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D?autres manières de la dire

21 mars 2005, 00:00

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Vers, rimes, hémistiches, alexandrins? Slam, rap, récitations publiques? La poésie a fait sa mue alors qu?on l?annonçait moribond. Un voyage dans l?imaginaire du langage et l?inconscient des sensations s?impose.

?Il n?existe que trois êtres respectables: le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer?, disait Baudelaire. Qu?elle semble loin cette époque. La poésie est descendue dans la rue. Il y avait ceux qui tutoyaient les muses, côtoyaient les nymphes et écrivaient avec les mots qui vagabondaient dans les ruelles sombres des sentiments humains. Il y a ceux qui désormais réinventent l?écriture poétique dans l?immédiateté, dans les humeurs d?un quotidien qui rime moins avec rêveries et évasions. Ce n?est pas une écriture qui dégagerait moins de poéticité pour autant. Mais le contexte a changé et le texte a subit des avatars en conséquence.

?La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l?embue?, estimait Louis Aragon. Le poète contemporain, obéissant à d?autres canons, n?est plus cet être éthéré, se nourissant des chimères pour raconter son monde. Il est inscrit dans une autre temporalité, dans une autre instantanéité. Il est plus près de la matérialité des choses et des êtres. ?Pour une grande part, la nouvelle poésie populaire n?existe pas sous forme écrite mais uniquement sous forme de sons délivrés dans l?ici et maintenant. Et, lorsque texte il y a, il a souvent été créé après coup par transcription d?un spectacle enregistré sur bande audio ou vidéo?, explique, dans une édition spéciale du Courrier des livres et des idées consacrée à la poésie, le poète américain Dana Gioia.

Leçons de vie

La poésie a, en ce sens, définitivement quitté les hauteurs de l?inaccessible pour s?intégrer dans le vécu. Autrement dit, le contact entre poète et public a changé de nature. Il y a moins de fascination. Il y a moins de contrainte. ?On a souvent une idée académique de la poésie, qui fait qu?aux yeux de beaucoup de gens, elle apparaît comme quelque chose de difficile, de mystérieuse, d?inaccessible?, assure, à cet effet, le poète et penseur allemand Hans Magnus Enzensberger. Le rapport a donc opéré sa mue, la poésie aussi. Le respect des règles a volé en éclats. L?appartenance aux écoles a fait la place à l?éclosion de nouveaux genres. On a ainsi basculé dans la performance.

On récite, on chante, on raconte? À l?obsession de la rime a succédé une autre urgence. Celle de s?épandre, de se répandre, de s?infiltrer dans la rue, hors de la rime. Celle aussi de se dire dans une pensée cursive. Comme si l?inspiration naissait dans la parole, que celle-ci la précédait, la surprenait et la livrait toute nue et avec plus de spontanéité, plus d?authenticité, collée aux incertitudes d?une époque où la quête de l?absolu et des vérités ultimes ne se fait plus selon le mode transcendantal. La poésie continue à révéler l?imaginaire des peuples. Elle demeure l?expression d?un inconscient du langage. Certes.

Mais, d?un autre côté, il y a moins de vénération et encore moins d?hermétisme. C?est dans le contact que la poésie se raconte. Elle devient l?enfant de blessures profondes. La rime qui refuse la mime. Parce que la poésie n?est pas seulement faite pour être enseignée dans les écoles. Elle peut prétendre à nourrir la vie dans sa quotidienneté. Sortie de la nébuleuse d?un dire à décode, la poésie s?affranchit également du prosaïsme pour mieux l?assujettir à une esthétique nouvelle.

Ce sont les leçons de la vie. Elle est évolutive. Le fixisme qui imprègne l?enseignement des matières dans les écoles aurait dû depuis longtemps s?effacer. Cela aurait permis de faire aimer la poésie. Par des jeunes dont on dit qu?ils ne lisent pas suffisamment. Comment aussi trouver le charme du poète qui est si ronflant dans sa récitation. Césaire, Senghor? les maîtres anciens ont du mérite. Mais à qui s?adressent-ils ? Nos rappeurs locaux, de la même manière, vacillent entre le facile et le beau. Peut-être, serait-ce une époque de transition, de tâtonnement. C?est ce qui expliquerait qu?on serait toujours en train de croire qu?il suffit de quelques vers libres pour se libérer des ancrages anciens.

Ce n?est certes pas un travail programmatique. Encore moins est-il question de fidélité aux tendances nouvelles. Mais le poète est la fibre sensible de son époque, de sa société. Personne d?autre ne peut mieux mettre en mots, en paroles les courants souterrains qui traversent la vie.

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