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?Alexandre?, l?homme qui changea la face du monde

25 mars 2005, 00:00

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Maître de l?univers connu en l?an 324 avant notre ère, régnant sur un empire qui s?étendait des abords de la Méditerranée jusqu?aux rives du Gange, son épopée n?a cessé de frapper les esprits à travers les temps en Occident comme en Orient, l?image du personnage changeant selon les régions. Chef de guerre génial, conquérant, tyran, mais surtout bâtisseur d?empire pour l?Occident : la culture grecque se répandit à travers son empire, frayant le chemin pour la chrétienté ; ses faits d?armes inspirèrent les trouvères du Moyen Âge, mais aussi, Montaigne au XVIe siècle, Montesquieu au XVIIIe et même George Patton durant la Seconde Guerre mondiale.

Les poètes persans en font une sorte de magicien des Mille et Une Nuits. Et, il serait sur le sous-continent indien (Iskander ou Sikander) considéré comme un fou furieux venu de l?autre bout du monde pour leur faire la guerre, alors qu?il aurait pu très bien rester chez lui et faire la guerre à ses voisins. Ce qui est loin d?être idiot. Le destin d?Alexandre le Grand changea donc la face du monde, même si son empire fut éphémère, et on peut comprendre qu?un cinéaste de l?envergure d?Oliver Stone ait nourri depuis toujours l?ambition d?en faire un film.

Alexandre dure presque trois heures (2 heures et 50 minutes), ce qui est nettement insuffisant pour raconter tous les faits marquants de la vie du Macédonien. Dans sa version de la vie d?Alexandre le Grand, Oliver Stone délaisse les faits et gestes pour s?intéresser au personnage et il se sert de certains épisodes connus pour étayer son propos. Le film commence avec la mort d?Alexandre, et c?est le vieux Ptolémée ? Anthony Hopkins, son ancien compagnon d?armes devenu roi d?Égypte qui, des années après, raconte son histoire.

Nous découvrons Alexandre presque adolescent ? Jessie Kamm qui apprivoise Bucéphale devant ses parents et toute la cour réunie. Le roi Philippe ? Val Kilmer, avec lequel l?enfant va dans les souterrains du palais examiner les fresques murales racontant les légendes de Prométhée, d?Héraclès et d?Achille. Val Kilmer est très impressionnant. Il nous joue un roi charismatique, un père aimant dont les propos sur l?héroïsme, l?ambition et le bon vouloir des dieux sont pleins d?une sagesse intemporelle. Mais, on devine aussi un tempérament sanguin, capable de tous les emportements.

Ensuite, la reine Olympias ? Angelina Jolie, dévorée par l?ambition et vouant un étrange culte aux serpents. Elle est peut-être une mère aimante, mais d?une façon assez malsaine. Elle abreuve son fils de mythes concernant son ascendance, tout en projetant sur lui ses propres ambitions. Par moments, sa passion pour son fils tient de l?hystérie et frise l?inceste, et par d?autres moments ce même fils n?est qu?un pion dans les complots qu?elle ourdit contre le roi. La prestation d?Angelina Jolie a beau être à la hauteur, son personnage souffre quand même du fait qu?il est difficile d?oublier qu?on a affaire à Angelina Jolie, une vedette d?Hollywood ? même si elle prend un petit coup de vieux vers la fin du film.

?Le film est impressionnant et vaut le déplacement. On en ressort avec quelque part l?impression d?avoir assisté à quelque chose de grand.?

Le recours à la voix off, considéré comme un aveu d?échec (le réalisateur ne parvenant pas à mettre en images ce qu?il voudrait communiquer aux spectateurs), est inévitable pour un film comme celui-ci. Narrateur et images parlantes se relayant, Ptolémée raconte. Il raconte en une phrase ou deux l?exil d?Olympias et le remariage du roi Philippe. Le film nous montre alors la rupture entre Alexandre adolescent ? Connor Paolo et son père lors du banquet de noces.

Le narrateur évoque en quelques phrases, la mort de Philippe, l?accession d?Alexandre au trône, la mise au pas des cités grecques rebelles, la libération de l?Égypte et les premières victoires contre les Perses, le récit marquant une halte afin que le film nous montre la bataille de Gaugamèles, théâtre de la défaite de Darius ? Raz Degan, roi des Perses.

Alexandre, interprété à partir de ce moment par Colin Farell, est un jeune roi téméraire et un habile tacticien qui sait imposer sa volonté à ses chefs et parler aux hommes de troupe pour leur inspirer du courage avant la bataille ou pour les réconforter après la bataille, lorsqu?ils sont mourants. Cette bataille de Gaugamèles vaut à elle seule le prix du ticket, Oliver Stone profitant de l?occasion pour nous faire une démonstration de sa virtuosité de metteur en scène.

Les averses de flèches sont un passage obligé depuis Le Seigneur des Anneaux, mais il y a dans cette bataille aussi la fureur, le fracas, la poussière, le sang, etc. ; il y a notamment une séquence au cours de laquelle la caméra suit le parcours d?une lance qui aboutit dans le corps de trois soldats perses. Elle sera peut-être jugée comme assez réussie pour faire préférer l?usage moderne des missiles de croisière.

Au risque de décevoir les lecteurs, Alexandre ne comporte que deux scènes de batailles, la deuxième étant elle aussi réussie. Elles ne sont pas pour autant les seuls moments spectaculaires du film. De tels moments viennent entrecouper l?extraordinaire épopée de cette armée gréco-macédonienne que nous voyons perpétuellement en mouvement avec concubines, épouses, serviteurs et amants allant toujours vers l?Est.

À chacun des épisodes qui jalonnent ce parcours, Oliver Stone tente de cerner son personnage, mais il n?y parvient jamais. Par exemple, Alexandre est un cosmopolite avec la vision d?un vaste monde qu?il voudrait unifier dans la culture grecque (mais aussi avec l?idée d?un partage dans les deux sens), contrairement aux chefs de son armée dont la vision reste cantonnée aux contrées helléniques, soit.

Mais sa conquête du monde est-elle motivée par cette vision héritée d?Aristote qui fut son précepteur, ou s?agit-il out simplement d?une envie de jeune homme ? La question n?est pas évoquée. Il y a aussi la question des liens amoureux unissant Alexandre à Héphaïstion ? Jared Leto (ce genre de relation était toléré à cette époque, mais selon certains historiens, la question serait compliquée) que le film n?explore pas vraiment. Sans compter cette ridicule scène d?ébats amoureux sous la contrainte avec Roxane ? Rosario Dawson , une princesse ?barbare? dans le sens original du mot.

Il est quand même paradoxal que ce film réussisse si bien le spectaculaire censé être relégué au deuxième plan, alors que le personnage, censé occuper l?avant-scène, est un échec. Oliver Stone tente aussi de nous dépeindre les cultures de ces pays d?Occident et d?Orient avant l?implantation des grandes religions monothéistes. Il nous montre les célébrations dans le palais de Philippe de Macédoine et des danses orientales qui, se voulant exotiques finissent, par être caricaturales comme dans les films des années ?50.

Alexandre est un grand film bancal auquel on peut reprocher outre les grandes faiblesses de scénario, de ne pas susciter de grandes émotions aux moments où il le faut. Mais le film est impressionnant et vaut le déplacement. On en ressort avec quelque part l?impression d?avoir assisté à quelque chose de grand.

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