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Jean-Marie Boursicot :« Le film publicitaire, c?est de la culture »
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Jean-Marie Boursicot :« Le film publicitaire, c?est de la culture »
<B>Pensiez-vous que votre passion pour le film publicitaire aurait pris cette tournure et serait devenue un événement incontournable pour les passionnés de pub ? </B>
- Non, pas du tout. Je l?ai fait par passion du cinéma. Le film publicitaire en fait partie intégrante. Depuis que je suis petit, je collectionnais les films publicitaires. Lorsque j?ai grandi, j?ai continué. On conserve tout à la cinémathèque mais la nuit des publivores, c?est ma vision des films publicitaires.
<B>Votre médiathèque comprend sept cent mille films publicitaires, c?est énorme. Comment faites-vous pour les conserver et pour les collecter ? </B>
- 750 000. Les agences de pub me connaissent maintenant et ils m?envoient des films. Ils se disent qu?il y a une andouille qui archive tout cela gratuitement (rire) ! Les professionnels ne conservent pas leur patrimoine. Il n?y a pas de cinémathèque du film publicitaire au Chili ou ailleurs. Les agences sont contentes qu?il y ait quelqu?un qui fasse leur travail. La conservation demande beaucoup d?espace et se conserve comme le vin avec une température et un taux d?humidité particulier. D?autre part, les films restent dans le format d?origine. Par exemple, j?ai un film de 1898. Je n?ai pas l?argent nécessaire pour tout numériser. Nous allons peut-être changer de forme afin de pouvoir trouver des solutions financières.
<B>Y a-t-il des ?uvres mauriciennes dans votre cinémathèque ? </B>
- Il y en a quelques-uns d?une banque qui nous avait envoyés ses films. Il y a un problème qui ne touche pas que vous mais aussi tous les pays. Les annonceurs du monde adaptent un film au pays en y rajoutant simplement une adresse locale. C?est plus vraiment des films mauriciens à ce moment. J?aimerais retrouver des films publicitaires mauriciens datant de plus de quinze ans. C?est très difficile d?en trouver. Il y a une mondialisation du langage de la pub. C?est dommage que pour les vingt-cinq ans, on n?ait pas de film de Maurice alors que pour la première fois, nous avons un film d?Arménie.
<B>Comment définiriez-vous le spot publicitaire télévisé ? </B>
- Il ne faut pas se leurrer, c?est un film fait pour vendre un produit. Mais il en existe aussi qui font rêver les gens. Mais je ne prends pas forcément, pour la nuit des publivores, un film publicitaire très beau mais qui n?incite pas à l?achat. Tout comme une pub de Pampers qui n?a aucun intérêt artistique mais qui marche très bien, je ne le prendrais pas pour la nuit des publivores. D?ailleurs sur 25 000 films publicitaires, seulement quatre cents sont retenus dans le programme. Les 24 600 autres vont directement au cinémathèque.
<B>C?est un énorme travail d?archives que vous avez fait. Pourquoi les agences de publicité ne conservent-elles pas leurs ?uvres ? </B>
- Le passé ne les intéresse pas. Il y a une règle bizarre dans ce métier. Chaque directeur lorsqu?il arrive à son poste détruit ce que son prédécesseur a fait. Les films qui sont parfois conservés quatre ou dix ans, sont détruits. C?est partout pareil. Dans les cinémathèques, on ne retrouve pas de films publicitaires car il y a des cultureux qui pensent que les films publicitaires, ce n?est pas de la culture. Ils se trompent. Au-delà de l?aspect commercial, le film publicitaire, c?est de la culture. C?est un chef-d??uvre de montage et d?idée. Tout le monde a toujours pensé que quelqu?un se chargeait de la conservation. Cela fait à peine dix ans que la Bibliothèque Nationale française a commencé à garder les films publicitaires. Et là encore, il ne s?agit que des films français. Sans vouloir être prétentieux, je suis actuellement la seule mémoire existante du film publicitaire. J?ai pourtant encore du mal à faire comprendre ce que je fais.
<B>Avez-vous un genre de spot publicitaire préféré ? </B>
- Il y a un film américain en 1948 qui a surtout été doublé et diffusé dans les pays en Europe. Il s?agissait d?un géant qui venait détruire une ville. Mais un petit tailleur réussit à le faire fuir. Il fallait alors qu?on lui donne un objet féerique en récompense. Cet objet, c?était une bouteille de Coca-Cola. C?est celui qui me renvient à l?esprit. On va le représenter au public cette année dans la version internationale des publivores.
<B>Ou que vous n?aimez pas ? </B>
- Il n?y a pas de pub qui déplaisent vraiment. Moi, je n?aime pas les pubs de banque parce qu?elles mentent. Ca ne me plaît pas. Une lessive qui dit qu?elle lave blanc, le fait. Une banque parle d?un prêt machin mais cela ne se passe pas toujours comme ils le disent. C?est dangereux. Les films publicitaires pour la politique ne sont pas toujours que mensonge car le politicien fait de l?anticipation. Lorsqu?il devra prendre une décision après, il y aura peut-être de nouveaux éléments qu?il devra considérer.
<B>Nicole Kidman, Penelope Cruz, George Clooney? On voit de plus en plus de stars dans la publicité. Qu?en pensez-vous ? </B>
- Il y en a toujours eu. Dans les années 30-40, il y en avait déjà sauf que les stars n?étaient pas les mêmes. Les stars n?ont plus honte d?en faire maintenant. Que ce soit les réalisateurs ou les acteurs ! Il y a de grande capacité et les films sont de qualité. C?est une bonne chose.
<B>Interview réalisée par Audrey KELLY-MARTIAL</B>
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