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Le pont Manoa fatal à Claude Chinapen

25 mars 2005, 00:00

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Claude Chinapen ne voulait pas lâcher sa motocyclette. Elle l?a entraîné dans les eaux torrentielles submergeant, une fois de plus, le pont Manoa, à Arsenal. Ranjeet Gokhool, un laboureur de Triolet, raconte à qui veut l?entendre ce drame se déroulant en quelques minutes. Il est 7 heures du matin en ce 25 mars 1980. Il pédale en direction d?Arsenal. Il pleut à verse au point de ne pas savoir s?il pourra traverser le pont Manoa, si souvent submergé par temps trop pluvieux. Arrivé sur place, il voit un autobus, venant de Port Louis et négociant le virage plutôt serré précédant le pont Manoa. Ce dernier est très étroit. Il est de plus situé en contrebas de la route. Deux pieds d?eau passe par-dessus ce pont, rendant la circulation routière particulièrement dangereuse à cet endroit. L?eau ainsi déversée par la rivière Citron recouvre à moitié les roues de l?autobus qui parvient toutefois à traverser sans encombre ce pont. Un motocycliste suit ce véhicule. Il se nomme Claude Chinapen. Il a 25 ans. Il habite à Roche Bois. Il se rend à son travail à l?hôtel Trou aux Biches. Il ne tarde pas à se retrouver en panne et en grande difficulté au milieu du pont. Le courant pousse la moto vers la rivière. Chinapen perd sans cesse du terrain. Gokhool accourt à son secours et lui tend le bras. Chinapen le saisit mais, même à deux, ils sont entraînés par le courant. Il presse Chinapen de lâcher sa ?Suzuki? qui offre une trop grande prise au courant. Celui-ci hésite à se séparer de son moyen de locomotion. La moto finit par tomber dans la rivière. Il parvient de justesse à se raccrocher à une borne. Celle-ci cède à son tour, précipitant sa chute dans la rivière en contrebas. Impuissant, Gokhool voit les eaux tumultueuses emportant son corps. On le retrouvera 24 heures plus tard à plusieurs dizaines de mètres en aval.

Depuis un nouveau pont a été reconstruit à quelques mètres en amont. Il est désormais en ligne droite. Les automobilistes ne savent plus, de ce fait, qu?ils traversent à toute vitesse, aujourd?hui, un pont qui fut jadis un des endroits les plus dangereux du réseau routier mauricien, un passage comptant bon nombre de victimes comme Claude Chinapen.

A 25 ans d?intervalle, on retrouve des pluviométries offrant quelques similitudes à celles d?aujourd?hui : 130 mm à Plaisance, 125 mm à FUEL, 50 mm aux Vacoas, 15 mm à Médine et seulement 10 mm à Mare aux Vacoas. Une fois de plus, il ne pleut pas au bon endroit. A Triolet, en revanche, plusieurs cours sont transformées en lacs, impressionnants tant par leur superficie que par leur profondeur par endroits. A proximité de l?école Harilal-Vaghjee, des femmes font leur lessive dans un? champ de cannes transformé en rivière. A Arsenal, des habitants creusent un drain à même la chaussée pour permettre l?écoulement des eaux s?accumulant tout autour de leur habitat. Ils sont fatigués de répéter les mêmes doléances à des officiels pratiquant la politique de la sourde oreille. Ils pensent que les autorités prêteront une oreille plus attentive aux doléances d?automobilistes devant utiliser régulièrement la route reliant Port-Louis à Triolet, la circonscription de Chacha Ramgoolam.

Le reste de l?actualité n?est pas aussi triste, en ce dernier tiers de mars 1980. Il est ainsi question d?un projet d?introduction d?ondes hertziennes numériques à Maurice. Les Télécommunications se félicitent que ce système peut résister à des rafales cycloniques de 320km/heure. Cette innovation, non seulement met fin au système des centraux électromécaniques ?Strowger? aussi submergés que nos ponts et radiers situés trop bas par rapport au niveau de l?eau pouvant être atteint par nos rivières en cru. Les Télécommunications veulent aussi se mettre à l?abri des dégâts que peuvent causer à leur réseau des rafales cycloniques. Les ondes hertziennes numériques sont déjà utilisées sur une grande échelle en France en 1980. La Société anonyme des Télécommunications de France décroche le contrat d?installation à Maurice d?ondes hertziennes numériques. Ce nouveau réseau comprendra une série d?antennes placées à des endroits stratégiques.. Elles seront visibles d?une antenne à une autre. Le central de Port Louis desservira la capitale et le Nord, celui de Rose Hill les basses Plaines Wilhems, le Centre, l?Est et l?Ouest et celui de Floréal les hauts plateaux et le Sud. Les nouveaux services téléphoniques continueront à fonctionner même pendant le passage de cyclone sur l?île ou à proximité de Maurice. Les trois centraux seront reliés entre eux par un système de câbles à forte résistance. Il est même question de pouvoir transmettre des données informatiques d?un endroit de l?île à un autre. On n?arrête pas le progrès.

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