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Natty Jah, seggae vérité bis
Se remet-on jamais d?un grand succès ? On se convainc que ?rien n?a changé.? On garde la même maison et surtout les mêmes amis. On regrette ce contact coupé avec les clients qui monnayaient ses talents de tailleur de pierre. Natty Jah, lui, sait donner le change.
Fondamentalement, le discours a toujours cette ligne directrice née de la simplicité. Une vie près de la nature, comme ces nuées de moustiques nichées au creux du jardin du chanteur. Une heure durant, elles s?acharnent à chanter trop près de nos oreilles. La chemise largement déboutonnée, Natty Jah n?est nullement incommodé.
À une semaine de la sortie de Si to lé, son deuxième album produit par Geda Music, il respire la maturité. Il rigolerait presque quand nous l?interrogeons sur cette pression qui accompagne immanquablement le second opus. L?attente implicite que ce sera mieux que le précédent. Ni trop différent pour ne pas s?aliéner le public acquis, ni trop ressemblant pour pas qu?on dise : ?c?est une redite.?
Natty Jah préfère poser les conditions : ?c?est un suivi.? Cycle du seggae vérité où tout est écrit longtemps à l?avance. Naty Jah n?est pas étonné du succès. Il l?attendait. Il l?avait prévu. Témoin de cette planification à long terme, le koford. Traduction, un coffre fort en forme de cahier jauni par les ans où Natty Jah a consigné ses chansons depuis plus de quinze ans déjà. Écriture serrée, soignée, enfantine. Presque pas de ratures pour un auteur convaincu d?avoir tenté de combler un vide avec Vanité. Un gouffre laissé par la disparition de Kaya.
Il y a de cela plus d?une décennie. Il y a presque un siècle, Natty Jah était au départ, le nom d?un groupe. Des ravanniers qui ayant appris à maîtriser des instruments électriques choisissent de faire du seggae dans l?ombre du disparu de février 1999.
La rage entre l?humanité et l?animalité
Une photo, à l?entrée du minuscule chez-soi de Natty Jah témoigne de cette époque. Sur le cliché, le chanteur arbore un faux air de Che Guevara. Moustache fine, béret, veste militaire. ?Mo fer revolision pozitif.? Une flamme intérieure qui ne nous parvient qu?en chansons. ?Mo pa engaze politik mo engage spirit.? Et Natty Jah de lâcher ce mot-symbole galvaudé par les faiseurs de ragga à la mode : Babylone.
Quand nous le lui faisons remarquer, le chanteur bouillonne encore un peu plus sur sa chaise. Pointe du doigt le ciel ? par-delà le plafond ? et dit avec feu, ?mais moi je remonte à Bob Marley qui stigmatisait tout ce qui est négatif, pas seulement l?alcool et le gandia, comme ont tendance à le faire certains chanteurs. ?
Sans ciller, Natty Jah nous expose sa théorie de l?animalité contrôlée. La sienne est placée sous le signe du b?uf, selon l?astrologie chinoise. Après tout, son vrai nom ? qu?il utilise en parlant de lui-même ? est Patrice Leung Kai. Pour ce chanteur pétri d?un mélange dense, à la limite touffu, de philosophie rasta et de christianisme, l?homme mène perpétuellement combat dans son c?ur. La guerre fait rage entre la part d?humanité et l?animalité, au siège de l?émotion.
Pour mieux juguler l?animalité Natty Jah est devenu végétarien, il y a de cela près de 20 ans. Jeune musicien fougueux au début des années 80, il n?hésite pas à débarquer à la Réunion pour un ?pèlerinage? auprès des ?purs? de Mafate. Sur le chemin du retour, il croisera Leloup à la Ravine des Cabris, surnom de l?artiste désormais connu comme Menwar.
Se sachant attendu au tournant, Natty Jah affiche un extérieur sans rides. Confiant. Cool. Est-ce l?adjectif qu?utilisera le public pour qualifier son deuxième album ?
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