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La vie au-delà des barreaux
LINDSAY AZA, PRESIDENT DE L?ASSOCIATION GROUP ÉLAN
« Il faut responsabiliser les anciens détenus »
Vous qui avez appartenu à ce monde durant quelques années, pouvez-vous nous parler de l?univers carcéral ?
J?ai connu à une époque, de sérieux problèmes de drogue et d?alcool. C?était en 1993, j?étais supporting staff à l?IVTB, mais il y avait un police case contre moi. C?est au moment où j?ai été suspendu de mes fonctions que je me suis enlisé davantage dans la drogue et l?alcool.
Et à la fin de l?année 1993, j?ai fait un accident. Comme je connaissais beaucoup de monde dans le domaine du social ? depuis enfant je participe aux activités de ces mouvements ? j?ai pu suivre en 1994, un programme de réhabilitation pendant onze mois au Centre résidentiel de solidarité. Après avoir entendu mon jugement où j?ai été condamné à trois ans de prison, j?ai été détenu pendant 17 jours dans trois prisons différentes, à Beau-Bassin, Petit-Verger et Grande-Rivière. Puis, j?ai fait appel. En attendant, j?ai continué mon programme au Centre de solidarité à raison de trois jours par semaine, après le travail. Quand celui-ci s?est terminé en 1996, j?ai continué à aider les animateurs du centre. J?en suis moi-même devenu un pendant un an, jusqu?à l?annonce de mon jugement en 1998, qui me condamnait à purger une peine de trois ans. L?univers carcéral est un monde mystrant. La première chose qu?on ressent en rentrant, c?est un choc et une profonde déception. Et pendant six mois je n?arrivais pas à accepter cet environnement. On vous regarde, on vous pose des questions, on vous juge. Personne ne m?avait parlé des règles à suivre au sein de la prison, et quand je faisais des choses qu?il ne fallait pas, on me ramenait à l?ordre et je ne comprenais pas pourquoi. Entre les détenus, l?esprit est assez mesquin. Au lieu d?aider le nouveau à comprendre les règlements, ils prennent souvent un malin plaisir à l?induire en erreur, sachant bien qu?il sera puni pour avoir failli aux normes.
Qu?est-ce qui vous a poussé à changer d?attitude pendant que vous étiez encore en prison ?
C?est la rencontre avec une de mes connaissances après les premiers six mois de détention, qui a été à l?origine de mon changement d?attitude.
Au début, j?étais très renfermé sur moi-même, je ne parlais à personne. Je mangeais à peine, une tasse de thé et deux pains secs par jour me suffisaient.
Cet autre détenu qui en était à sa cinquième ou sixième année sur une condamnation de 22 ans, m?a dit que si je continuais ainsi, je ne m?en sortirais jamais. Cela a provoqué en moi un déclic. Alors que j?avais passé six mois à survivre, j?ai commencé à vivre ! J?admirais cet homme qui avait encore une quinzaine d?années à purger et qui avait malgré tout une attitude positive. J?ai alors frappé à la porte du centre Lotus, qui est un centre de réhabilitation pour toxicomanes, situé dans la prison. J?ai pris part au programme outdoor qui comprenait des causeries, des séminaires, des discussions, des débats. Vu que j?avais acquis de l?expérience quand j?étais au Centre de solidarité, j?ai partagé mes connaissances, mais j?ai aussi appris beaucoup de choses. À partir de là, je me suis senti concerné, utile. Il y avait un réel échange entre les autres et moi.
D?où vous est venue l?idée de créer l?association Group Élan ?
Durant les nombreuses causeries au sein du centre Lotus, j?ai rencontré Mahen Neelia qui animait des positive thinking sessions. Un jour, durant une session dont le sujet était « comment garder un esprit positif même si on doit affronter le regard de la société », il y a eu un grand débat avec 40 autres détenus. Nous avons beaucoup parlé et c?est là que l?idée nous est venue. On voulait d?une association qui aiderait les anciens détenus en les encadrant, pour qu?ils puissent se réinsérer dans la société. Quand le ministre de la Sécurité sociale, Samouillah Lauthan, est venu parler au centre Lotus pour animer une autre causerie, je lui ai fait part de mon idée. Il l?a très bien accueillie et m?a poussé à aller de l?avant. Il me disait toutefois que l?initiative devrait venir d?un ancien détenu et qu?il m?aiderait à réaliser mon projet. À ma sortie, je voulais par-dessus tout concrétiser mon idée. Je suis allé voir Mahen Neelia, mais il n?était pas à Maurice. Je suis allé directement voir le ministre qui m?a encouragé. Puis, je suis allé voir mon ami Danny Philippe qui s?occupe de la prévention au Centre de solidarité et Cadress Rungen, un infirmier et un des pionniers du centre Lotus. J?ai aussi reçu beaucoup de soutien de la part de ma famille. Ces personnes avaient déjà créé une association du nom d?Élan pour les anciens toxicomanes, mais elle ne fonctionnait pas vraiment. Avec eux et Joe Ah Thoon, responsable du Centre d?accueil de Terre-Rouge, on a commencé à se rencontrer et à parler. Au début, c?était dans la cour du Plaza, et après nous avons eu une place dans le garage du Centre de solidarité. C?est à ce moment qu?est né ce qu?est le Group Élan.
Quels sont ses objectifs ?
Cette association dont nous avons redéfini les objectifs, a été lancée officiellement le 7 août 2001, à la galerie Max Boullé. Nos objectifs sont la réinsertion des détenus, le soutien aux anciens toxicomanes, le combat pour l?obtention d?un certificat de moralité afin de ne pas être condamné à vie, l?accompagnement en tant qu?intermédiaire et facilitateur pour aider les anciens détenus à retrouver du travail, l?appel à l?opinion publique pour combattre les préjugés envers les détenus à travers la presse, les débats et les causeries ciblées et enfin, l?aide pour rétablir et entretenir les liens entre les détenus et leurs familles. Nous pouvons déjà tirer un bilan honorable de nos quatre années d?existence : 360 anciens détenus sont toujours en contact avec nous. Nous avons accompagné une quarantaine de personnes pour les aider à trouver du travail, malheureusement, dix d?entre elles ont rechuté. Dix patrons de différentes entreprises ont accepté de faire confiance à des ex-détenus, et leur ont donné du travail. Aujourd?hui, nous pouvons citer plusieurs cas d?anciens détenus qui ont réussi à se réinsérer dans la société, et ont reconstruit une famille. Il y en a même qui ont des postes où ils assument de grandes responsabilités. Il faut faire confiance à ces ex-détenus afin de les guider dans leur avenir. Il faut également les responsabiliser et leur faire prendre conscience qu?ils doivent assumer leur nouvelle vie.
« Aujourd?hui, nous pouvons citer plusieurs cas d?anciens détenus qui ont réussi à se réinsérer dans la société.»
ASSOCIATION « KINOUETE
Née en 2001, cette association a pour but de créer un espace de parole et d?écoute pour les détenus au sein de la prison. Dirigée par Sophie de Robillard, elle veut grâce à diverses activités assurer une réinsertion positive et une réintégration progressive dans la communauté. Ce nom Kinouété a été proposé par une ancienne détenue et traduit le sentiment qui a été le sien quand elle a redécouvert qui elle était vraiment. Les objectifs sont de mener les détenus vers une meilleure compréhension d?eux-mêmes grâce aux conseils et aux thérapies de groupe à l?intérieur d?institutions correctionnelles. Elle veut aussi réaliser une réinsertion positive dans la société grâce aux connaissances et aux aptitudes acquises dans les ateliers de travail. Aujourd?hui, avec un pied à terre bien réel, Kinouété peut recevoir ces personnes dans le besoin, et leur offrir des services réguliers dans un environnement sûr, non-violent, et à l?abri de toute forme de drogue. L?association continue à assurer un service dans les prisons, par exemple, le mercredi de 9 h 30 à 15 h 00, à la prison de Beau-Bassin.
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