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«Il ne faut pas devenir une nation d?assistés»

26 mars 2005, 00:00

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Une chose assez singulière cette année : les centres communautaires ont été envahis avant même l?alerte cyclonique. Comment expliquez-vous cela ?

Cela est dû au fait que, dans sa sagesse, le gouvernement s?est réuni bien avant et, vu que Hennie a été précédée de beaucoup de pluies, les conditions d?habitation de certains Mauriciens étaient vraiment précaires. Le gouvernement a alors prévu que les centres de refuge soient mis à la disposition du public plus tôt. C?était une bonne décision dans la mesure où d?éventuels incidents graves ont pu être évités.

Justement ces conditions précaires dont vous parlez. En 2005, dans la cyberîle, les gens vivent toujours dans de telles conditions ? Comment, pourquoi ?

Il y a deux facteurs, je pense. Les endroits les plus affectés se trouvent surtout dans les faubourgs de Port-Louis. Il n?y a rien d?exceptionnel puisque nous avons eu une concentration d?eau dans un très court laps de temps. La terre ne pouvait plus contenir l?eau et elle a débordé. Et puis, il y a des maisons qui ont été construites de manière chaotique, des constructions sauvages pour lesquelles, il faut le dire, ces personnes n?ont pas de permis. Cela étant dit, le problème reste entier et il faut trouver des solutions. J?ai parlé à certaines de ces personnes jeudi et il faut décider de la marche à suivre, s?il faut les reloger ou renforcer ces constructions. Je ne suis pas expert mais il faut mener une enquête et voir comment remédier à la situation. Sinon, au prochain cyclone, ce sera la même chose.

Reloger ? Aux frais de qui ?

Je ne sais pas si on va reloger. Il faut étudier la question. Mais c?est une possibilité. Je pense ici aux habitants de Mare-Chicose qui ont choisi le relogement. Mais, bien évidemment, si relogement il y a, c?est clair qu?il y aura des coûts et chacun devra assumer ses responsabilités.

Vous parliez de concentration de pluies. Mais il semble que les pauvres en ont souffert le plus. Avons-nous un problème par rapport à la gestion des personnes vulnérables dans ce pays ?

Je dis toujours que, pour comprendre la situation actuelle, il faut retourner quelques années en arrière. Depuis 2000, le Trust Fund a aidé 85 000 personnes. Posons-nous la question : que se serait-il passé si nous n?avions pas aidé ces 85 000 personnes ? Le travail est en train de se faire petit à petit. Il y a des maisons qu?on appelle des Firinga type houses que nous construisons et les gens paient un loyer très bas et éventuellement ils en deviennent propriétaires. A Karo Kalyptis, nous avons réussi à faire bouger 56 personnes. J?ai pris l?engagement de raser Karo Kalyptis d?ici six mois. Si ces personnes étaient toujours dans cet endroit insalubre, il y aurait eu des morts. Ce travail ne se fait pas du jour au lendemain.

<I>«Si relogement il y a, c?est clair qu?il y aura des coûts et chacun devra assumer ses responsabilités.»</I>

C?est clair mais quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Il y a certaines personnes qui ne veulent pas faire des compromis, qui ne veulent pas respecter des critères de base, qui ne veulent faire aucun effort. Beaucoup croient que tout leur est dû. Malheureusement, cela ne marche pas ainsi.

Et que se passe-t-il dans ces cas ? Qu?arrive-t-il à ces gens ?

Il faut les prendre par la main et les accompagner à la Sécurité sociale pour qu?ils se procurent une carte d?identité, ou à l?état civil pour un acte de naissance. Il y a certains qu?il faut assister pour qu?ils jurent un affidavit. Quand on fait ça, cela prend le temps que ça prend. Malheureusement, cela se fait au compte-gouttes.

Mais ces personnes ne travaillent-elles pas ?

Beaucoup travaillent mais ils vivent de petits métiers et ils n?ont pas de source de revenus fixes et donc pas de fiches de paie. Pour avoir des maisons Firinga, ils doivent prouver qu?ils ont un revenu parce qu?ils doivent payer tous les mois pour que la maison leur appartienne finalement. C?est quand ces personnes ne peuvent justifier un salaire régulier que le Trust Fund intervient à travers la NHDC. Nous recommandons ces personnes, nous leur faisons confiance mais il faut qu?ils nous donnent raison, qu?ils justifient cette confiance. Nous ne sommes pas là pour faire la charité.

Non ? Si ce n?est pas la charité, que fait le Trust Fund ?

En tout cas, pas de charité ! Je suis contre ce principe. Nous aidons les gens mais s?ils ne font pas d?efforts, nous ne pouvons continuer. Est-ce que Maurice ambitionne de devenir une nation d?assistés ? Le drame, c?est que les gens ne veulent pas assumer leurs responsabilités et sont les premiers à montrer du doigt les autorités.

Mais vous construisez aussi des maisons pour des gens ? Gratuitement ?

Oui. Mais ce n?est que dans des cas exceptionnels. Nous aidons les gens. Quand une personne n?a vraiment rien, nous construisons une petite maison en bois gratuitement, nous donnons des machines à coudre aux gens, nous aidons les élèves. Mais, dans tous ces cas, ils doivent aussi faire leur effort.

Vous êtes donc satisfait que le Trust Fund fait ce qu?il y a à faire ?

Tout à fait. Ce qu?il ne faut pas oublier c?est que ces problèmes existent depuis longtemps. Je ne vais pas faire de la politique mais, dans le passé, le Trust Fund, qui existe depuis 1995 et qui avait un budget de Rs 500 millions, n?a dépensé que Rs 25 millions de 1995 à 1999. Ce sont des faits. L?argent était là mais il dormait.

Et combien en avez-vous dépensé ?

Je suis arrivé à Rs 350 millions en quatre ans.

Ces maisons, que vous construisez gratuitement pour les plus vulnérables, sont-elles parmi celles qui ont été inondées ?

Non. Et je peux vous dire que, depuis cinq ans que nous les construisons, nous n?avons eu aucun problème.

Je reviens à ces personnes qui, vous dites, refusent de prendre leurs responsabilités. Quel est le fond du problème ?

Ils n?ont aucun problème. Ils sont ce qu?on appelle dans le jargon politique le «rampant proletariat.» J?ai rencontré quelques-unes de ces personnes jeudi. Des dix qui m?ont approché, la moitié est genuine.

<I>«Dès qu?ils vous voient, certains vous dissent ?donn kas donn manze?. Ce n?est pas mon rôle. Ce n?est pas le rôle de l?Etat non plus.»l</I>

Que voulez-vous dire ?

Ce sont des profiteurs. Dès qu?ils vous voient - certains, pas tous, vous disent «donn kas, donn manze». Ce n?est pas mon rôle. Ce n?est pas le rôle de l?Etat non plus. Je leur ai dit hier. «Si vous voulez continuer à vivre ainsi, libre à vous, mais pensez à ces enfants.» Cela me rend triste de voir les démunis mais ils ne sont pas tous dans cette situation.

Qui va reconstruire ces maisons détruites, qui va compenser les pertes ?

La Sécurité sociale a un budget pour les cas genuine. Au cas où ce n?est pas suffisant, j?ai déjà donné des instructions à mes officiers pour qu?ils fassent une enquête chez chaque personne et, s?il faut leur construire une maison, nous le ferons. S?il faut remplacer l?essentiel, nous le ferons aussi. Mais une chose est sûre, nous ne laisserons aucun genuine case sur le trottoir.

Ils ne sont pas sur le trottoir en ce moment ?

Mais non, ils sont dans les centres.

Mais les centres sont fermés?

Je ne le pense pas. De toute façon, on ne les met pas à la porte. Nous les encourageons à rentrer chez eux et s?ils ne peuvent le faire, nous les relogeons temporairement.

Le fossé entre les riches et les pauvres est en train de s?élargir, on dirait. Avons-nous plus de pauvres à Maurice ?

Je ne sais pas. La perception est telle que l?on serait tenté de dire oui. Nous nous posons tous des questions sur les sources des richesses de certaines personnes. Et puis, il y a ces cas vraiment désespérés. Comparés à un pays comme Madagascar, nous ne sommes pas si mal. Les chiffres démontrent que la pauvreté a reculé à Maurice. Vous savez, une personne qui a pu sortir d?un taudis et qui vit maintenant dans une maison en dur est un petit miracle en soi. Et nous avons accompli beaucoup de petits miracles comme ceux-là. C?est mon plus grand bonheur.

Vous dites que, si une personne est affligée par la pauvreté et qu?elle a la volonté de s?en sortir, elle peut le faire?

Définitivement.

Mais il y a beaucoup de gens qui ne savent pas où aller ?

Nous communiquons beaucoup. Je serais étonné qu?il y ait un Mauricien qui ne soit pas au courant de nos activités. S?il y a une personne qui ne connaît pas le Trust Fund, c?est qu?elle n?a pas envie de le savoir.

<B>Propos recueillis par Deepa Bookun</B>

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