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Quand l?unité se lève au Sud 1

13 mars 2005, 00:00

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Le soleil couchant, un lagon placide et des montagnes verdoyantes, des pirogues qui voguent nonchalamment dans l?eau, on ne pouvait rêver plus beau décor pour la cérémonie du lever du drapeau et le spectacle qui se sont déroulés sur le front de mer, hier, à l?esplanade de Mahébourg.

Une réussite sur toute la ligne. Un spectacle de vingt minutes pendant lesquelles la chorégraphie énergique de Patrick Athaw, accompagnée par la musique de Menwar et de Naden Veerapen, dessinent avec poésie l?histoire du peuplement de Maurice. Pendant qu?une dizaine de pirogues fendent l?eau paisible du lagon avec leurs voiles quadricolores, tablas, percussions et instruments originaux accompagnent les pas assurés des danseurs. Un vrai régal pour les yeux? Seule ombre au tableau, le texte d?accompagnement ; il n?aura, lui, pas fait honneur au spectacle.

Après la cérémonie du lever du drapeau, le public aura droit à une démonstration de l?unité aérienne de la garde-côte nationale. Peu après, c?est au tour de cinq hélicoptères de la police de fendre le ciel de Mahébourg. Des exercices réussis, mais vu le nombre restreint d?appareils, cela n?a pas vraiment fait sensation?

Un brin de fraîcheur avec les enfants de la chorale du conservatoire François Mitterrand qui entonnent Island in the sun, morceau de Harry Belafonte. Mais le clou du spectacle, c?est le feu d?artifices synchronisé tiré à partir de l?eau. Pendant plusieurs minutes, le ciel de Mahébourg s?illumine de mille feux, créant un véritable tableau féerique.

C?est le coeur gonflé de fierté que les gens de tous les coins du Sud sont venus saluer l?événement. C?en était un : en 37 ans, c?est la première fois que la cérémonie du lever du drapeau quittait Port-Louis... Depuis 14 heures, Ajai et Sunita, levés à l?aube, se sont installés à la place du marché à Mahébourg. Avec leurs 800 pains fourrés. « Finn ena telma mobilizasyon ek eksitasyon ki mo kone pu ena la ful e la vant pu korek », explique Woomed, qui a installé son triporteur d?où il servira des aloudas. C?est « la fièvre des grands jours », s?enthousiasme Sonia, qui se dit « toute excitée à l?idée de pouvoir vendre en une soirée» ce qu?elle vend en une semaine. « Nu finn pare pu met ar li !»,

<B>Frénésie </B>

L?enthousiasme des commerçants est l?indicateur même de la mobilisation qui s?est préparée. Dans presque tous les hameaux ensommeillés, on s?est fait un devoir de participer aux célébrations. «Les quinze autobus que nous avons loués pour permettre aux villageois de se rendre au Mahébourg Waterfront ont été pris d?assaut. On a dû réserver une dizaine de véhicules supplémentaires», affirme Ramdhany Rughoo, ex-conseiller du village du district de Grand-Port?Savanne. Pas de taxis disponibles ni de fourgonnettes ou de mini-vans, à plusieurs kilomètres à la ronde. « Tout inn fini book. »

De St-Hubert à Riche-en-Eau, en passant par Bel-Ombre, St-Aubin et Union, une frénésie s?est emparée des habitants depuis les premières heures de la journée. Car c?est dès le matin que la fête a commencé. Les conseils de village en collaboration avec les compagnies sucrières ont su proposer une formule originale pour inciter la participation : une marche dans le village avant de prendre le bus pour Mahébourg.

Accompagnée de ses deux jeunes garçons, Hema Ramdoss a bravé le soleil pour assister au défilé qui les a menés jusqu?au terrain de foot, à Riche-en-Eau. « Nou kontan finn fer fet isi parski pena distraksyon. Plis pou bann zenfan ki mo finn vini», confie-t-elle en jetant un ?il sur ses gamins qui s?amusent à faire voler des cerfs-volants.

Comme ailleurs, la fête à Riche-en-Eau est un avant-goût de la célébration de Mahébourg. « Tanto mo misie ek mo de zenfan ek mo bann paran nou pou al Mahébourg», dit sa voisine, Sunita Jawaheer, d?un air assurée. « Pa kapav manke sa ! »

En attendant, elles flânent entre les étals des femmes des associations féminines de St-Hubert qui exposent des mets cuisinés comme « letan lontan » sous la salle verte. La chaleur d?étuve donne soif. Une gorgée de boisson gazeuse et les revoilà parties devant l?estrade où les enfants récitent un poème.

Plus loin, à Plaine-Magnien, un autobus déverse sur l?asphalte chaude une cinquantaine de personnes vêtues des couleurs du drapeau national. Les employés de la compagnie sucrière de Mon-Trésor-Mon-Désert ont tenu à exprimer leur joie d?accueillir cette journée « historique ». «Azordi la fami au complet pou fet nou l?Indépendance», lance Isabelle Angélique. Drapeaux en mains, ce petit groupe coloré défile jusqu?au lieu dit La Balance avant de prendre la direction du Mahébourg Waterfront.

Même scénario à l?Escalier, petit village embrasé par un soleil de plomb. Pendant un peu moins d?une heure, Nidesse Laloo, qui est en sixième à l?école primaire sir Claude Noël, son quadricolore sur les épaules, une casquette sur la tête, va braver la chaleur. Il fait partie de la petite foule de plus d?une centaine d?employés et leurs proches de la propriété sucrière Savannah.

<B>« J?ai marché pour mon pays »</B>

De la Sourdine à Plein-Bois, à l?entrée Nord de l?Escalier, cela fait un bout de chemin. Nidesse peut à peine remuer les jambes mais il est heureux. «J?ai marché pour mon pays. » C?est avec une énergie renouvelée qu?il grimpe dans l?autobus qui les attend au village de Plein Bois, et qui doit les conduire aux environs du musée de Mahébourg. Les participants venant des autres régions du sud s?y sont donné rendez-vous avant de se rendre au front de mer.

Même les aînés ont fait l?effort. Chandranee Manna vient de prendre sa retraite et a bénéficié des avantages liés au Voluntary Retirement Scheme (VRS). Ancienne ouvrière agricole à Savannah, elle a fait le déplacement pour Mahébourg. « Mo bien contan ki organiz fet la dan l?endrwa. Zame, mo fine assiste fet l?indépendance. Mo bien contan...»

Ajay Mohun, résidant du village Plein Bois, a vu juste. La décentralisation de la célébration nationale crée les conditions idéales pour susciter le sens d?appartenance à la nation mauricienne. « Avec la décentralisation, on a la nette impression que la fête vient vers nous, petits villages retirés. Comment ne pas réagir positivement à une telle invitation ? »

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