qu?il n?est plus et ce qu?il a peur d?être.
D?une part, il y a la nostalgie de l?utopie d?une société juste et équilibrée. D?autre part, il y a cette réalité qui nous assaille avec son lot de discriminations et d?inégalités. Des paradoxes anciens, on avance vers une « doxa » nouvelle.
Les lois changent. Pas nécessairement les habitudes. Le légalisme est contraignant. La révolte est passéiste.
Dans les faits, au plan institutionnel et à celui des attitudes, la société mauricienne évolue effectivement vers d?autres modèles. Avec la MCB, on atteint un point culminant de cette transition. Lorsqu?une société se modernise, un certain nombre de ses citoyens s?accrochent aux valeurs passées. D?autres se dandinent entre deux univers. Une petite poignée fait le pari incertain d?un avenir commandant des changements profonds.
Au plan politique, on vérifie cette ambivalence. Après avoir annoncé une politique de réformes tous azimuts, le gouvernement actuel a dû affronter la pression des forces du statu quo, sans véritablement profiter du soutien de ceux qui veulent le mouvement. La volonté est ainsi apparue velléitaire. Le processus a certes été enclenché, mais le chemin parcouru est nettement insuffisant.
Cela, le pouvoir en place en est conscient, mais il ne va pas admettre sa faiblesse face aux corporatismes et aux champions de l?immobilisme. Autant vendre un bilan même s?il est incomplet?
L?actualité politique n?est pas la seule à reproduire de tels dysfonctionnements. Au sein de la cellule familiale également, une rupture générationnelle s?opère entre les jeunes adeptes de la culture cyberespace et les garants d?un ordre moral convenu. Il ne s?agit pas d?opposer les deux, mais de prendre conscience d?un tiraillement. De réaliser qu?il y a des discours qui ne parviendront jamais jusqu?à leurs destinataires parce que la symbolique de l?alphabet a changé. Comme pour tant de sujets sensibles, on fait l?impasse sur la nécessité de prendre la pleine mesure d?un problème? jusqu?à ce qu?il enfle au point de devenir ingérable.
Au sein des religions se met aussi en scène un enjeu important. Ceux qui se font le plus entendre trahissent un sentiment d?insécurité. Alors on s?accroche au symbole du pouvoir politique comme on l?a toujours fait. À ce niveau, on a toujours fonctionné sous le mode du chantage. Cela n?est pas prêt de changer. Quant aux héros de la laïcité, ils commencent à perdre foi. L?État mauricien tarde trop à passer à l?âge adulte. Et le nombre de frustrés ne cesse de grandir.
C?est surtout au niveau des institutions que se vérifient les oppositions de styles et de pratiques. De l?Icac aux corps publics en passant par les institutions bancaires, les règles sont en train de changer. On sort de notre insularité. On se doit de s?inscrire dans une certaine globalité. Les hommes avaient pris l?habitude de fonctionner d?une certaine manière. D?autres modes de fonctionnement s?imposent.
Ce sont des phases de transition. C?est le passage d?un monde à un autre.
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