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Voix et musique de femmes
Le calendrier tremble. Les vents cycloniques le font s?envoler. Reste le temps, incertain. Et ce rendez-vous prochain donné à Véronique Zhuel-Bungaroo et Jade Bablee Pandhoo, les deux musiciennes professionnelles mauriciennes, qui accompagneront, le 1er et le 6 avril, les célèbres Archets de Paris.
L?échéance arrive à grand pas, surtout pour la soprane Véronique Zhuel-Bungaroo, qui, hier encore, présentait un mal de gorge. Mais c?est pleine d?entrain et très énergique qu?elle s?apprêtait à rejoindre la violoniste Jade Pandhoo pour une répétition d?un morceau du compositeur Saint George. Un air d?opéra qu?elles ont découvert toutes les deux. «Saint George, je ne connaissais pas vraiment. ça me rappelle un peu Mozart,» dit Jade, posément, sérieusement. Même son de cloche chez Véronique Zhuel. Mot pour mot.
«Les Archets de Paris ne sont pas n?importe qui, ce sont de grands solistes qui donnent des concerts tous les jours,» poursuit la violoniste. Alors la prof de musique apprend. «Je travaille la journée et je n?ai que le soir pour répéter?, poursuit Jade, sérieuse, ?et les jours de cyclone,» plaisante-t-elle. Dans les hauteurs de Belle Rose, où elle habite Jade Pandhoo nous raconte son parcours. Chose rare, elle n?a pas grandi dans une famille de musicien et a commencé le violon «très tard, comme ça».
<B>Passion et dévotion</B>
Un peu par harsard, un peu par passion. «J?ai commencé à jouer avec M. Sawman et j?ai continué. Le conservatoire a ouvert ses portes, j?ai été admise à l?examen de la Royal School of music, reçue avec distinction». L?artiste de la famille a pu s?envoler de Maurice grâce à son art. Remarquée par deux professionnels français venus au conservatoire de Maurice, Nicolas Slusniz et Adèle Auriol, elle a un jour atterri en France, près de Paris, à Saint Germain en Laye où elle a conjointement suivi des études musicales en anglais et français.
Le diplôme en poche, elle parcourt l?Europe de concert en concert, le plus souvent en Allemagne. « Mais je n?étais pas faite pour être concertiste. Je voulais plutôt être professeur, dit-elle. J?adore enseigner, si je n?enseigne pas il me manque quelque chose. J?ai besoin de partager.»
Impossible d?enseigner en revanche pour Véronique Zhuel- Bungarro. La voix retrouvée, elle explique avec humour, que lorsque l?on enseigne on fatigue ses cordes vocales. «Et puis j?aimerais avoir plus d?expérience avant d?enseigner,» ajoute-t-elle.
Véronique Zhuel-Bungarroo est bien connue du public mauricien. La soprane mauricienne est tombée dans la musique et l?art lyrique toute petite. « Je ne me souviens pas avoir été dissociée de l?art lyrique». Elle a fait ses classes au conservatoire de Maurice avant de se perfectionner en Angleterre. Elle s?est aussi essayée au British Youth Opera et a acquis une grande expérience en se produisant en Europe, notamment avec l?European Chamber Opera et en tournée en Angleterre.
En 1999, elle est rentrée à Maurice et poursuit conjointement sa carrière musicale et son rôle de maman. Elle peut au moins vivre de son art et parcourt l?océan Indien, pour chanter lors de mariages, concerts classiques ou évènements spéciaux et à La Réunion où elle suit toujours des cours de chants, avec Bernard Thomas.
«J?ai un peu délaissé les concerts et restreint mon répertoire pour mieux approfondir la technique. Aujourd?hui, avec le concert de Saint George, je me rejette à l?eau. On répète depuis un mois mais on attend les artistes pour vraiment sentir la musique», dit-elle, toujours avec un sourire dans la voix.
Son mal de gorge est passé, la pluie a cessé. Le cours du temps a repris momentanément, avant le concert du 1er avril, qui aura lieu à l?Eglise de Rivière Noire.
<B>OÙ ET QUAND ? </B>
Les Archets de Paris, accompagnés de la soprane mauricienne Véronique Zhuel-Bungaroo et de la violoniste mauricienne Jade Bablee Pandhoo seront en concert à Maurice le 1er avril, à l?Eglise de Rivière Noire à 20 heures et le 5 avril à l?Eglise de Pamplemousses, également à 20 heures. Ils interpréteront les ?uvres du compositeur Saint George. Les billets seront en vente chez Otayo, tél: 466 99 99. Prix des billets: Plein tarif Rs 275, tarif adhérent Rs 175, tarif enfant: Rs 175.
<B>Le Rotary Club fête ses 100 ans en Musique</B>
Le Quatuor de Vienne, String Quartet, dont les musiciens font partie de l?Orchestre Philharmonique de Vienne, sera en concert à Maurice au Centre Indira Gandhi de Phoenix le 8 avril à 20 heures. Leur venue marque les célébrations entourant le 100e anniversaire de Rotary International et du 40e anniversaire du Rotary de Port-Louis.
Les places seront numérotées. Tarifs, Rs 275, adhérents Otayo Rs 175, enfants Rs 175. Les recettes du concert iront aux différentes actions du Rotary Club de Port-Louis.
?La musique de Saint George est plus audacieuse que celle de Mozart?
<B> Vous êtes président de l?association Le Concert de Monsieur de Saint George. Comment avez-vous découvert ce compositeur ? </B>
Je ne suis pas que président de l?association, mais aussi son biographe. Mon livre, Monsieur de Saint George, édité en France chez Actes-Sud et aussi aux Etats-Unis, ce qui donne la mesure de l?intérêt que suscite ce personnage hors du commun.
Je l?ai découvert grâce à Mozart. C?est en m?intéressant aux diverses influences qui avaient contribué à forger l?oeuvre de ce génie que j?ai approché la musique de Saint George.
<B> Qu?est-ce qui vous a le plus intéressé, sa musique ou le personnage mystérieux oublié? </B>
Chronologiquement, mon premier intérêt a porté sur sa musique et notamment sur ses concertos pour violons qui m?ont semblé plus audacieux que ceux de Mozart. Peu après, j?ai commencé à me familiariser à sa vie très romanesque et je me suis efforcé d?exhumer un maximum d?indications sur ce que fut cette vie. Il est, dès le XVIIIème siècle, un symbole d?intégration et de réussite sociale. A ce titre, il déchaîne jalousies et haines. Il réussit son intégration d?abord en raison de ses talents multiples, mais aussi parce qu?il sait les mettre au service de la société.
<B>Quelle est la particularité de son ?uvre ? </B>
Son oeuvre est riche de 215 compositions très variées : musique de chambre (sonates, quatuors, romances pour voix et piano), concertos, opéras, etc. Son oeuvre se caractérise par une grande expression sentimentale. Même ses concertos pour violon et ses quatuors racontent des histoires.
A ce titre, il correspond totalement au surnom que lui avait donné l?abbé Grégoire : le Voltaire de la musique. On est, avec Saint George assez loin des compositions savantes qui avaient marqué la première moitié du XVIIIème siècle. Il est à la musique ce que Watteau, Bouchet et Greuze sont à la peinture.
Sa musique évoque plus les jardins à l?anglaise de la fin du siècle des lumières que les jardins à la française de Louis XIV. Elle est pleine de joie, de surprises, de canailleries un peu polissonnes.
<B>Contemporain de Mozart, on retrouve beaucoup de sonorités jumelles, peut-on lier ces deux grands musiciens ? </B>
Mozart et Saint George sont indéniablement les produits d?une même période et d?échanges communs dans un Paris qui était un creuset musical dans lequel se sont retrouvées moult influences : de l?Europe du Nord avec Grétry et Gossec, d?Autriche-Allemagne avec Haydn, Gluck et Stamitz, d?Italie avec Sacchini, Boccherini, Pergolese, Viotti etc.
Mozart a emprunté à Saint-George le sens du ?chant?, de la mélodie. Comme Saint George avait, aussi, emprunté à Stamitz, aux Italiens et à Gossec, la boucle est bouclée.
<B>Comment le public accueille-t-il ce compositeur aujourd?hui ? </B>
Le public est d?abord mu par une certaine curiosité à l?égard du personnage étonnant que fut Saint George et adhère à un projet qui fait de Saint George le symbole de la résistance aux préjugés racistes. La musique de Saint George parle : elle s?adresse aux sentiments. A ce titre, elle soulève les foules.
<B>Il était adulé au 18ème siècle en France comme à l?étranger, comment son ?uvre a-t-elle subitement disparu ? </B>
D?une part, après le rétablissement de l?esclavage, Saint George a été ?radié? des répertoires car il aurait été, alors malséant d?estimer qu?un homme à la peau noire ait pu être doté de dons artistiques. Les changements de mode ont fait le reste : la musique à consonance ?mozartienne? a quasiment disparu des répertoires au XIXème siècle.
<B>Est-il le premier et le seul métis de cette époque à s?être distingué dans le domaine musical ? </B>
Un autre métis a connu la gloire à cette époque : Bridgetower qui a vécu d?abord en Pologne puis à Londres. Il a très peu composé.
En revanche, il était connu comme un virtuose. C?est d?ailleurs à lui que Beethoven destina sa fameuse ?sonate à Kreutzer?. Kreutzer ayant lui-même interprété des oeuvres de Saint George (notamment une symphonie concertante pour trois violons), il serait amusant d?apprendre que Bridgetower a joué du Saint George. Les deux hommes ont dû, en tout cas, se rencontrer à Londres.
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