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La pénible attente dans les cours de justice
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La pénible attente dans les cours de justice
Adossée au mur, une jeune femme tremble de tout son corps. Contrairement ce que l?on pourrait croire, ce ne sont pas les climatiseurs qui fonctionnent à plein régime qui la mettent dans cet état. Plus que le froid, c?est la longue, voire interminable attente de ceux qui doivent comparaître devant un juge. Fruit de leur patience : le verdict, souvent sans appel, de la cour intermédiaire de Port-Louis, situé à la rue Pope-Hennessy. Inquiétude, interrogations, peur panique? Les ?komie letan mo riske ferme ?? les murs du bâtiment en font écho depuis un bout de temps déjà?
Ici se croisent les gens de la haute société et les récidivistes notoires. Assis sur des bancs, tous s?observent, se jaugent du regard en tentant de deviner les raisons qui les amènent devant le juge. ?L?attente, pour beaucoup, est presque plus dure que le verdict lui-même?, lâche Isabelle, qui accompagne un proche.
La rumeur des conversations emplit peu à peu le bâtiment. L?adversité, dit-on, favorise le rapprochement. Comme pour exorciser la peur, ceux qui attendent de passer devant le juge discutent à voix basse en essayant d?avoir une idée du verdict auquel ils peuvent s?attendre. Les spéculations, qui vont bon train, s?interrompent de temps à autre au passage d?un policier. ?Ici, le temps semble s?être arrêté. On partage nos craintes et nos difficultés en attendant qu?on nous appelle pour passer devant le juge?, explique Isabelle, sous le regard approbateur de sa voisine.
?Ki pou arive apre?
Les nouveaux venus se précipitent vers un tableau accroché au mur. Y sont affichés les affaires qui seront appelés durant la journée ainsi que le nom des avocats et des accusés, entre autres. Les cas à être jugés vont de l?agression au crime avec préméditation en passant par le vol avec violence.
Des silhouettes passent furtivement dans les couloirs. Leurs dossiers sous le bras, des avocats debout dans l?encadrement d?une porte, scrutent les bancs à la recherche de leurs clients. S?ensuivent des conseils et d?autres instructions dispensées d?une voix à peine audible. Après quoi, les hommes en noir repartent comme ils étaient venus, sans bruit.
La quiétude apparente des lieux est troublée par l?arrivée d?un convoi de policiers accompagnant un suspect, menottes aux poignets. Ce déploiement de force impressionne et inquiète. L?homme, âgé d?une trentaine d?années ne cesse de lancer aux policiers qui l?escorte : ?Ki pou arive apre ? Komie letan mo pou ferme ? ? Sa voix tremblante s?éloigne rapidement pour s?estomper derrière une porte imposante. Les conversations reprennent, l?attente aussi?
Au premier étage, Steve fait les cents pas. Un rapide coup d??il à sa montre le lui confirme : cela fait bientôt trois heures qu?il attend de passer devant le juge. Et son avocat n?est toujours pas là. Arborant des dreadlocks et un avant-bras gauche recouvert de tatouages, cet habitant de Sainte-Croix, âgé de 21 ans, semble mal à l?aise dans sa chemise blanche à manches longues. ?C?est pour faire bonne impression devant le juge?, lâche t-il.
Juanita, sa petite-amie, tente en vain de lui faire garder son calme. A bout de nerfs, Steve décide finalement de sortir quelques instants pour griller une cigarette. ?Steve n?en n?est pas à sa première comparution et c?est à chaque fois la même chose. Nous devons passer toute la journée à attendre notre tour?, explique la jeune femme.
Elle confie, au bout d?un moment, que Steve a été impliqué dans une bagarre alors qu?il buvait un coup avec des amis à Ste-Croix. ?J?ai beau lui demander de rester à l?écart des problèmes mais il n?en fait qu?à sa tête.? L?affaire a dû être renvoyée à plusieurs reprises l?année dernière, son avocat n?ayant pas été disponible.
?On ne peut même pas sortir un instant?
Steve revient au bout d?une dizaine de minutes, cette fois accompagné de son homme de loi. Les deux hommes se concertent une dernière fois avant qu?un policier ne sorte d?une salle d?au-dience pour lui signaler que c?est son tour. Juanita attendra, elle, dans le couloir, les doigts croisés.
A l?autre bout de la pièce, des éclats de voix se font entendre. Une altercation entre un officier de police et une jeune femme au maquillage trop voyant attire des badauds.
Elle tente d?expliquer au policier qu?elle était sortie quelques instants pour s?acheter à manger. Mais ce dernier, indifférent, rétorque qu?elle aurait dû être présente au moment de l?appel et qu?en raison de son absence son affaire a été renvoyée à une date ultérieure.
?Je ne comprends pas. On nous fait attendre une journée entière et on ne peut même pas sortir quelques instants?, lâche la jeune femme qui dit s?appeler Odile. Elle explique avoir été arrêtée, il y a une semaine, pour racolage, au jardin de la Compagnie. ?J?ai été arrêtée à plusieurs reprises mais que voulez-vous, il faut bien que je gagne ma vie.?
Comme Odile, nombreux sont ceux qui verront leurs affaires renvoyées pour diverses raisons. Ils reviendront dans quelques mois en espérant voir la fin du tunnel. Pour d?autres, la longue attente débute demain.
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