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De l?art de se procurer un livre en Russie

20 mars 2005, 20:00

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?Heureusement que nos professeurs avaient des bonnes collections personnelles, et que la bibliothèque est riche, parce que trouver les livres dont nous avons besoin relève encore d?un vrai casse-tête.? Arrivé à Moscou en mai 2004 après neuf ans d?études à Saratov, ville de deux millions d?habitants située à 850 kilomètres au sud de la capitale, Alexei Jarkov, comme de nombreux étudiants de province, a dû multiplier les astuces pour se procurer les ouvrages qui lui étaient nécessaires. ?Les livres sont chers ou introuvables?, dit ce diplômé en lettres et en sciences politiques, ?alors on fait des photocopies, on se rend dans les centres culturels étrangers, les bibliothèques, on contacte d?anciens élèves susceptibles de nous prêter l?ouvrage. Parfois, le recteur de l?université nous offre un billet de train pour aller à la bibliothèque principale de Moscou. On en profite pour rapporter quelques livres aux autres?.

Au-delà du prix, le problème de l?édition en Russie reste en effet la diffusion des livres en dehors de Moscou. Freinée par l?accès encore limité à internet, la rareté des cartes de crédit, le coût élevé de la poste, la commande des livres n?est pas évidente. Et les librairies présentent un choix encore restreint.

Depuis la perestroïka qui a vu s?effondrer le système étatique de diffusion, le nombre de structures privées, composées essentiellement de petites et moyennes entreprises, n?a cessé de s?accroître. Selon la Chambre du livre de Russie, elles sont à l?origine de la publication de 68 % des titres en 2004.

Olga Morozova a créé sa propre maison d?édition, Olga Morozova Publishers, en novembre 2004. Elle reconnaît pourtant qu?elle doit sa stabilité financière à une littérature populaire de polars et de nouvelles. ?Les Russes restent de grands lecteurs, à qui il faut offrir aussi du contemporain. Même à Moscou où les gens ont tendance à ne parler que de business, vient le moment où ils partent se reposer dans leur datcha, et ils veulent alors un bon livre.? Les tirages les plus importants concernent les ouvrages de politique et de socio-économie, les classiques et les livres scientifiques.

La Chambre du livre de Moscou affirme qu?avec près de 90 000 titres en 2004 (contre 52 000 en France) la Russie peut revendiquer la cinquième place mondiale dans le palmarès de l?industrie du livre, et la troisième place en Europe. Les maisons d?édition font face à des coûts de diffusion et de production élevés. Le tirage moyen d?un livre a diminué en 2004, par rapport à 2003, passant de 8 674 à 7 709 exemplaires. Un phénomène de concentration s?observe dans le secteur. Sept maisons d?édition, AST et Eksmo en tête, se partagent désormais près de la moitié du marché.

Selon Alla Nassonova, directrice de Detgiz, une maison spécialisée dans la littérature pour enfants et basée à Saint-Pétersbourg, ?le papier coûte très cher parce que le pays manque d?industrie de transformation. Nous sommes obligés d?acheter le papier en Finlande alors que le bois vient de Russie !?.

<B>Madeleine Vatel</B>

Source Le Monde

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