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Perceptions

16 mars 2005, 00:00

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Eric Ng Ping Cheung

C?est incroyable, mais on ne dirait pas qu?on est à quelques semaines de la présentation du budget 2005-2006. Cette année, il n?y a pas de mood pré-budgétaire. Interrogés sur leurs attentes du prochain budget national, dans le cadre de ce septième baromètre, nos analystes économiques et financiers ne veulent se faire aucune illusion, préférant attendre pour voir. Et comme pour ne pas bousculer les choses avant cet événement, somme toute important à la vie économique du pays, l?humeur des analystes reste la même qu?elle était en janvier et en février : il existe 50 % d?optimistes et 50 % de pessimistes sur les perspectives de notre économie d?ici à un an.

Mais il convient de tordre le cou à certaines perceptions tenaces. Qu?il soit bien clair que cette parité d?humeur de nos analystes n?a aucun lien, mais alors vraiment aucun lien, avec une quelconque égalité de préférences pour les deux principales alliances politiques qui s?affronteront aux prochaines élections. Nos analystes, à qui on a reproché d?être trop objectifs dans leurs chiffres, sont effectivement des professionnels qui analysent la situation économique avec objectivité. Ils ne jouent le jeu de personne en étant optimistes ou pessimistes.

Du reste, l?évaluation de nos analystes a pour horizon mars 2006. En supposant que les élections générales se tiennent en septembre, leur temps d?analyse inclut une période post-électorale de six mois. Question très pertinente d?un analyste qui s?est prononcé ?très pessimiste? : ?L?amélioration ou non de l?inflation et du chômage va-t-elle dépendre d?un éventuel changement de gouvernement ou pas ?? Voilà toute la problématique du moment : les élections et leurs résultats auront certainement un impact sur l?économie, mais on ne sait pas encore si cet impact sera positif ou négatif. Demandez le programme !

En attendant, il y a une perception qui risque de pervertir l?image de notre secteur bancaire, à savoir le sentiment d?impunité qui peut horripiler tous les professionnels de la finance devant le méli-mélo qui s?est créé autour du hold-up perpétré dans le coffre-fort de la Mauritius Commercial Bank et autour de la non-publication du rapport Ntan Corporate Advisory. Le plus tôt la Banque de Maurice (BoM) et son unique actionnaire, le gouvernement, nous aident à voir clair dans ces deux troublantes affaires, le mieux respirera notre secteur financier. Ceci expliquant peut-être cela, le présent baromètre indique que les valeurs financières à la Bourse de Port Louis ont, pour la première fois, chuté dramatiquement pour ce qui est de leur potentiel de valorisation (?capital growth?) d?ici à six mois : seulement 23 % des analystes accordent le premier choix à la finance, contre 53 % en décembre.

En attendant aussi, la perception rejoint la réalité au regard de la politique de la BoM par rapport à la roupie. Un financier singapourien nous disait, un jour, de façon sarcastique qu?il ne comprenait pas comment le gouvernement mauricien pouvait laisser la roupie se déprécier de 1 % chaque mois. Nous avons eu toutes les peines du monde pour lui enlever cette fâcheuse perception de son esprit. Mais, à bien voir, il a amplement raison: l?euro a pu s?apprécier de 1 % vis-à-vis de la roupie... en un seul jour ! C?était le jeudi 10 mars 2005.

Allez, l?euro peut très bien s?apprécier si brutalement. En retour, on s?attend au moins que le dollar se déprécie de façon proportionnelle par rapport à la roupie. Nenni. Le dollar recule à peine, voire progresse. Les évolutions respectives de l?euro et du dollar vis-à-vis de la roupie ne reflètent nullement les tendances internationales du taux de change euro ? dollar.

Entre le 11 février et le 11 mars, alors que l?euro a gagné Rs 1.76, le dollar a aussi gagné 15 sous ! On l?aura compris : la BoM a pour politique de laisser la roupie se déprécier librement par rapport à l?euro, tout en empêchant la roupie de s?apprécier vis-à-vis du dollar. Pile l?exportateur gagne, face le consommateur perd !

Il ne reste au ministre des Finances que de baisser le taux de la Taxe à la valeur ajoutée (TVA) dans le prochain budget, pour maintenir la consommation à flot. Tout indique que les rentrées fiscales pour la présente année financière seront supérieures aux prévisions. Le seul hic, c?est que le gouvernement doit aussi continuer à diminuer les droits de douane pour respecter ses engagements auprès de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). Peut-on réduire la TVA et les droits de douane à la fois ? Nul doute que la candidature du ministre Jayen Cuttaree au poste de directeur général de l?OMC pèsera lourd dans la balance.

<B>(www.pluriconseil.com)

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